Marjolaine Beauchamp décoche jabs et crochets Aux plexus. Et il ne s’agit pas d’une séance de sparring.

Sur sa photo d’auteure placée à la fin de son premier livre, Marjolaine Beauchamp, tête d’affiche du slam québécois, le t-shirt aux manches coupées de camionneuse hors-la-loi, tire une bouffée de cigarette comme pour se donner une contenance, en détournant le regard. L’acte de foi qu’elle vient de ratifier – "c’est sale l’amour / mais c’est quand même ben chaud l’hiver" – gêne la tough, présumons-nous. Rien pour rougir, pourtant; c’est un plaidoyer d’espoir qu’elle a sué pour toutes les "filles / Qui oubliaient souvent leur nom / Mais qui savaient pertinemment / Comment faire un noeud coulant".

Spicilège de "citation[s] de toilette / Que tu te répètes / Pour tenir bon", parce qu’il est parfois pressant de se faire croire que "Tsé les contraires, ça s’attire pus / Y’ont annulé le proverbe / Ça faisait trop de dégâts", Aux plexus est fondé sur trois douleurs: celle d’une enfance à l’imaginaire asphyxié et d’une adolescence ou "faire du gaz sur Nirvana" est la plus abordable des transcendances; celle de l’amour filial le ventre vide; puis celle du désir, du cul, qui remplit et dévore. La Chrissie Hynde de la poésie québécoise rejoue ainsi la triade Vierge (désenchantée), mère (fauchée) et putain (tendre) avec un lyrisme au ras des pâquerettes, dans tout ce que cela a de plus nécessaire, elle qui sait trop bien qu’"Assise par terre dans la cuisine / Plus proche du sol / Le crash fesse moins".

Le passage de la scène tapageuse aux pages muettes, pour la slameuse, ne va pas sans maladresses. Les scories ne sont pas toutes gommées: répétions inutiles, vers bancals, extraits de journaux intimes mal distillés, allitérations tarabiscotées. Paradoxalement, c’est lorsqu’elle s’appuie moins sur les effets propres au slam que sa voix résonne le plus fort dans la ruelle.

Molosse qui vient enfin à bout des barreaux de sa cage, Marjolaine Beauchamp décampe, sans se soucier d’élégance. C’est la foulée, affamée, qui est belle. On essaiera quand même de l’asseoir dans la taverne de notre bibliothèque, à la même table que Denise Boucher et Patrice Desbiens. Espérons qu’ensemble, ils trouvent une façon d’"Aller chercher l’Oracle / Ou ben Private Ryan / [...] Pour pas s’avouer vaincus / Par le quotidien".

Aux plexus
de Marjolaine Beauchamp
Éd. de l’Écrou, 2010, 115 p.

À lire si vous aimez/
Le slam, Patrice Desbiens, Ève Cournoyer

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