Carré rouge

21 février 2012 1h14 · Mathieu Poirier

On commence de plus en plus à parler de la grève des étudiants ces jours-ci, autant dans les médias que dans le métro et dans les soupers de famille. Après avoir épluché quelques textes d’opinions et tendu l’oreille ici et là, je peux vous dire que ce qu’on entend le plus souvent qui soit en lien avec la grève jusqu’ici, c’est que les frais de scolarité des étudiants québécois sont parmi les plus bas au Canada et que les étudiants devraient être les premiers à investir dans leur avenir.

Bref, la même cassette qu’il y a deux ans.

C’est d’ailleurs ce que j’ai moi-même longtemps pensé. Ayant effectué un retour aux études à temps partiel il y a 8 ans, j’en ai vu passer des grèves. De mémoire, il y en a eu trois. Et pour la première fois, je comprends les étudiants de s’insurger. Rappelons-le, on parle d’une hausse de 325$ par année pour un étudiant à temps plein, et ce pendant 5 ans. Au final, c’est une augmentation de 1625$ qu’on impose aux étudiants. C’est beaucoup d’argent. Et ça s’ajoute aux autres augmentations.

Imaginez que le prix de votre loyer soit majoré ainsi – soit de 27$ par mois? Il faut que les taxes augmentent on ne peut plus significativement pour qu’une telle hausse soit justifiable auprès de la Régie du logement.

Oui, les frais de scolarité au Québec sont inférieurs à la moyenne canadienne, mais en quoi est-ce mal? On parle d’éducation ici! On parle d’investissement à long terme. On parle d’individus qui gagneront bien leur vie et qui paieront des taxes et des impôts. En Ontario, la taxe de vente provinciale est de 8% alors que, au Québec, elle est de 9.5%. En 2010, le revenu personnel moyen au Canada était de 37506$, alors que celui du Québec était de 34437$… et nous pourrions continuer longtemps ainsi. Les contextes économiques, sociaux et culturels ne sont pas les mêmes. Chaque province se distingue des autres. Pourquoi le Québec ne se différencierait pas en se positionnant comme étant une province qui considère l’éducation comme un enjeu des plus importants? J’adhère souvent à l’idéologie de l’utilisateur-payeur (vivement des postes de péage), mais sommes-nous prêts à voir le nombre de diplômés diminuer sous prétexte que les professionnels de demain doivent participer plus activement au financement de leurs études? Je le répète, on parle d’éducation ici!

Et parce qu’on aime se comparer avec nos voisins et que les chiffres disent que le taux de fréquentation des universités est sensiblement le même au Québec que dans le ROC, et ce malgré le fait que les frais au Québec soient inférieurs à la moyenne canadienne, plusieurs infèrent que les étudiants continueront de fréquenter l’école malgré tout. Mais encore une fois, considérons les contextes social et culturel. Et si, au Québec, on accordait tout simplement moins d’importance à l’éducation. Et si l’école était moins valorisée ici qu’ailleurs. Il y a quelques jours, Rima Elkouri rapportait que 40% des étudiants québécois sont la première génération de leur famille à fréquenter l’université. Et hier, on pouvait lire dans cet article que le taux de décrochage dans plusieurs régions du Québec augmentait.

Bref, même si je crains que la grève ne fera hélas pas reculer la ministre Beauchamp, à ceux qui portent le carré rouge je dis courage! Il faut vous faire entendre. Et à ceux qui ont peur que la grève affecte la qualité de leur formation, je dis que la qualité de votre formation a déjà été affectée. Et la grève n’y est pour rien.

Non, la qualité de votre éducation est affectée par les documents PowerPoint de 30 slides (avec bullet points) que vous devez remettre à la fin de la session plutôt qu’un document Word de 30 pages (en texte continu). La qualité de votre éducation est affectée par des critères d’évaluation loufoques (ie: votre allure générale lors de votre présentation de fin d’année). La qualité de votre éducation est affectée  par les conférences qui se font hélas de plus en plus rares, et par les trop nombreux travaux d’équipe qui vous sont imposés sous prétexte que, lorsque vous serez sur le marché de travail, vous travaillerez en équipe.

Non, la grève n’affectera pas la qualité de votre éducation – enfin, si peu -, car vos cours sont calqués sur le manuel que vous avez acheté en début de session alors, entre le lire et vous le faire lire par un chargé de cours, il n’y a qu’un pas.

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Classé dans :  Société

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

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  • 21 février 2012 · 10h21 Valérie

    Je me souviens de Dutrizac (Dieu que je le hais, celui-là) qui hier, riait des étudiants qui braillaient contre la hausse des frais… Parce que supposément, le salaire minimum avait été augmenté et que ça couvrait « en masse » l’augmentation des droits de scolarité.

    Ce que ces gens-là oublient souvent, c’est que la facture de début de session n’est pas la seule qu’on a à payer. Mon loyer augmente de 10$ à chaque année, ce qui est raisonnable, mais 10$ par mois, sur quelques années, ça fait aussi beaucoup d’argent. Sans parler d’Hydro-Québec, du téléphone, et de l’internet, qui n’est même plus une option, puisque les profs envoient les notes de cours à télécharger la veille à 23h… Le prix de la nourriture, du transport en commun… Finalement, on arrive en dessous assez vite.

    Je n’ai jamais eu un budget aussi serré que depuis que je suis retournée aux études. Je ne suis pas admissible aux prêts et bourses, ce qui fait que j’essuie la hausse dans mon compte en banque directement. Si le gouvernement décide d’aller de l’avant, j’ai bien peur de devoir choisir entre manger et étudier.

    • 22 février 2012 · 10h29 P. Lagassé

      On oublie les autres « frais »:
      l’achat de livres (quelques centaines de dollars par session) et de matériel scolaire
      et les fameux « frais afférents » (des frais de toutes sortes que l’université peut exiger des étudiants pour les « services » rendus et soit-disant « non couverts » par les frais de scolarité: photocopies, etc.)

  • 22 février 2012 · 10h36 P. Lagassé

    Si on aime se comparer avec les autres il faut remarquer, face à l’Ontario et l’Alberta:
    - les données officielles montrent une « lutte des classes » croissantes: les études « payantes » (bonne perspective d’emploi avec bon salaire) sont de plus en plus occupés par des enfants provenant de riches familles et les études moins « payantes » par ceux de la classe moyenne. La raison, les frais des études sont modulés en fonction des perspectives de futurs salaires auxquelles ils mènent (les études « payantes » coûtant beaucoup plus cher que les autres)

    - Le nombre d’étudiants d’origine canadienne a bel et bien diminué. La différence est comblée par des étudiants étrangers
    Un exemple: Dans l’ensemble du Canada, juste en provenance de l’Inde, 7 800 nouveaux étudiants étrangers sont arrivés il y a trois ans, 10 000 il en a 2 ans et 13 000 l’année dernière. Juste en provenance de l’Inde. Et c’est tellement « insuffisant » que les universités ontariennes, avec l’aide du gouvernement canadien « investissent » de plus en plus d’argent pour aller faire du recrutement en Inde.

    - L’Ontario, comme l’Alberta, face à cette situation, se préparent à descendre le montant des frais de scolarité. Il est même de plus en plus question de gratuité scolaire.

    Comme quoi…

  • 5 mai 2012 · 20h28 G.Desroche

    Donner la liste des frais afférents qui seront GRATIS

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  • Mathieu Poirier
    Quand j'étais petit, j'aurais aimé jouer du piano comme Glenn Gould, pratiquer des arts martiaux comme Donnie Yen, être créatif comme Jules Verne et être aussi bon cuisinier que ta mère. Hélas, il y a eu le Nintendo, "L'Enfant génial" avec Fred Savage, les Gifs animés, "Lain", "Scott Pilgrim" et la blogosphère. Résultat: je ne suis bon qu'avec les pitons.

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