Olivia Tapiero : Espaces
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Olivia Tapiero : Espaces

Jolie coïncidence. Au moment où l’actualité cinématographique nous invite à rouvrir les livres d’Anne Hébert, une jeune auteure nous redit, à travers son deuxième roman, son intention d’inscrire son travail dans un registre apparenté. Celui d’une prose exigeante, efficace et poétique à la fois, lumineuse par la beauté des images et la musique qui s’en dégage, mais tournée vers ce que l’être humain porte de plus sombre. Olivia Tapiero, 22 ans à peine – on se pince -, va suivre la lente dérive de Lola, qui après une expérience traumatisante, une vision noire suspendue au plafond de sa chambre d’étudiante, voit un trou s’agrandir en elle. Preuves occasionnelles de sa présence au monde, ses élans de désir ne suffiront bientôt plus, elle devra accepter de vivre avec ses ombres.

Celle qui remportait le prix Robert-Cliche du premier roman pour Les murs, en 2009, crée un univers oppressant mais sensuel, sans issue mais habité, parvenant à dire la disparition comme peu savent le faire. «J’aurais voulu le souvenir de ton odeur, de ta peau et de ton silence maintenant traversé par les voix des autres, par le bruit de mes pas sur le trottoir, enterré par le monde, par le temps, par la vie même.» Espaces est un authentique projet littéraire, qui flirte avec l’abstraction sans rien y concéder; le pari d’une surdouée dont on perçoit les sources, qui vont des explorations du nouveau roman à celles des quelques grands stylistes de la littérature québécoise, rien de tout à fait neuf, donc, mais une âme, indéniable, et une infinie précision dans le geste. Éd. XYZ, coll. «Romanichels», 2012, 132 p.