« Pourquoi tant de gens si fâchés » ? Réponse à Marie-Claude Lortie (écrit avec Pascale Brunet)

11 mars 2013 12h07 · Julien Simard

Il semblerait que certain.e.s chroniqueur.e.s du quotidien soient mystifié.e.s par les relents récents du printemps érable, dont la sève coule à nouveau dans les rues de la ville. Commentateurs, politicailleux et autres journalistes de médias de masses s’étonnent de la déception et de la colère qui s’expriment suite au Sommet de l’Éducation Supérieure.

Dans un article du 7 mars publié suite à la manifestation nocturne du 5 mars dernier, Marie-Claude Lortie avance l’idée que les manifestant.e.s qui sillonnent les rues de Montréal avec leurs carrés rouges et leur soif de justice sociale ne sont plus les même que celles et ceux du printemps dernier. Que cette fois, la révolte transpire une rage puérile contre tout et rien.

Cet article nous a donné l’irrésistible envie de transformer le journal (ou le blogue virtuel) en milliers de confettis. Oui, ce sont nous les “ jeunes hommes et femmes qui hurlent, vocifèrent contre les policiers, quand ils ne leur lancent pas des objets, frappent des clôtures ou crient à pleins poumons une rage dont on se doute qu’aucune gratuité scolaire ne saurait apaiser.

Parce qu’effectivement, ce n’est pas la gratuité scolaire qui ramènera la paix sociale.

Comment peut-on parler de “paix sociale” dans une société qui s’acharne jour après jour à couper dans notre (mince) filet de sécurité pour mieux faire rouler l’économie? Une société où l’on préfère investir dans les sables bitumineux plutôt que dans les énergies renouvelables, dans la Défense nationale plutôt que dans la sécurité sociale et dans la colonisation du Nord plutôt que dans l’éducation ?

Dans les derniers mois, de nombreux scandales et décisions politiques, tant au niveau fédéral, provincial que municipal, nous ont rappelé que le bien commun, la justice sociale, l’environnement et le bien-être de nos communautés ne sont pas au coeur des préoccupations de « nos » élu.e.s. Outre l’indexation des frais de scolarité, les coupures dans l’assurance chômage et dans l’aide sociale, c-31, la Commission Charbonneau, c-45 et compagnie nous l’ont montré. Bref dans ce contexte d’austérité et de conservatisme rampant, ce ne sont pas les raisons qui manquent de s’indigner et sortir dans les rues. C’est évident, à notre sens, mais il paraît qu’il faut le redire.

Psychologiser la Rage against the machine.

Selon Lortie, les manifestant.e.s sont désormais porté.e.s par une colère informe et mal canalisée qui fait exploser feux d’artifices et vitrines au coeur de Montréal. Et que tout cela est fort fâcheux pour les commerçants des chics restos du centre-ville, pour les flux du commerce et de la circulation.

Puis, dans un appel au calme, elle écrit:

Sociologues, historiens, anthropologues, travailleurs sociaux, à vos postes. On dit quoi à des jeunes si enragés contre tout et rien, contre le capitalisme, le chômage, la richesse des autres, leurs voisins, leur proprio, leurs parents, l’injustice dans le monde, la maladie, les aberrations de notre société moderne? Des gens qui ont beaucoup à dire. Et qu’il faut écouter. Mais dont l’exaspération n’a rien de clair.

Comme si les professionnels des sciences sociales étaient en mesure de nous expliquer ces déviances critiques et de proposer des manières de les corriger afin de rétablir l’homéostasie dans un ordre social perturbé. Or, il faudrait dire à Mme. Lortie qu’un nombre important de sociologues, historien.ne.s, anthropologues, travailleuses et travailleurs sociaux sont bien ancrés dans les mouvements de contestation sociale et se reconnaissent dans cette colère. Non seulement cela, mais ils basent aussi leur métier là-dessus, dans des discours théoriques et pratiques critiques.

“Plutôt que des policiers, ce sont peut-être des psychologues qu’il faudrait envoyer pour les écouter. Pourquoi tant de gens si fâchés?”

Si nous sommes bien d’accord que ce ne sont pas les policiers et leurs rustres manières de brutes qui pourront chasser la rage (en fait pour plusieurs d’entre nous, la répression et la brutalité policière enflamment justement la fameuse exaspération opaque identifiée par Lortie); nous savons très bien que ce ne sont pas des thérapies individuelles, psychologisantes ou médicamenteuses, qui pourront prétendre répondre à notre désespoir, nos angoisses et notre colère face à la situation socio.politique et environnementale actuelle. Le désir de changement social qui se déverse encore une fois en 2013 ne pourra pas être contenu dans un cabinet de psychologue ni engourdi par des antidépresseurs, même si on a parfois besoin de ces dispositifs.

Nos problèmes sont collectifs, les solutions le seront tout autant.

Mais il ne faudrait pas croire qu’on a une dent contre la thérapeutique, bien au contraire. Seulement, on questionne l’individualisation des maux et de leurs traitements, la pharmaceuticalisation des marges, la médicalisation qui rapatrie l’électron libre dans la norme, la Karma Police.

Pour plusieurs personnes, le printemps érable aura plutôt permis que nos désirs de justice sociale prennent racine dans nos vies. Pas surprenant que, dans les manifestations, nos voix s’entremêlent, que nous alternions les slogans anti-capitalistes, pro-gratuité scolaire, féministes et queer, anti-coloniaux, etc…

C’est une complexité rhizomatique plutôt qu’une flaque informe.

Ce bon vieux prêchi-prêcha sur les jeunes

On retrouve un fond de paternalisme entre les lignes de l’article de Lortie, celui-là qui aveugle tant de chroniqueurs et d’ « experts » depuis belle lurette. Lortie tombe de plain-pied dans cette métaphore grossière héritée du XIXe siècle, où l’État (le papa), avec l’aide du Marché (la maman), est comme une grande famille :

Il n’est pas particulièrement inédit de voir des jeunes exprimer violemment leur désarroi. À travers les sociétés, les continents, les âges, on en a vu et revu. La transition de l’enfance à cet âge adulte où l’on se voit intégré, inclus, voire rangé, produit ce genre de tensions qui, selon le contexte historique ou politique, provoqueront ou non des mouvements sociaux aux éclats variés.

La classe dirigeante et les commentateurs politiques aiment bien percevoir les mouvements de contestation sociale comme étant le fait d’adolescents en crise qui « tirent la couverte de leur bord » et qui « veulent une plus grosse part du gâteau ». Dans les faits, les mouvements sociaux inventent plutôt de nouvelles recettes pour que plus de gens puissent manger du gâteau, et pour tisser le filet social qui nous empêche de glisser dans les écueils de la vulnérabilité.

Les mouvements contre l’austérité, comme la plupart des mouvements sociaux « aux éclats variés » ne se réduisent pas à des mouvements de jeunes. Ils sont intergénérationnels, et c’est là précisément un objectif de notre colère : recoller le social et le tricoter serré.

La colère n’est plus ce qu’elle était

Effectivement, Mme. Lortie, la colère a changé.

Elle est multiforme, profonde, radicale, tranchante, magnifique. Plus que jamais, elle ne se met pas en boîte.

D’abord, de nombreuses personnes se sont rendues compte des faillites incommensurables du système électoral, des langues de bois de politiciens, des mensonges et de la corruption, et que ceci forme le cœur de la machine étatique. Ce n’est pas un épiphénomène, mais bien le mode de gestion même en vigueur dans le capitalisme. Le mal-être individuel est indissociable des problèmes structurels.

Comme l’écrivait le journaliste du Devoir Eric Desrosiers en parlant de l’excellent sociologue français Vincent de Gaujelac, spécialiste du monde du travail et de ses maux (c.f. Le travail, raisons de la colère. Paris, Seuil, 2011),

La détresse grandissante des travailleurs nous dit comment les modèles de gestion en vogue, les valeurs néolibérales et la financiarisation de l’économie sont en voie de transformer le travail en torture.

Puis, au cas où vous ne le saviez pas, Mme. Lortie, nous vous rappelons que nous sommes ingouvernables, tel que le titre un nouveau livre paru chez Lux éditeur ces jours-ci.

Conclusion

Dans un autre article récent, Mme. Lortie vante les tapas de Barcelone. Nous, on vante les comités de quartiers de cette ville, la Federació d’Associacions de Veïns i Veïnes de Barcelona, les luttes intergénérationnelles pour le droit au logement, à la ville, à la santé, la CNT, les syndicats autogérés, la Cooperativa Integral Catalana, la Plataforma de Afectados por la Hipoteca, qui se bat avec les gens évincés par les agences de crédit, les comités de chômeurs, les graffitis, les actions de musique flamenca dans les banques, les tas de vidanges déposés par les gens devant les institutions corrompues en signe de mécontentement.

Oui, les gens sont fâchés. Ce n’est pas nouveau et ce n’est pas qu’ici.

Et non, ce n’est pas le syndrôme jeunes-ados-en-crise-qui-se-rangeront-bien-assez-vite-dans-le-droit-chemin-du-silence qui forme la trame des mouvements sociaux.

Cet article a été construit grâce à l’aide du Collectif du jeu de cartes, une petite quantité de gens réunis autour d’une table et d’un étrange jeu de cartes.

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 9

  • 11 mars 2013 · 14h56 Steve

    Merci, merci mille fois. À bas la désinformation de masse!

  • 11 mars 2013 · 17h16 Claude Perrier

    Et si – contre toute attente et bon sens – vous obteniez tout ce que vous réclamez… est-ce que ce «mal-être» qui vous fâche noir serait enfin soignable? Y a-t-il au moins un petit espoir de guérison dans vos cartes? Sinon, une certaine accalmie ou rémission possible?

    Afin que tous ceux et toutes celles qui bûchent jour après jour, ces braves gens également aux prises avec leur «mal-être» bien personnel, n’aient plus de surcroît à subir le «mal-être» de mécontents qui ne démontrent pas la moindre considération pour personne sauf pour eux-mêmes?

    C’est bien connu: la vie est une longue enfilade d’injustices et de déceptions.

    Heureux qui parvient, de temps à autre, à y trouver un peu son compte.

    Mais, lorsque ce n’est pas le cas ou même perçu comme ne l’étant pas, faudrait-il alors que chacun et chacune sorte saccager ce qu’il blâme comme étant la cause de son malheur, en faisant fi de la condition de ses voisins? En hurlant ses revendications au mépris du quotidien pas toujours jojo des autres et de leur droit à vaquer paisiblement à leurs petites affaires?

    Certes, il y a des ados immatures, inquiets et conséquemment malcommodes qui ne trouvent rien de mieux comme exutoire que de se comporter en voyous.

    D’autres, au contraire, sont emballés à la perspective de bientôt participer activement et utilement à ce monde qu’ils connaissent encore mal, et à faire tout leur possible pour l’améliorer. Et puis, pareille attitude n’est pas l’apanage exclusif des ados. À tous les âges de la vie il s’en trouve pour ronchonner ou pour aider.

    L’âge n’est pas le facteur déterminant. Le respect de l’autre est ce qui importe.

    Enfin, si vous n’êtes pas trop rouge de colère encore après avoir lu ce qui précède, je vous annonce la bonne nouvelle que mon intervention inopportune achève… Je termine avec un court extrait du poète Charles Baudelaire (1821-1867) tiré de la pièce XLVIII du Spleen de Paris, que voici:

    «Cette vie est un hôpital où chaque malade est possédé du désir de changer de lit. Celui-ci voudrait souffrir en face du poêle, et celui-là croit qu’il guérirait à côté de la fenêtre.»

    (Ouais… Cette vie est un hôpital… Personne n’est immunisé contre le mal de vie, contre le «mal-être». Du respect pour l’autre donc, un peu de compassion à l’égard de sa douleur – à défaut de pouvoir lui procurer la panacée qui le délivrerait. Peut-être…)

    • 11 mars 2013 · 20h58 Laurence-Olivier Tardif

      Il est triste de voir que votre vision de la vie se résume à « une longue enfilade d’injustices et de déceptions », un combat dans lequel chacun cherche à tirer son compte. Triste de voir que les manifestations d’insatisfactions de citoyens sont pour vous de simples perturbations de votre train-train quotidien, une bagatelle à balayer du revers de la main. De vous voir citer Baudelaire, un homme dépressif (et encore, c’est un euphémisme) s’il en fut un, pour justifier votre vision de la société me fait douter de votre bon sens commun, mais puisque vous aimez les citations, en voici une autre:

      « Excusez-nous de déranger, on essaie juste de changer le monde »

      Il ne s’agit pas des mots d’un éminent écrivain, seulement un slogan scander par ces « voyous irrespectueux » qui dérangent votre paisibilité d’esprit pour hurler leur mécontentement. Car, après tout, c’est ce que nous voulons: du changement. Pas pour nous-même, mais pour tous. Nous ne voulons plus voir les plus démunis être la proie d’autrui. Si vous aviez lu l’article que vous vous permettez de critiquer, vous auriez réalisé que ceux que vous taxez d’immaturité sont les même qui s’impliquent socialement dont vous vantez les mérites si activement. Que de descendre dans la rue pour dénoncer un système oppressif favorisant l’avarice et l’injustice ne constitue pas un signe d’immaturité, mais plutôt le signe qu’un cancer ronge notre société. Finalement, que d’exiger un monde plus équitable pour tous n’est pas l’égoïsme dont vous nous accablez.

      Nous n’avons pas tous perdu espoir en ce monde monsieur, et si il faut vous déranger pour le rendre mieux, qu’il en soit ainsi. Car, après tout, le monde ne sera jamais parfait, mais nous pouvons faire en sorte d’être tous un peu plus satisfait. Ainsi, sauf votre respect…

      « Excusez-nous de déranger, on essaie juste de changer le monde »

    • 11 mars 2013 · 21h03 Gabrielle Michaud

      Je me permets de vous répondre en vous citant un extrait de l’allocution prononcée par Bernard Émond à la cérémonie de clôture de l’année universitaire de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, le 18 avril 2010, un texte intitulé « Droits et devoirs », disponible sur le site web du réseau Culture et foi :

      « Je suppose qu’il est de coutume d’adresser aux diplômés qui s’apprêtent à entreprendre leur vie publique un message plein d’optimisme. C’est une chose dont je suis malheureusement incapable, tant je crois que l’époque actuelle se caractérise par un recul désastreux des valeurs humaines et spirituelles.

      Le Canada et le Québec, imitant d’ailleurs en cela la plupart des grandes démocraties occidentales, se sont donné les gouvernements les plus à droite depuis deux générations et ces gouvernements font quotidiennement reculer l’idée même de bien commun, aux grands applaudissements des nantis et de leurs éditorialistes de service. Il faut remonter au 19e siècle pour retrouver pareille progression des inégalités sociales et pareille arrogance des puissances d’argent.

      Au même moment, la culture de masse, d’inspiration largement américaine, triomphe partout. La logique du marché favorise la prépondérance du divertissement le plus futile et l’endoctrinement publicitaire ne connaît plus de limites, faisant paraître le prosélytisme religieux d’antan comme du travail d’amateurs. Le rapport à la culture du passé se fragilise et l’époque contemporaine refuse l’idée même d’une hiérarchie des valeurs et des oeuvres. Tout est maintenant affaire de préférence individuelle, et comme les goûts ne se discutent pas, l’amnésie, l’hédonisme et le narcissisme sont en passe de coloniser la culture contemporaine.

      « L’homme, nous dit Marcel Gauchet, n’existe que dans et par une culture, mais il refuse aujourd’hui l’autorité nécessaire à sa transmission ». C’est, me semble-t-il, le diagnostic le plus terrible qu’on puisse faire sur l’état du monde actuel, car si nous laissons la culture commune péricliter faute de transmission, nous vivrons dans un avenir prévisible dans une jungle où ne compteront plus que l’intérêt individuel, la force des puissants et la satisfaction immédiate des appétits les plus violents.

      Devant ce constat qu’ils partagent, plusieurs intellectuels de ma génération, voyant reculer les idéaux de leur jeunesse, se sont enfermés dans le confort et l’indifférence, préférant profiter des avantages que leur confère leur statut. Défaitistes, enfermés dans leur tour d’ivoire, ou pire, mettant cyniquement l’épaule à la roue en soutenant activement un ordre qu’ils réprouvaient, ils se consolent en s’enorgueillissant de leur lucidité.

      Mais la lucidité n’implique pas nécessairement le fatalisme. Le grand cinéaste Roberto Rossellini, que l’on accusait de faire des films noirs, répondit un jour : « Je ne suis pas pessimiste, car voir le mal là où il se trouve tient à mon avis de l’optimisme. » Voir le mal là où il se trouve, comme le faisait Rossellini, c’est le contraire du cynisme, dont l’intelligence désabusée s’arrange plutôt bien de la misère du monde. Voir le mal là où il se trouve, c’est refuser le défaitisme, et croire, peut-être naïvement, qu’on peut apporter quelque chose au monde et que l’indignation n’est pas inutile.

      À vous qui quittez aujourd’hui le milieu protégé de l’université, je dis : résistez! Les valeurs d’humanité auxquelles nous tenons sont aujourd’hui menacées et elles ne vivront que si nous les défendons et que si nous les transmettons.
      (…)
      Dans un monde qui se déshumanise, chaque geste de générosité est un acte de résistance et de liberté. Mais des gestes isolés, même nombreux, s’ils rendent le monde moins insupportable, ne vont pas à la racine du mal. Il reste à leur donner une dimension politique et sociale. Cela s’appelle l’engagement. »

      Je vous invite à lire le texte en entier à l’adresse suivante :
      http://www.culture-et-foi.com/critique/bernard_emond.htm

      Pour ce qui est de la notion de respect, nous pourrions en discuter longuement. À propos de la violence aussi. Je crois qu’une réflexion plus large sur le sujet a été amorcée au sein de la population. Tout n’est pas clair. Cette réflexion doit se poursuivre. La lutte aussi.

    • 11 mars 2013 · 22h56 Dominique Brunel

      J’appuie pour l’essentiel ce que dit Pascale Brunet. Cette colère est loin d’être le fait des ados. Cette colère déborde largement le cadre de la gratuité des études. Cette colère est restée vivante dans le coeur de bien des gens qui sont descendus dans la rue l’été dernier et qui seront prêt à y retourner quand l’écoeurement aura atteint son comble, quand la faillite du politique se fera sentir à nouveau ce qui ne saurait tarder.

      Cette colère, elle est née de la peur, de l’anxiété suscitée par la crise du politique qui ne semble plus pouvoir (ou vouloir) répondre aux vrais enjeux de l’heure et qui, ajoutant l’insulte à l’injure, se préoccupe davantage des intérêts d’une clique avec laquelle elle est en collusion (à quand une commission qui dénoncerait la collusion entre le pouvoir et Power corp. et consorts ?) (Politiques qui s’approprient le pouvoir en se servant d’un système électoral dépassé). Quand l’être humain a peur, jaillit sa colère.

      Pour l’instant, la situation économique au Qc est moins critique qu’en Europe. Vous parliez de l’Espagne, on pourrait parler de l’Italie ou pourquoi pas du Venezuela. Ces exemples pourraient nous faire réfléchir. Quand le peuple est en colère parce qu’il a peur, il a tendance, hélas, à suivre des mouvements et des personnages populistes… Est-ce cela qui nous guette ici aussi ?

    • 12 mars 2013 · 08h27 Philippe Meilleur

      Monsieur Perrier,
      En lisant votre commentaire je n’arrive pas à comprendre pourquoi au grand pourquoi vous voyez la si petite lutte des étudiants comme une embuche à votre vie. Je travail au centre-ville et je n’ai pas eu la moindre embuche à ma vie active au contraire je ne les ai pas vues encore ! D’autre par, mon interprétation de votre message est nous sommes tous malades de cette société, mais laisser moi être malade en paix !! Voyons les gens employés comme nous, ces gens qui ne voie plus de possibilités de risquer, d’aller au front pour lutter contre le pouvoir en place, car ayant investie toute notre vie 40h semaine pour avoir un petit havre de paix et avoir droit à notre confort et parfois notre indifférence des autres, nous ne pouvons plus prendre les risques de ceux ces jeunes qui ont rien à perdre sauf le futur de la société. Seront-il satisfait s’ils obtiennent tout ce qu’ils demandent, bien sûr que non, drôle de question…et pour les puissants de ce monde les Carls Péladeau les Power corps les puissances étrangères eux est-ce qu’ils seront satisfaits si on leurs donnent tout ce qu’ils veulent seront-il loyal à notre pays et vont-ils crée de la richesse ? La courte réponse est non chacun tire sur la couverte et bordel ce n’est pas les étudiants qui tire le plus fort ils n’ont même pas d’accès réel aux décideurs ils ne peuvent ne pas menacer d’aller railleur et crée des pertes d’emplois massives. Alors, qu’ils tirent sur la couverte bordel sinon qui le fera pour les générations qui n’ont pas de voix !

  • 11 mars 2013 · 19h20 Line Merrette

    On se fait f* de tous bords tous côtés. Mme Lortie évite commodément de dire que cette irritation est mondiale. Contre Wall Street. Contre Monsanto. Contre les gouvernements qui nous matraquent. Contre les lois destructrices qu’on nous impose. Contre la destruction de la Terre-Mère. Contre les maladies que le capitalisme propage. Contre les compressions des services essentiels notamment dans le domaine de la santé.

    Je pense que Mme Lortie fait volontairement son imbécile. Les causes de notre colère sont très claires!

    Claude Perrier, mon revenu DIMINUE depuis 1998 même si je travaille à plein temps et souvent bien plus. Vous avez un seul modèle de travailleur dans la tête, qui bientôt n’existera plus. Avec les lois anti-syndicats, on veut nous retourner en 1850.

    C’est justement le respect de l’autre qui m’anime. Vingt-neuf pour cent des habitants de Montréal vivent seuls. Les personnes âgées qu’on ne lave plus. Les enfants qui crèvent déjà de faim au Canada et au Québec, mais madame maltais les trouve trop gras, faut croire. Et en tant que femme de 56 ans, j’ai un billet pour un vol direct vers la pauvreté et «l’aide à bien mourir» (débarrasse le plancher vieille crisse!). Soylent Green ne sera bientôt plus un film, pour un paquet de raisons.

    Quand on regarde ce qui advient de notre pseudo-civilisation il y a de quoi être inquiet, déprimé, en colère et révolté.

    Les jeunes sont endettés par-dessus la tête. Et les chroniqueurs dans les journaux se demandent pourquoi les maisons ne se vendent pas. Combien ça fait, un plus un? Aimeriez-vous ça commencer votre vie adulte de même?

    Mitakuye Oyasin. (Tout est lié.)

    PS Je n’ai pas les moyens d’aller dans les restos (ni nulle part ailleurs, ou presque). Je trouve les recettes sur Internet et je me fais les trucs à la maison. Mme Lortie le sait-elle?

  • 11 mars 2013 · 21h11 Gabrielle Michaud

    Je me permets de citer un extrait de l’allocution prononcée par Bernard Émond à la cérémonie de clôture de l’année universitaire de l’Université Saint-Paul, à Ottawa, le 18 avril 2010, un texte intitulé « Droits et devoirs », disponible sur le site web du réseau Culture et foi :

    « Je suppose qu’il est de coutume d’adresser aux diplômés qui s’apprêtent à entreprendre leur vie publique un message plein d’optimisme. C’est une chose dont je suis malheureusement incapable, tant je crois que l’époque actuelle se caractérise par un recul désastreux des valeurs humaines et spirituelles.

    Le Canada et le Québec, imitant d’ailleurs en cela la plupart des grandes démocraties occidentales, se sont donné les gouvernements les plus à droite depuis deux générations et ces gouvernements font quotidiennement reculer l’idée même de bien commun, aux grands applaudissements des nantis et de leurs éditorialistes de service. Il faut remonter au 19e siècle pour retrouver pareille progression des inégalités sociales et pareille arrogance des puissances d’argent.

    Au même moment, la culture de masse, d’inspiration largement américaine, triomphe partout. La logique du marché favorise la prépondérance du divertissement le plus futile et l’endoctrinement publicitaire ne connaît plus de limites, faisant paraître le prosélytisme religieux d’antan comme du travail d’amateurs. Le rapport à la culture du passé se fragilise et l’époque contemporaine refuse l’idée même d’une hiérarchie des valeurs et des oeuvres. Tout est maintenant affaire de préférence individuelle, et comme les goûts ne se discutent pas, l’amnésie, l’hédonisme et le narcissisme sont en passe de coloniser la culture contemporaine.

    « L’homme, nous dit Marcel Gauchet, n’existe que dans et par une culture, mais il refuse aujourd’hui l’autorité nécessaire à sa transmission ». C’est, me semble-t-il, le diagnostic le plus terrible qu’on puisse faire sur l’état du monde actuel, car si nous laissons la culture commune péricliter faute de transmission, nous vivrons dans un avenir prévisible dans une jungle où ne compteront plus que l’intérêt individuel, la force des puissants et la satisfaction immédiate des appétits les plus violents.

    Devant ce constat qu’ils partagent, plusieurs intellectuels de ma génération, voyant reculer les idéaux de leur jeunesse, se sont enfermés dans le confort et l’indifférence, préférant profiter des avantages que leur confère leur statut. Défaitistes, enfermés dans leur tour d’ivoire, ou pire, mettant cyniquement l’épaule à la roue en soutenant activement un ordre qu’ils réprouvaient, ils se consolent en s’enorgueillissant de leur lucidité.

    Mais la lucidité n’implique pas nécessairement le fatalisme. Le grand cinéaste Roberto Rossellini, que l’on accusait de faire des films noirs, répondit un jour : « Je ne suis pas pessimiste, car voir le mal là où il se trouve tient à mon avis de l’optimisme. » Voir le mal là où il se trouve, comme le faisait Rossellini, c’est le contraire du cynisme, dont l’intelligence désabusée s’arrange plutôt bien de la misère du monde. Voir le mal là où il se trouve, c’est refuser le défaitisme, et croire, peut-être naïvement, qu’on peut apporter quelque chose au monde et que l’indignation n’est pas inutile.

    À vous qui quittez aujourd’hui le milieu protégé de l’université, je dis : résistez! Les valeurs d’humanité auxquelles nous tenons sont aujourd’hui menacées et elles ne vivront que si nous les défendons et que si nous les transmettons.
    (…)
    Dans un monde qui se déshumanise, chaque geste de générosité est un acte de résistance et de liberté. Mais des gestes isolés, même nombreux, s’ils rendent le monde moins insupportable, ne vont pas à la racine du mal. Il reste à leur donner une dimension politique et sociale. Cela s’appelle l’engagement. »

    Je vous invite à lire le texte en entier à l’adresse suivante :
    http://www.culture-et-foi.com/critique/bernard_emond.htm

    Pour ce qui est de la notion de respect, nous pourrions en discuter longuement. À propos de la violence aussi. Je crois qu’une réflexion plus large sur le sujet a été amorcée au sein de la population. Tout n’est pas clair. Cette réflexion doit se poursuivre. La lutte aussi.

  • 12 mars 2013 · 07h12 Eric

    « Comme SI les professionnels des sciences sociales SERAIENT… »

    Pour le reste, le texte est fascinant.

    Merci

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