BloguesMartin Léon

22 mars 2012 – Le début de la fin du Parti libéral

« Ça prend du courage pour se lever et parler;
ça prend aussi du courage pour s’asseoir et écouter » – W. Churchill

Nous avons envie d’un(e) leader au Québec. Un leader qui nous parle. Un leader qui prend la parole et qui s’adresse à « nous ». Via la télé, la radio, les réseaux sociaux, qu’importe le moyen; un leader avec une vision à long terme, et capable d’évoquer ce qui nous unit de l’extérieur (l’argent) aussi bien que ce qui nous unit de l’intérieur (les arts, l’éducation) – ces deux pôles qui font de nous des citoyens et des êtres humains à part entière.

J’imagine que ça ne doit pas toujours être facile d’être premier ministre, surtout à cette époque où l’on exige plus que jamais la présence « physique » d’un(e) responsable (parent, chef d’équipe, etc.)

Je suis de ceux qui croient qu’une démocratie saine voit son leader faire une allocution nationale de temps en temps. Simplement pour « rester en contact ». Un petit discours tout simple. Je ne me souviens pas de la dernière fois où M.Charest s’est adressé à la population.

On finit par se lasser d’un absent.

On voit ça parfois dans nos familles au Québec. Des situations par exemple où l’on donne constamment de l’argent à nos enfants pour qu’ils se payent à manger en notre absence; où on leur offre un cadeau supplémentaire en temps de crise, les traite d’enfants gâtés ça et là, et où à la lumière de nos actes – encore faut-il en prendre conscience – nous croyons avoir fait notre part et que c’est maintenant à eux de faire la leur. Ce genre de relation.

Y a pas qu’un problème de comptabilité derrière tout ça.

Il y a aussi un manque d’échange, sur « la vie », « la mort », « papi », « mémé », « les arts », « l’argent », « l’armement », « la spiritualité », « les voyages », « les écoles », « les rêves », « l’amour ». On se retrouve au final en présence d’une philosophie de chacun pour soi qui n’en finit plus de nuire à tous, un manque de solidarité, une mauvaise gestion de vraies valeurs, un dialogue difficile, une perte de contact. Et la relation nivelle vers le bas.

Je crois que ce sera une des nombreuses raisons qui vous aura fait perdre le pouvoir aux prochaines élections, M.Charest.  Le manque d’échange et de rendez-vous avec les Québécois et les Québécoises, toutes générations confondues.

Le 22 avril, je souhaite que nous soyons plus de 200,000 à marcher dans les rues, pacifiquement, pour souligner le « Jour de la terre ».  Il s’agit aussi d’une marche collective dans l’espoir d’une situation meilleure pour le Québec; une situation meilleure pour l’environnement, les aînés, la santé, les étudiants, les artistes, les gens de la classe moyenne, tous ceux qui prendront leur retraite, la solidarité entre générations. Et je ne parle pas que d’un point de vue économique.  Nous marcherons, en famille, pour dire que « nous » sommes ensemble.

Bloquer l’accès à un pont à l’heure de pointe était un acte isolé, commis par moins de 200 personnes – des jeunes – qui n’avaient pas consulté la collectivité avant d’agir, et qui aura nui à 2000 personnes; gouverner en discutant plus souvent avec les grandes corporations qu’avec les citoyens qui nous ont élus est aussi un acte isolé, commis par un groupe de moins de 100 personnes – des adultes – qui ne consultent pas la collectivité avant d’agir, et qui nuit à des centaines de milliers de citoyens.

Ici les Québécois et la Québécoise ont la responsabilité de se renseigner, de réfléchir et d’affirmer ce qui leur convient et ce qui ne leur convient pas, notamment par le vote. S’ils ne le font pas, c’est dommage mais ils doivent accepter de vivre avec un gouvernement qui ne leur ressemble pas. D’où l’importance d’aller voter. Ici nous avons la responsabilité de nous informer et de prendre position. Les étudiants nous le rappellent chaque semaine en ce moment. Merci à eux.

Nous ne pourrons jamais accommoder tout le monde, nous sommes d’accord, et gouverner une province ou un pays ne doit pas être une tâche facile, surtout en démocratie, mais lorsque les groupes qui crient se multiplient, c’est qu’il est urgent d’avoir une réelle réflexion de fond en tant que société, et pas que d’un point de vue économique.

Il faut tôt ou tard inviter de groupes nouveaux à se joindre aux gens d’affaires qui sont déjà autour de la table, et réfléchir ensemble – on ne règle pas tous les problèmes qu’avec des budgets. Il faut impliquer des philosophes, des sociologues, des visionnaires, des hommes et des femmes de paix; des gens dont l’ambition première n’est pas d’avoir le pouvoir mais de nourrir une importante réflexion pour le bien d’une société.

Quelles sont nos valeurs en tant que Québécois et Québécoises ? Est-ce que les valeurs que nous avons et enseignons à nos enfants favorisent notre bien-être et le leur ? Est-ce qu’elles encouragent la cohabitation ? Notre respect pour l’environnement ?  Notre épanouissement en tant qu’être humain ?  Sincèrement ?

Avec toutes les ressources que nous avons ici nous aurions pourtant la chance de faire du Québec une société modèle, si on s’y mettait.

Nous avons besoin d’un(e) leader, nous, les Québécois et les Québécoises.

Un homme, une femme, qui par ses réflexions et ses actes sera un modèle et une inspiration pour une majorité de gens; un homme, une femme, à qui nous donnerons notre confiance.

Et ce leader, ce n’est pas vous, M.Charest.

Ni vous, ni votre équipe, ni votre façon de faire qui nuit à l’estime que les Québécois méritent d’avoir d’eux-mêmes.

Et quelque soit la qualité du gouvernement qui vous succédera, il lui faudra lui aussi mettre à son agenda autant de rendez-vous de qualité avec les grandes corporations qu’avec les citoyens qui l’auront élu, et considérer et respecter ces deux rendez-vous de façon égale.

Que des élections soient déclenchées dans un mois ou dans six, je souhaite que les Québécois et les Québécoises l’affirment comme moi par le vote: que c’est bel et bien terminé pour le Parti libéral, et que nous réfléchirons ensemble pour la suite des choses.