BloguesJosiane Ouellet

Terrain de jeu

De retour de Seagull-Play, une adaptation de La Mouette de Tchekhov, où se conjuguent la pièce et l’étude de la pièce, alors que les comédiens de la troupe brésilienne Companhia dos Atores jouent le texte en s’échangeant les rôles, non sans également l’extrapoler, voire l’actualiser en poussant plus loin l’interprétation des personnages, ou encore, en y allant de commentaires sur ces derniers. Bref, on aura compris que l’ensemble n’a rien de conventionnel et peut aisément devenir vertigineux. En effet, la multiplication des points de vue, des voix, la mouvance des éléments de la représentation, le va-et-vient entre les langues (portugais surtitré français et français), entre la pièce et la lecture qu’on en fait, etc.; tout cela a quelque chose d’éclaté, de foisonnant. Et s’il est vrai qu’on peut parfois s’y perdre, il s’en dégage un dynamisme, une sincérité qui en font tout le charme. En fait, on a l’impression d’être confronté au chaos de la création. Cela dit, le regard personnel qu’Enrique Diaz et sa bande posent sur l’œuvre et les enjeux qui la sous-tendent, autant dire sur les personnages et leurs relations, la manière dont ils se l’approprient, se révèle très intéressant, de par sa consistance et sa justesse, c’est-à-dire qu’on sent l’authenticité de la recherche, de la réflexion. De même, bien que les conventions théâtrales soient mises à nu et qu’on s’amuse avec elles, bien que certains passages s’avèrent très appuyés, les images et le jeu demeurent constamment au service de l’émotion à exprimer. À ce propos, les acteurs déploient une énergie et un naturel réjouissants. Enfin, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de connaître le classique de Tchekhov pour comprendre et apprécier ce spectacle, cette histoire, à condition, bien sûr, d’aimer se laisser entraîner hors des sentiers battus.