Jimmie Vaughan : L'amour fou
Musique

Jimmie Vaughan : L’amour fou

La seule fois où nous avions conversé auparavant, c’était à la sortir de Strange Pleasure, son premier album solo, en 1994. Jimmie Lee Vaughan était de fort bonne humeur. Le disque que tout le monde attendait était enfin une réalité. Quatre années s’étaient écoulées depuis la mort tragique de son plus jeune frère, celui dont on a érigé une statue à Austin. Quatre ans aussi, depuis son départ des Fabulous Thunderbirds, une formation qui jongle avec son personnel de guitaristes depuis. Au téléphone, son accent texan chantait comme celui de Bill Clinton. On sentait vraiment que le deuil était passé, et qu’il avait autre chose à faire qu’à passer ses journées à rafistoler ses grosses bagnoles américaines, son hobby préféré. Jimmie Vaughan et son groupe allaient faire la première partie du premier concert de la tournée From the Craddle d’Eric Clapton. En décembre de la même année, c’était au Spectrum qu’ils remettaient ça. La rumeur était forte, les Stones étaient en ville eux aussi, et comme Jimmie est tenu en haute estime par ses pairs, on espérait un remake du El Mocambo… Que de futilités! Jimmie Vaughan a amplement suffi, avec ses choristes aux voix caverneuses, ses cheveux gominés Texas Style et sa belle Fender Telecaster, qu’il ménage plus qu’il ne la brasse.

Il y a deux semaines, le Jimmie Vaughan au bout du fil semblait plus nerveux: «Jouer avec les gars, j’adore ça, c’est tout ce qu’il y a autour qui me dérange», disait-il sans méchanceté pour le journaliste. «Perdre deux journées de voyagement pour donner une heure de spectacle, ça me dérange un peu.» Son deuxième album vient à peine de paraître. Out There en est le titre. Un ouvrage à son image, c’est-à-dire sobre et simple. Pas de flaflas. Un disque avec plusieurs slow blues, rehaussé à nouveau de ces voix graves et rassurantes. Produit par nul autre que Nile Rodgers. Avec deux invités de marque: Dr. John et le saxophoniste Greg Piccolo. Un disque plein de références gospel, même s’il inclut une instrumentale meurtrière, The Ironic Twist, où, cette fois, il prend le taureau par les cornes. Mais surtout, Out There est un album de southern soul.

«Ce n’est pas comme si j’étais enfermé dans un studio depuis quatre ans. L’enregistrement s’est fait en quelques mois seulement. Je ne voulais pas que cette étape dure éternellement, même si je ne peux me regarder dans le miroir le soir venu si je ne suis pas satisfait du résultat. Il y a eu plusieurs moments agréables à travailler les (dix) chansons. On a mélangé du vieux avec du neuf. J’appellerais ça de la Dallas music. Je me souviens du temps où j’étais gamin à Dallas, et des musiques vraiment cool que je découvrais à la radio. J’achetais les 45 tours de gens comme les Five Blind Boys of Alabama, Hank Ballard & the Midnighters, beaucoup de gospel. Mes copains et moi allions voir une dizaine de ces ensembles qui se relayaient. Ce que j’aimais, c’était bien sûr les voix. J’ai toujours aimé le gospel. J’aime mieux un organ trio avec des voix plutôt que des cuivres, comme la plupart préfèrent. C’est un peu dans cet esprit que j’ai concocté l’album. Si tu vas à La Nouvelle-Orléans, tu constateras que toute la musique gravite autour du chant. Ce disque, c’est juste ma propre version d’une musique que j’aime. Je ne pense pas qu’il ressemble à n’importe quel disque sur le marché en ce moment. Mes chansons sont des crazy love songs, à un point tel que j’ai failli appeller l’album Crazy in Love. C’est l’autre face de l’amour, you know what I mean?»

le 5 juillet à 21 h
Au Métropolis
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