Le septième art ou l’art de divertir

4 janvier 2013 13h47 · Mathieu Poirier

Dans une récente chronique, Marc Cassivi écrivait que, selon lui, même si certains critiques annoncent la mort imminente du cinéma tel qu’on le connaît, il n’en est rien. Le cercueil est vide, écrivait-il.

D’abord, afin que vous ne me prêtiez pas de mauvaises intentions, je dois dire que je considère mois aussi qu’il se fait de très beaux et de très bons films encore aujourd’hui.

Mais comme le dit le chroniqueur de La Presse, il n’existe pas aujourd’hui de courant cinématographique aussi fort que pouvait l’être la nouvelle vague française ou le néoréalisme italien, par exemple.

En effet, de mémoire, le dernier courant à avoir eu le même type d’impact sur l’industrie du cinéma (mais à plus petite échelle), c’était le Dogma 95 qui fut notamment créé par Lars Von Trier dans les années 90.

Jadis, les cinéastes travaillaient de pair pour faire évoluer le septième art et en faire un carrefour de questionnement social. Aujourd’hui, ils se servent certes de leur art pour dénoncer des injustices spécifiques ou des mauvaises pratiques, mais d’aucune manière on nous propose des initiatives collectives qui permettraient du même coup d’ajouter une valeur historique au cinéma contemporain.

Pensons aux réalisateurs issus du néoréalisme italien qui, pour dénoncer les films de la période des téléphones blancs qui ne reflétaient aucunement la réalité, nous ont donné des œuvres très dures qui montraient des situations que nous n’avions pas l’habitude de voir au cinéma; et le tout d’une manière très réaliste, en engageant notamment des acteurs non-professionnels.

C’est peut-être ce qui manque au cinéma contemporain, soit l’élaboration de codes ou de techniques qui ajouteraient une valeur historique aux films d’aujourd’hui tout en dénonçant certaines mauvaises pratiques ou autres enjeux sociaux. Or, ce sont plutôt les technologies qui révolutionnent le cinéma de nos jours. En effet, les studios nous proposent des versions 3D dans des salles IMAX ou ultra-AVX avec des bancs qui bougent et des parfums qui sentent bon la fraise (odorama).

Je le répète, il se fait encore de très bons films, mais on ne peut nier que, de plus en plus, le cinéma bifurque vers le divertissement, si bien que, dans certains cas, on peut pratiquement parler d’oeuvres multimédia unidirectionnellement interactives.

Ceci dit, je ne suis pas en train de jeter le blâme sur les majors de l’industrie du cinéma ni de les accuser de tuer le cinéma tel qu’on le connaît; même que, au contraire, peut-être qu’un jour nous les remercierons d’avoir sauvé l’industrie et ses artisans qui doivent à leur tour faire face au piratage. En effet, toutes ces valeurs ajoutées incitent les gens à continuer de fréquenter les mégaplex dans lesquels on peut toujours voir quelques films d’auteur; ce qui ne serait peut-être pas le cas si l’industrie cinématographique avait fait comme celle de la musique, soit absolument rien sinon poursuivre les internautes qui téléchargent des fichiers via les applications P2P.

N’empêche que je considère un peu dommage que, lorsque je me rends au cinéma, j’ai davantage l’impression d’aller dans un parc d’attraction.

Et si je ne crains pas la mort du cinéma, je dois quand même avouer que je m’ennuie d’une certaine époque où un exercice de style cinématographique consistait à briser collectivement des codes établis afin dénoncer une tendance qui laisse à désirer.

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Classé dans :  Cinéma

L'opinion émise dans ce billet n'engage que son auteur et ne représente pas nécessairement celle du journal Voir.

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  • 6 janvier 2013 · 15h25 Jean-Serge Baribeau

    Je suis totalement d’accord avec cette brillante analyse, moi qui suis un apprenti vieillard (pas un aîné: je déteste cette désignation qui se veut politiquement correcte).

    Et la «correctitude» politique, esthétique, artistique et intellectuelle, je la conchie! Même chose en ce qui concerne toutes les propagandes hypocrites dont on prétend que c’est du cinéma distrayant et du divertissement inoffensif.

    INDEPENDANCE DAY et de nombreux films, plus récents, sont des œuvres de divertissement et de distraction qui font en sorte que le divertissement devient éminemment propagandiste. Dans les pays dictatoriaux, la propagande est claire et perceptible. Mais c’est différent dans les pays capitalistes, dits démocratiques. Il paraît qu’il y a là de la PUBLICITÉ mais pas de PROPAGANDE. Laissez-moi rire, SVP!

    Merci pour ce lucide et clairvoyant texte de Mathieu Poirier!

    JSB, sociologue des médias

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  • Mathieu Poirier
    Quand j'étais petit, j'aurais aimé jouer du piano comme Glenn Gould, pratiquer des arts martiaux comme Donnie Yen, être créatif comme Jules Verne et être aussi bon cuisinier que ta mère. Hélas, il y a eu le Nintendo, "L'Enfant génial" avec Fred Savage, les Gifs animés, "Lain", "Scott Pilgrim" et la blogosphère. Résultat: je ne suis bon qu'avec les pitons.

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