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Faut-il ou non aller au Myanmar?

 Robert Bérubé, collaboration spéciale

Dans l'avion qui me catapultait vers le Myanmar, j'avais des inquiétudes. Je désirais profondément être en vacances. Mais les multiples avertissements et réconforts de différents guides de voyages me donnaient envie de virer de bord. Pourquoi me rendre dans un pays où il n'y aura de toute façon que des militaires partout?

Vu d'en haut, tout me semble beau. Je cherche les tanks. Quand le pilote annonce qu'il commence sa descente vers Yangon, j'ai soudain très envie d'être ailleurs. C'est le temps des Fêtes et la neige me manque. Je me trouve toutes sortes de raisons pour ne pas atterrir au Myanmar. Je travaille depuis plus de 30 ans à aider les gens à se construire un itinéraire. J'ai dû en aider des milliers à se rendre en Thaïlande, au Laos, au Cambodge, au Vietnam, au Tibet, en Chine… mais au Myanmar? Peut-être deux personnes. Par ignorance. Comme plusieurs, je me demandais: pourquoi se rendre dans un pays abusé, mené par des fous….

Dès notre arrivée à Yangon, à la première bouffée d'air du pays, j'arrive face à face avec le plus beau visage qui m'a été donné de voir… Cham, guide touristique m'accueille avec un vrai et authentique sourire du bout du monde. J'ai dit «wow». Dans la voiture qui nous conduisait à l'hôtel, je pouvais déjà sentir le rythme différent des «autres Asie». Pas de bruit. Je ne m'en aperçois pas tout de suite. Et puis tout à coup, oui: il n'y a pas de moto à Yangon. Le calme. Le klaxon semble ne pas exister dans les mœurs des gens. Même à l'heure de pointe, tout bouge doucement.

Voilà 20 ans que je dis aux gens que le Myanmar ressemble à l'Asie d'il y a 75 ans. Jamais je n'aurai touché autant à la réalité. Après seulement trois jours, les images en souvenirs dépassaient déjà largement toutes celles des «autres Asie» que j'ai pu découvrir. Dans ma tête, le Myanmar trônait déjà au sommet des raisons profondes de partir en voyage.

Incroyable, dérangeant, inconfortable de beauté, ce pays dépasse toute espérance.

 

Bagan

J'ai devant moi une étendue tellement pâle de bleu, de sable et de montagnes. Sur les rives du grand fleuve l'Ayeyarwady, à Bagan, j'y vois quelques bateaux qui glissent sur une eau si douce, si pâle. Je vis un rêve, un mirage, qui s'appelle Bagan. Impossible de décrire l'immense beauté de cette plaine où l'on retrouve 4000 temples séculaires. Contempler le lever du soleil, en l'absence de la majorité des touristes, (ils dorment encore), ou le coucher du soleil: puissance immobile de l'histoire. Venir et admirer Bagan est un cadeau que l'on offre à notre vie.

Un détail important est à signaler pour ceux qui sont à la recherche d'authenticité. Il y a eu environ 300 000 touristes qui ont eu le privilège de visiter le Myanmar en 2010. Pendant la même période, plus de 14 millions d'entre eux sont venus en Thaïlande….

Vous savez quand on raconte une histoire. On commence par «Il était une fois…» Ou encore on dit "Autrefois" Eh bien, ici, c'est comme être autrefois dans le présent… Ce sont des images de films d'époques, que l'on vit au moment présent.

Les Anglais (encore eux) y ont laissé ici un héritage architecturale magnifique. Cela nous rappelle facilement Mumbay ou Calcutta en Inde.

 

Situation géographique

Ce pays est encerclé de plusieurs pays… La Thaïlande, le Laos, la Chine, l'Inde, le Bengladesh… Les influences affluent de partout. Les ambiances changent d'une ville, d'une région à une autre; les paysages, la culture, les ethnies, abondent.

Le Myanmar est une toile colorée où y émergent une multitude de pagodes et des temples. Ces temples semblent faire l'amour avec les petites brumes du matin, quand il fait froid… On y retrouve les montagnes au nord, l'océan, Ngapali, sur la côte ouest, similaire aux plages de la Thaïlande avant l'invasion touristique… Il y a Amarapura, un haut lieu de méditation avec son long pont, ses moines, son immense calme. Ne cherchez pas les monastères, le pays en est un immense sanctuaire.

La quête financière a subjugué la Thaïlande et le Vietnam. Le Laos et le Cambodge sont aussi devenus des pays à la recherche de cette même quête d'abondance. Le Laos vient d'ouvrir son parquet de la bourse. Le Myanmar vient de rendre obligatoire le service militaire dès l'âge de 18 ans… (!)

La découverte de ce pays a embelli ma vie, renforcé mon amour de l'Asie et stimulé mon goût de voyager. La situation politique freine actuellement l'expansion de l'industrie touristique. Un très mal ou pour un grand bien? Aller au Myanmar c'est comme regarder un pays par le trou de la serrure. Indiscrétion… Un secret encore bien gardé. Les gens y sont beaux, gentils, souriants, et discrets sur leur situation difficile … Ils n'en parlent pas, ou si peu, jamais dans un restaurant ou dans un lieu public. Ce pays est une pierre angulaire de l'Asie. Sans lui, l'Asie devient bien ordinaire. (ce n'est pas une blague)

On compare difficilement deux pays. Des pays c'est comme les êtres humains, ce sont souvent des amis(es). Il n'y en a pas un pareil et on les aime pour des raisons différentes. Sans ces différences, l'attrait du voyage s'éteint. Les amis aussi. Mais l'unicité et la singularité, existent dans notre monde. Le Myanmar en est un bon exemple.

Le pays ferme ses frontières de façon aléatoire aux visiteurs. C'est la raison principale pour laquelle tous les guides de voyages ont un second emploi.

Les visiteurs sont porteurs d'espoirs pour les habitants du pays. Ceux-ci présument que les voyageurs rapportent un message d'aide et d'entraide. Le voyageur est le témoin de la vie des gens du Myanmar. Pour eux, la vie est si longue, et les moyens minimes.  

Robert Bérubé est le président fondateur de l'agence de voyage Les Routes du Monde.

www.routesdumonde.com