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Je voudrais qu’on m’efface
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- Cote de Voir4
- GenreRoman
- Auteur(s)Anaïs Barbeau-Lavalette
- ÉditeurHurtubise
Articles
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7 octobre 2010 · Tristan Malavoy-Racine
Édition : estrie, quebec et montrealAnaïs Barbeau-Lavalette : Je voudrais qu’on m’efface
Dans Le Ring, l’excellent film qu’elle signait en 2007, Anaïs Barbeau-Lavalette raconte l’histoire du petit Jessy, à qui la vie ...

La tristesse infinie et le désespoir en trois-D
Ce récit relate brutalement, dans l’un des quartiers les plus pauvres du Canada, l’histoire de grands dénuements transgénérationnels. Ainsi, dans les bas-fonds de l’arrondissement d’Hochelaga-Maisonneuve, telle une tradition, Kevin, Roxanne et Mélissa, prépubères vivent des événements extrêmement pénibles et douloureux moralement. Parmi une confusion de rôles, enfants et parents, des personnages en plein désarroi, blessés par la vie, ne peuvent s’appuyer que sur la détresse de l’autre pour s’évaporer de leur carcan de calamité.
D’abord, dans « un coin de la cour d’école […] Kévin se bat la rage au ventre pour tout ce qu’il n’est pas.» Un certain soir, il s’apaise. Il abrie son père affligé par une existence remplie d’épreuves avant de se lover près de lui. Ensuite, Roxanne, pendant que sa mère lui hurle de la protéger des coups de son conjoint, écoute toujours plus fort sa musique. Le lendemain, à l’épicerie du coin, elle achète son petit-déjeuner: un May West; et règle son emplette avec les bouteilles de bière vides laissées la veille après la bagarre. Elle traîne également son malheur devant un groupe d’alcooliques anonymes d’hommes et délivre à son géniteur son diplôme d’abstinence « Elle se sent si forte lui si petit.» Puis, sans adulte à la maison, Mélissa, et ses deux jeunes frères qui pâtissent avec elle, suit les traces de sa mère en payant en nature le loyer.
Les phrases courtes, le niveau de langue populaire des personnages et de la narratrice donnent davantage l’impression de faits réels plutôt que fictifs. Les nombreuses figures de style, entre autres plusieurs métaphores, atténuent la lourdeur du roman. Sans apitoiement excessif, l’auteur, avec ses mots, chamboule les sentiments du lecteur, l’amène à percevoir, ressentir une infime partie de l’abattement et de la peine de ces gens infortunés. Au nom des parents, de ces ex-enfants, de ces trois préadolescents et de leurs futures descendances, elle lance un cri sourd de ralliement contre la pauvreté démesurée et souligne la bassesse de la société qui tolère sans cesse ces situations.