

Fanfare Ciocarlia : Le sens du rite
Lelièvre Denys
En cette fin de siècle, nous naviguons entre le futur (ouverture aux développements de la technologie) et le passé (redécouverte de l’instrumentation acoustique). Nous sommes fascinés par les nombreuses traditions musicales du monde, par les chants profondément humains qui ont su traverser l’épreuve du temps. Notre intérêt pour des groupes comme Bratsch ou, plus près de nous, Raoul ou Ann Victor, n’est pas étranger à cela. En Europe, l’ouverture des frontières aura favorisé la circulation des idées, des cultures. Le Festival d’été a vu juste en créant une série consacrée à la «Route des gitans». Pour l’essentiel, des ensembles où les cordes (guitares, violons) priment. Or, les orchestres de cuivres tsiganes appartiennent à la même tradition. Leur origine remonte aux fanfares militaires turques du début du XIXe siècle.
Dans leur ouverture aux «musiques du monde», les Nuits du Beat Molson Dry nous présentent, de Roumanie, la Fanfare Ciocarlia. Elle s’est formée dans un tout petit village de quatre cents âmes, Zece Prajini (les «dix parcelles»), au nord-est du pays, à quelques pas de la Moldavie. La formation accompagne les cérémonies liées aux grands rites de transition de la vie: naissance, baptême, mariage, funérailles. L’ensemble est composé de onze musiciens: on retrouve entre autres comme instruments des clarinettes sopranos (3), des trompettes (3), un sax alto, des tubas (2). La Fanfare Ciocarlia joue des pièces (danses) traditionnelles roumaines et, de façon générale, différents rythmes provenant des Balkans. Leur répertoire s’inscrit dans la tradition tsigane. Nous sommes véritablement au carrefour de l’Orient et de l’Occident. La Fanfare Ciocarlia s’ouvre aussi à des mélodies contemporaines inspirées du cinéma (indien, européen, américain), à des rythmes comme la rhumba ou le foxtrot!
Un disque enregistré récemment, Radio Pascani, sur le label allemand Piranha, rend compte du travail de la Fanfare Ciocarlia. Certains accents pourront faire penser au Willem Breuker Kollektief, ou à des fanfares italiennes, au mieux au Bulgare Ivo Papasov pour la virtuosité. Les onze musiciens de la troupe ont un sens inouï du rythme et jouent le plus souvent sur un tempo époustouflant, vertigineux, hallucinant! Les clarinettes et les trompettes sont soutenues par des tubas dont les instrumentistes jouent avec une souplesse étonnante. Le leader, le trompettiste Radulescu Lazar, amorce plusieurs pièces (à la trompette ou à la voix) d’une façon lente, grave, puis entraîne toute la bande sur un tempo infernal. La musique du groupe, essentiellement collective, laisse quand même place à des solos inspirés (le sax alto dans Nicoletta).
Après l’Allemagne, la Belgique, la France, voici que la Fanfare Ciocarlia nous fera entendre à Place d’Youville les échos d’une tradition musicale très riche. Nous parlons d’événement!
Le 30 juin
A Place d’Youville
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