11 juin 2009 8h45 · Josiane Ouellet
Ça y est, le Carrefour touche à sa fin, alors qu’avait lieu hier soir la première de la dernière pièce au programme, soit Les Marchands du Français Joël Pommerat.
Un spectacle aussi exigeant que fascinant par sa forme inusitée (les acteurs jouant des scènes exemptes de dialogues, tandis qu’une narratrice raconte ce qui s’est passé), son histoire étrange (dans un univers où se rencontrent le monde des vivants et celui des morts et où chaque personnage possède son double, son opposé), son propos qui fait réfléchir (notamment, sur la place du travail dans nos vies).
Entre deux murs de béton, sur fond de voile blanc lumineux, des silhouettes se découpent : quelques accessoires (chaises, lampes, télévisions, table, fauteuil), mais surtout, des êtres humains, au sein d’un décor aussi dénudé que leur vie. L’espace d’un fondu au noir et, comme dans un kaléidoscope, éclairages, sons, corps et objets s’harmonisent pour créer un nouveau tableau, au gré d’une mécanique bien huilée. Ainsi, les scènes s’accumulent par dizaines pour créer une écriture visuelle éloquente.
Parallèlement, la narration, livrée avec naturel, amène une distanciation propre à accentuer le ton ironique de ce récit, voire de la façon de penser qu’il met en relief. Or, cet effet s’avère d’autant plus intéressant qu’il ne souligne pas que l’absurdité d’une telle mentalité, mais montre qu’elle comporte sa part de justesse malgré ce caractère apparemment biaisé. D’où le tragique de l’affaire. On travaille pour vivre, puis, à la recherche d’un sens, on en vient à vivre pour travailler.
Enfin, ce style particulier donne à l’ensemble des airs de fable ou d’épopée, avec son univers fantastique étrange et fascinant, sa morale qui n’a rien de moralisateur, son symbolisme intriguant, ses personnages archétypaux (l’amie, la sœur, le fils, le prétendu grand fils, le père, la mère, la femme timide, l’oncle, l’homme politique, etc.), ses nombreux épisodes dont on est curieux de connaître la suite, jusqu’à un dénouement en forme de question répétée à la manière d'une opération de chaîne de montage.