

Diana Krall : Dame du monde
Louise Dugas
Les festivaliers les collectionnent comme des papillons. Je parle, bien sûr, des histoires d’amour, des liaisons fougueuses, exclusives, énigmatiques avec des artistes, tels Holly Cole et Pat Metheny. Au milieu des années 90 a surgi parmi les saints Diana Krall, dont les deux premiers albums (Stepping Out, Only Trust Your Heart) sont sur l’étiquette montréalaise Justin Time, et qui sera au Festival pour la quatrième fois en autant d’années. Preuve que son public a grandi d’été en été, la chanteuse-pianiste a rempli des salles toujours plus grandes: le Cabaret, en 1995; le Spectrum, en 1996; le théâtre Maisonneuve, l’an dernier, et cette fois, la salle Wilfrid-Pelletier. A quand le Centre Molson? a-t-on envie de demander. «Je suis très contente de revenir à Montréal, dit-elle de sa voix grave et chaude d’alto, j’y ai vécu des souvenirs formidables, et les gens m’ont toujours bien accueillie. Si je regarde l’ensemble de ma carrière, c’est assez unique.»
Mais la dame, née à Nanaimo, sur l’île de Vancouver, n’appartient plus seulement au FIJM. Depuis All for You (1996), hommage au trio Nat King Cole, qui a trôné pendant soixante-dix semaines dans le Top Ten Jazz du thermomètre Billboard, le monde s’en est saisi. La voilà maintenant sur une orbite planétaire, affichant son jeu syncopé et sa voix fluide, légèrement érotique, qui glisse, chaloupe et noue les tripes, appuyée en cela par un trio dont l’exécution, pleine de tact, colle à l’artiste.
Blonde au regard vert et à la silhouette élancée, Krall ressemble aux femmes fatales qui peuplent les romans de James Ellroy. Son physique à la Lana Turner (zieutez-moi ses pochettes en couleur, mais à l’esprit noir et blanc), assorti à son plus récent disque, Love Scenes, un album de ballades moites dans la tradition de Tin Pan Alley – Peel Me a Grape (Frishberg), How Deep Is the Ocean? (Berlin), They Can’t Take That Away From Me (Gershwin) -, contribue à forger une polémique autour d’elle: Krall est-elle une (vraie) musicienne de jazz ou une chanteuse de variétés? L’héritière de Dinah Washington ou de Peggy Lee?
«Je me fous de savoir si j’appartiens à l’une ou l’autre de ces catégories, lance-t-elle d’un ton assuré. Je suis très sérieuse en ce qui a trait à la musique, mais je suis aussi là pour donner du bon temps aux gens. Il m’arrive souvent de songer à l’époque dorée où le Rat Pack (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr., Joey Bishop, Peter Lawford) se produisait au Sands, à Las Vegas, poursuit-elle, et j’y pense davantage depuis la mort de Sinatra. Je reviens du Japon où j’ai travaillé en compagnie de John Pizzarelli et de Benny Green. John est un grand guitariste, ça va de soi, mais c’est aussi un grand entertainer. Eh bien, nous avons inventé une sorte de numéro que nous avons présenté sur scène. Oh, c’était loin de ressembler à ce que le Rat Pack faisait à l’époque, mais nous avons eu un plaisir fou. Pour moi, le côté variétés ne devrait jamais être soustrait de l’expression jazzistique.»
Aurait-elle dit ça il y a quelques années, avant qu’elle ne trouve avantage à être adorée par un si large public? Je ne saurais dire. Quoi qu’il en soit, son prochain disque sera peut-être encore plus pop, à cause de la présence du trompettiste, tromboniste et arrangeur Johnny Mandel (Count Basie, Shirley Horn, Natalie Cole). «Il y aura des violons, se contente-t-elle de dire, mais le trio occupera encore une place prépondérante.» Au Festival, elle sera encore accompagnée de Russell Malone, un guitariste qui fait beaucoup parler de lui; quant à Dan Wolfe, il fera office de bassiste. «Il y aura d’anciennes chansons, mais également des nouvelles. Et puis non, je ne sais pas… Du moins, pas encore. Pour le moment, la seule chose qui compte, c’est que je serai entourée de mes pairs, et que nous serons tous là pour la musique.»
Ce à quoi elle ressemblera, au fond, n’a pas tellement d’importance…
Le 3 juillet à 20 h 30
A la salle Wilfrid-Pelletier
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