Du fusil à la plume…

15 janvier 2013 22h53 · Martin Forgues

Certains connaissent d’emblée leur vocation professionnelle. D’autres, comme moi, doivent se résigner à l’approche « essai-erreur », avec, comme les produits de fitness vendus dans ces infopubs pour insomniaques virtuoses de la carte de crédit, des résultats qui peuvent varier.

C’est ainsi que, après avoir porté bérêt, bottes et fusil d’assaut durant près de 12 ans, j’entame maintenant ma troisième année en tant que journaliste indépendant – et de jeune retraité de l’armée.

Transition étrange, penserez-vous. Pas tant que ça. Dans son incarnation la plus idéaliste, le soldat veut sauver le monde. Le rôle qu’il se donne – du moins celui qu’on devrait lui donner -, de nos jours, au-delà de la défense du pays, est de protéger les faibles. Sa force physique et mentale constitue un rempart entre les populations opprimées et ses ennemis. Son arme est le dernier recours après l’échec de la diplomatie.

Le journaliste aussi. Dans son incarnation la plus idéaliste, le journaliste veut sauver le monde. Le rôle qu’il se donne – du moins celui qu’on devrait lui donner -, de nos jours, au-delà de tout ce qu’on peut penser de l’état actuel des médias, est de monter aux barricades du pouvoir au nom du citoyen. « Comfort the afflicted, afflict the comfortable », pour reprendre une expression de Finley Peter Dunne, journaliste muckraker – les ancêtres des journalistes d’enquête d’aujourd’hui – du tournant du 20e siècle. Sa curiosité et sa résilience dans sa perpétuelle quête d’information sont le fer de lance de la démocratie. Sa plume aiguisée peut infliger plus de mal aux empêcheurs de justice et aux malfrats qui foirent sans honte sur le dos du peuple.

Vous pardonnerez ce simplisme et ma naïveté – je suis encore enthousiaste dans l’exercice de mon métier. C’est ainsi que nous brisons la glace ici, vous et moi, sur cet espace blogue qui se voudra plutôt libre, mais qui accordera ces temps-ci un peu plus d’importance à un projet un peu fou.

Car c’est ce même enthousiasme pour le journalisme, indépendant de surcroît, qui m’a inspiré l’idée de partir pour le Mali, ce pays dont on entendait peu parler jusqu’à la semaine dernière. Un ancien « pays-modèle » d’Afrique de l’ouest en termes de stabilité politique – relative à la réalité politique du continent, qui collectionne coups d’état et invasions – et désormais en proie à une guerre qui ne manquera pas de faire, comme elle sait bien s’y prendre, ravages, réfugiés tout en semant mort et destruction.

Je couvrirai donc le conflit en tant que journaliste indépendant. Soyez à l’affût!

C’est parce que je déteste la guerre que je veux qu’elle cesse. Et si j’ai longtemps cru que le rugissement des canons pouvait enterrer ses cris les plus stridents, mon idée fut profondément transformée au lendemain de mon service en Afghanistan il y a quelques années. Et à force d’essais et d’erreurs, j’ai fini par troquer le fusil pour la plume. Combattre avec d’autres armes. Rendre compte de grandes calamités dans l’espoir d’intéresser les vrais décideurs – nous tous.

Encore une fois, pardonnez ma naïveté d’avance lorsque vous lirez ici sur mes états d’âme et peut-être le récit de quelques péripéties. Voyez ça comme notre première rencontre – la timidité laissera place à plus de complexité.

Je vous souhaite une bonne lecture et vous invite aussi à commenter et à discuter.

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Classé dans :  Société

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+ Ajouter le vôtre Commentaires 6

  • 15 janvier 2013 · 23h18 Marie-Louise

    Admirable!

    « Aie le courage de servir ton propre entendement ». Emmanuel Kant

  • 16 janvier 2013 · 07h16 Ianik Marcil

    Bon courage et merde pour cette aventure cher Martin. Nous serons à coup sûr plusieurs à te lire avec intérêt !

  • 16 janvier 2013 · 08h34 Isa

    Quelle belle plume!! Continue de rêver, c’est un puissant carburant.

  • 16 janvier 2013 · 09h46 Jacquou

    « Rendre compte de grandes calamités dans l’espoir d’intéresser les vrais décideurs – nous tous. » Bel idéal, Martin, mais méfie-toi des « gens » qui sont derrière les gouvernants, « élus » du peuple, nous. En rendant compte, en grattant les dessous de cette xième guerre, tu tombes forcément sur des accointances dont les journalistes de « carrière » ne parlent pas. Pourquoi aucun des journalistes des grands médias ne citent Areva? Sauf pour les otages, bien sûr.
    Ceci dit tu as raison d’y aller, si tu choisis de combattre ainsi. Mais n’oublie pas que les empêcheurs de guerroyer en rond sont des gêneurs. Garde toujours des yeux dans le dos, tu ne serais pas le premier à tomber ainsi, selon ce que tu pourrais trouver, donc montrer.
    Sois prudent, bon courage.

  • 16 janvier 2013 · 10h35 Corvus

    Je ne peux te souhaiter qu’une seconde carrière remplie de passions et d’épanouissements personnels. Je suis moi même un ex-soldat qui, ayant servi pendant 15 ans, se passionne d’actualité, de société ainsi que d’écriture. Dans mon fort intérieur, je rêve de mettre sur papier (métaphore pour dire écran) mes pulsions d’artistes de la plume mais mes troubles de santé me créent une muraille difficile à gravir. Pour conclure, Je te suivrai dans cette belle aventure en souhaitant que tu deviennes, par la force des choses, une inspiration.

  • 17 janvier 2013 · 23h51 Benoit Vigeant

    Lâche pas Forgues! Je suis avec toi.

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  • Martin Forgues
    Journaliste au parcours atypique, j’ai passé 11 ans dans les Forces armées canadiennes avant de troquer, début 2011, mon fusil pour la plume. Quelque chose à propos de la puissance de l’un relativement à l’autre… Aussi : universitaire inachevé, auteur et documentariste en herbe et client assidu de la cafétéria idéologique. Ici, on jase surtout de politique, société, médias et sujets d'outremer.

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