TIFF 2010 : Borat à la rencontre d’Andy Kaufman

10 septembre 2010 18h41 · Manon Dumais

Entre nous, plus je pense à  I'm Still Here de Casey Affleck, plus je crois qu'il s'agit d'un documenteur ou mockumentaire habilement orchestré par Joaquin Phoenix et ses potes avec la complicité du milieu artistique américain.

Sans blague, si Joaquin Phoenix avait été aussi en détresse qu'il semble l'être dans ce film, croyez-vous vraiment que son beau-frère Casey l'aurait laissé se ridiculiser, s'humilier et se faire littéralement déféquer dessus pour en tirer un documentaire montrant un acteur de talent au bord du précipice?

Croyez-vous que Ben Stiller et compagnie s'en seraient moqués aussi ouvertement s'il avait souffert d'une dépression? En revoyant Phoenix accorder une pénible entrevue à David Letterman pour la promotion de Two Lovers de James Gray, j'ai eu la nette impression que l'animateur était bien plus complice que victime.

Si Phoenix était réellement en mode autodestructeur, I'm Still Here serait une œuvre aussi triste qu'indécente. Toutefois, si Phoenix a pu jouer ce personnage de fou à lier rêvant d'être une star du hip-hop durant tout le tournage, même sur les tapis rouges et pendant les tournées de promo, nous avons affaire au plus grand « method actor » de tous les temps.

Ce matin, en discutant avec mon confrère du Soleil Normand Provencher, je me suis alors rappelé les frasques d'Andy Kaufman, immortalisé dans Man on the Moon de Milos Forman sous les traits de Jim Carrey. Celui-ci, qui refusait l'étiquette d'humoriste, se plaisait à faire des spectacles où il provoquait volontairement le malaise. Il aimait aussi se faire passer pour son alter-ego Tony Clifton. Si ça se trouve, Phoenix en est peut-être le fils spirituel avec un je ne sais quoi de Borat…

Cela dit, je m'attendais hier après-midi à voir une charge virulente et caustique contre l'establishment, le star-système, Hollywood, etc. Or, après une demi-heure, j'avais l'impression de regarder une bande de chums déconner ensemble devant la caméra tant ça devenait inutilement complaisant. En bout de ligne, je me demandais si je ne venais pas d'assister au suicide artistique d'un audacieux acteur tourmenté ou au retour raté d'un homme qui a sérieusement dérapé. L'avenir nous le dira.

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  • Manon Dumais
    Après des études en arts, en cinéma et en littérature, j’ai tenté de me trouver un poste d’enseignante au cégep ou devenir muse d’un grand écrivain. Ayant un loyer à payer, je suis tour à tour devenue correctrice-réviseure, rédactrice de manuels scolaires et fille de pub. Puis, par un beau jour d’automne, je devins journaliste et critique de cinéma. The rest is history, comme qu’on dit…

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