Le 1er juillet prochain, le Brésil devrait s’acheminer confortablement vers les quarts de finale de la Coupe du Monde (même un chroniqueur musical peut se permettre cette prédiction), et le Métropolis risque de grouiller de chandails jaune et vert. Ce n’est pourtant pas un footballeur que les fans viendront applaudir, mais bien Jorge Ben Jor, l’une des plus grandes vedettes de la pop brésilienne des trente dernières années.
Il aurait pu taper le ballon rond lui aussi (il a d’ailleurs bien failli passer chez les pros), ou devenir avocat, comme le voulait son père, mais Jorge Ben a eu la bonne idée, au début des années soixante, de s’adonner à la samba et d’entamer une carrière musicale des plus prospères. A ce jour, il a signé plus de sept cents chansons (dont la célèbre Mas Que Nada, l’un des plus grands succès de la musique brésilienne de tous les temps), et enregistré près de trente albums. Bien connu en Europe et aux États-Unis, il n’avait cependant jamais mis les pieds à Montréal. «J’ai très hâte de voir la réaction du public; cette invitation du Festival, c’est bon pour moi, pour mon groupe, et pour la musique brésilienne en généralª, lance candidement le chanteur, joint au téléphone dans son pays natal. Nous avons mis du temps avant de venir chez vous et sommes en train de préparer le spectacle pour que tout soit réglé au quart de tour, parce que nous avons bien l’intention de revenir après le Festival.» ª
Chez lui, Jorge Ben Jor est une véritable institution. Tellement que son dernier album, Musica Para Tocar em Elevador (qui signifie, grosso modo, «musiques d’ascenseur»), est une sorte de compilation où plusieurs grands artistes locaux reprennent, en compagnie du vieux Jorge lui-même, certains de ses grands succès. On y retrouve une variété de styles, du funk au rap, en passant par le ska et même le jungle! «Ce sont tous des amis artistes brésiliens qui se sont joints à moi pour l’enregistrement de ce disque. Je leur ai donné carte blanche, et ils ont tous choisi une de mes chansons, pour laquelle ils ont créé leurs propres arrangements. Je leur ai dit de s’occuper des musiques, et je ne suis venu en studio qu’au moment d’enregistrer les pistes de voix. J’ai été agréablement surpris d’entendre tous ces arrangements éclectiques, surtout que la plupart des musiciens avaient choisi de refaire d’anciennes chansons.» ª
Si la musique de Jorge Ben Jor se prête à tant d’interprétations, c’est qu’elle n’a jamais été confinée à un seul style. Même s’il s’est concentré sur la samba à ses débuts, on l’a aussi vu se frotter au rock, à la bossa, au jazz et au reggae. Quant à lui, son disque Homo Sapiens, enregistré en 1996, est fortement teinté de funk. «Je n’essaie pas délibérément d’être à la mode, mais j’ai toujours aimés les mélangesª, explique Jorge. Quand j’ai commencé à faire de la musique, j’ai été le premier à intégrer de la guitare électrique à la samba traditionnelle, et plusieurs puristes m’en ont voulu pour ça. Au fond, je n’ai pas eu à chercher cet éclectisme très loin: le Brésil lui-même est un pays où se croisent plusieurs rythmes.» Si je peux oser une autre prédiction, cette soirée risque de nous donner un avant-goût de la grande finale…
Le 1er juillet
Au Métropolis
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