Un nouvel enregistrement de l’ouvre maîtresse d’un compositeur contemporain, des trios de Schubert joués sur instruments d’époque, et la reconstitution d’une messe vénitienne baroque. Voilà trois excellentes suggestions parmi la flopée de nouveautés chez les disquaires.

Music for 18 Musicians de Steve Reich. (Nonesuch 79448-2)
Pour le compositeur américain Steve Reich, Music for 18 Musicians a marqué un passage extrêmement important dans sa production. «Oui, je crois que c’est vraiment le morceau qui a changé ma vie», déclarait-il récemment. Aujourd’hui, le créateur revient sur l’interprétation de 18 avec son groupe, Steve Reich and Musicians. Durant onze minutes de plus que la première version (67:42, ici), ce nouvel enregistrement de l’ouvre-phare de Reich présente un intérêt historique certain. Comment un compositeur, vingt ans après une création, réinterprète-t-il sa propre musique? Il est clair que Reich n’a rien renié de 18, et considère toujours l’ouvre comme pleinement satisfaisante: «C’est vraiment l’une des meilleures pièces que j’aie jamais créées. Il y a des moments, parfois, où chaque élément vient se mettre en place, et où on se retrouve tout à coup face à un fabuleux organisme autonome; c’est arrivé pour ce morceau. Cela explique sa permanence. Mais il a aussi une architecture solide, et c’est pour cela qu’il me plaît toujours, à moi, vingt ans plus tard», déclarait encore le musicien.

Indépendamment de l’importance de la structure dans les ouvres de Reich ±- le compositeur nous donne d’ailleurs la permission de n’y rien percevoir -, il reste un plaisir sonore créé par la richesse des timbres, les déplacements de masses, de volumes. La musique de Steve Reich n’en est pas simplement une de motifs mélodiques répétés, c’est aussi une musique de texture, de densité, d’harmonie, de complexité rythmique. Pour apprécier Music for 18 Musicians, il faut se laisser entraîner par ce qui pourrait se comparer à des «ondulations» sonores. La réussite de 18 est indéniable, qu’on condamne ou non le style musical qui en a découlé, et dont Reich rejette le vocable: le minimalisme. Ici, les interprètes sont d’une telle précision !=- ils n’ont d’ailleurs pas le choix… – qu’on imagine mal les humains derrière leurs instruments. La prise de son est magnifique, et laisse s’épanouir toutes les couleurs harmoniques propres à l’ouvre.

Franz Schubert, Trio en si bémol majeur op. 99, Notturno op. 148. La Gaia Scienza. (Winter & Winter 910 017-2)
Enfin! pourrait-on s’exclamer, car le trio italien La Gaia Scienza vient de faire paraître son second enregistrement consacré aux trios de Schubert, joués sur instruments d’époque. Après le Trio en mi bémol majeur opus 100, c’est au tour du merveilleux opus 99 de bénéficier de l’interprétation fougueuse de ces trois jeunes Italiens inspirés: la pianiste Federica Valli, le violoniste Stefano Barneschi et, surtout, le violoncelliste Paolo Beschi. Ici, néanmoins, se fait jour une certaine dureté dans les attaques – particulièrement dans le premier mouvement -, qui était moins gênante sur le précédent disque. Les tempos y sont parfois trop rapides pour permettre aux interprètes de donner toute la mesure de leur souffle. La beauté et l’intelligence de leur phrasé s’en trouve un peu escamotées, mais la sensibilité des interprètes reste toutefois bien présente. Car ces trois Italiens comprennent à merveille la musique de Schubert, et savent la revêtir d’une intensité qu’on ne retrouve pas fréquemment chez de jeunes musiciens. Le second mouvement du Trio opus 99 ainsi que le Notturno permettent de mieux entrer en contact avec cette sensibilité à la fois très latine et très proche de ce qu’on imagine de l’âme schubertienne… Peut-être pas la plus grande version qui existe, mais certainement une interprétation des plus émouvantes.

Rigatti, Messe vénitienne de 1640, Vancouver Cantata Singers. (Analekta Fleurs de lys FL 2 3097)
Chez Analekta paraissait récemment une nouveauté baroque très réussie: la reconstitution d’une messe telle qu’elle aurait pu être entendue à Saint-Marc de Venise autour de l’an 1640, à l’occasion de la fête de la Purification de Marie. L’ouvre principale de l’enregistrement est la Messe à huit voix, d’Antonio Rigatti, compositeur vénitien né en 1615 et mort en 1649. Le disque présente l’ouvre de Rigatti entremêlée à des pièces d’autres compositeurs, tels Massimiliano Neri, Giovanni Picchi, Carlo Gesualdo, Dario Castello, Claudio Monteverdi…, pour former la reconstitution d’une «Messe vénitienne de 1640». Les Vancouver Cantata Singers, sous la direction de James Fankhauser, forment un excellent chour, très à l’aise dans le répertoire baroque. L’ensemble instrumental qui les accompagne, The Whole Noyse, est constitué d’instruments à vent d’époque, et provient de la région de la San Francisco Bay. Les sopranos Christine Brandes et Linda Perillo accomplissent elles aussi un excellent travail. Les choristes, chanteurs et instrumentistes sont apparemment fort bien dirigés par le chef James Fankhauser, qui a, de toute évidence, une conception solide de cette reconstitution. Une articulation raffinée, des enchaînements soignés, de la vivacité et une belle prise de son permettent de goûter avec plaisir cette Messe vénitienne.

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