Benoît Lacroix, ce jeune de 97 ans

3 octobre 2012 10h06 · Jean-Félix Chénier

Benoît Lacroix

Le père Benoît Lacroix a eu 97 ans cette semaine.

Pour ceux qui ne connaissent pas ce personnage généreux, à l’écoute, ouvert au dialogue, bref si loin des caractéristiques que l’on associe trop souvent au discours religieux, à savoir la fermeture d’esprit, le style «donneur de leçons» et doctrinaire, je vous invite à lire cette entrevue publiée dans Le Devoir du 6 août dernier.

Benoît Lacroix a donc 97 ans. Et quelle jeunesse pourtant de l’entendre parler lors de la crise étudiante du printemps dernier. Alors que l’on ressentait une certaine fracture intergénérationnelle pointer dans le discours public, ce «vieux» issu d’une autre époque nous éclairait de son regard perspicace. Il avait déjà compris que l’insurrection de ce printemps québécois ne se limitait pas à une hausse de 1625 $ des frais de scolarité. Il avait déjà compris que ce qui alimentait la colère de notre jeunesse comme de la sienne, c’était la marchandisation de nos rapports humains.

Un homme qui a passé sa vie dans les «affaires spirituelles» est bien placé pour comprendre que le Dieu moderne de la rentabilité nous condamne à une médiocrité permanente. C’est pourquoi je dirais en effet que le père Lacroix est plus un spirituel qu’un religieux, étant donné sa posture qui ne cherche pas autant à juger et condamner qu’à questionner et accepter que nous n’ayons pas toutes les réponses

À 97 ans, Benoît Lacroix est un homme qui est loin d’être nostalgique et qui, bien qu’au crépuscule de sa vie vécue, demeure en avant de son temps. Voilà un homme qui pense le monde avec toute la profondeur de son expérience, sans hauteur, sinon qu’à hauteur d’homme. Dans le contexte du conflit ouvert du printemps québécois où le mépris fût sans aucun doute la seule constante du gouvernement en place, l’entrevue avec Benoît Lacroix s’est présentée à moi comme un baume. En élargissant la crise étudiante au capitalisme mondialisé, il m’est apparu comme un sage qui par son regard lumineux, nous disait du coin de l’œil : «lâchez pas», votre recherche d’un monde plus juste et plus humain, je la comprends et je l’appuie.

Merci père Lacroix. À votre tour de vous laisser parler d’amour.

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