James Carter : Du même souffle
Musique

James Carter : Du même souffle

«Tous ceux qui l’ont écouté me le disent d’emblée: selon eux, il s’agit de mon meilleur album.» James Carter parle bien sûr de son nouveau projet: In Carterian Fashion. Le mot projet convient bien, parce que le saxophoniste de Detroit souligne le dixième anniversaire de son tout premier concert à New York. A cette époque, en 1988, Carter rejoignait le fameux Art Ensemble of Chicago du trompettiste Lester Bowie, qui avait engagé Donald Smith et sa Hammond B-3 pour son désormais célèbre organ ensemble. Deux ans plus tard, le projet se trouvait immortalisé sur un disque intitulé Organiser. In Carterian Fashion, s’inspirant de cette aventure, est le quatrième compact du souffleur de vingt-neuf ans. Pour l’occasion, il fait appel à Cyrus Chestnut, qui justement, nous donnait Hymns and Spirituals, l’an passé. C’est lui qui chauffera le gros orgue au Spectrum. «Le son de la B-3 a toujours fait partie intégrante de l’expérience black de l’église jusqu’au funk des années soixante-dix», de spécifier Carter, qui incidemment, a invité un ex-membre des Parliament Funkadelic: son frère Kevin, à la guitare.

«La philosophie de mon album est complètement à l’opposé du concept de Bowie. La chose qui m’a le plus frappé, c’est l’omniprésence de l’orgue dans mes nouvelles compositions. Trouble in the World est largement inspirée des spirituals; Down to the River, elle, vacille du côté des downhome spirituals, plus traditionnelles; tandis que sur Lockjaw’s Lament, elle rappelle les combos ténor-orgue des années cinquante. Sur la pièce-titre toutefois, je me suis plongé dans le monde de Tower of Power, carrément plus funk. Cet album, c’est un peu comme une odyssée.»

Si on récapitule la discographie du sopraniste, ténor et baryton, on constate que tous ses disques sont des ouvrages touffus et complexes, que Carter trouve sa réelle motivation dans l’écriture, et que les relectures du passé ne sont pas son truc. James Carter préfère plutôt s’en servir comme d’un catalyseur. Son expérience lui a valu, à dix-sept ans, d’être invité à se joindre au quintette de Wynton Marsalis. Celui-ci le fait entrer plus tard au Lincoln Center Jazz Orchestra, ce qui l’amène à accompagner la cantatrice Kathleen Battle. Ses débuts sur disque avec The Real Quietstorm, en 1994, révèlent un Carter plein de douceur, des ballades plein la tête, lui qui avait sorti JC on the Set, au Japon seulement, un an auparavant. Puis, ont suivi Jurassic Classics et Conversin’ With the Elders, deux autres génuflexions envers les créateurs Lester Young, Parker, Coltrane, etc. Il incorpore sans imiter, il synthétise sans parodier. Le même esprit règne sur In Carterian Fashion, bien qu’il s’agisse tout de même d’un changement de cap, Carter nous rappelle qu’il peut être autre chose que le «saxophoniste au souffle continu».

«Techniquement, on pourrait parler d’un organ project, s’est résigné à dire Carter. Mais ce qu’il faut noter, c’est l’alternance des différents saxophones. Le saxophone est d’abord un objet inanimé et sans vie. Avec le souffle humain, on peut le personnaliser, lui injecter une vie.»

Le 9 juillet à 21 h 30
Au Spectrum
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