Drôle de couple
Musique

Drôle de couple

Avec Winterreise, une réinterprétation de Schubert par le compositeur allemand Hans Zender, jouée par le Nouvel Ensemble Moderne, le Festival international de Lanaudière débute sur une note pas banale. Mariage entre la musique contemporaine et le  romantisme.

Le premier événement de la 21e édition du Festival international de Lanaudière est tout à fait particulier. Il est même inclassable. Musique contemporaine? Romantique? Ou savant mélange de deux esthétiques, à la fois opposées et complémentaires? Pour se faire une idée, il faudra absolument entendre la seule ouvre au programme de ce concert du 29 juin, Winterreise (Le Voyage d’hiver), de Schubert-Zender.

Pourquoi deux noms de compositeurs? Là réside justement tout l’intérêt de ce programme. Il s’agit, selon Hans Zender lui-même, d’une «interprétation composée» du bouleversant cycle de mélodies de Schubert. Une sorte de postmodernisme à l’envers, où le compositeur, plutôt que d’écrire une ouvre dans laquelle il cite ses prédécesseurs, se saisit plutôt d’une ouvre entière issue du passé, dans laquelle il souligne certains traits, les ponctue, les interprète, leur donne une dimension supplémentaire en regard de ce qui a suivi dans l’histoire de la musique… Ainsi, Mahler se retrouve étrangement proche de Schubert, lorsqu’on entend l’orchestration faite par Zender de ces lieder normalement accompagnés au piano. L’influence de Schubert sur Mahler devient alors palpable, et aucune démonstration abstraite ne saurait mieux en rendre compte que ce geste audacieux de l’Allemand Zender.
Iconoclaste? Non, dans la mesure où le compositeur contemporain respecte profondément l’ouvre sur laquelle il s’est penché. Zender voit plutôt son travail comme une «transformation créatrice qui nous fait comprendre de nouveaux aspects de l’ouvre». Nouvelles couleurs, modification des tempi permettant de mieux sentir le texte, tout le travail de Hans Zender tend à nous révéler avec encore plus d’efficacité la poésie de l’ouvre magistrale de Schubert.

C’est un Nouvel Ensemble Moderne composé de 22 musiciens, sous la direction de Lorraine Vaillancourt, qui jouera cette «interprétation» de Schubert, avec comme soliste le ténor lyrique Scot Weir. Weir connaît bien le Winterreise de Schubert-Zender, puisqu’il l’a chanté plusieurs fois sous la direction du compositeur, en plus d’avoir endisqué l’ouvre de Schubert avec le pianiste Samuel Bachli. Le chanteur américain, qui vit maintenant en Allemagne, est aussi très reconnu pour ses interprétations du répertoire baroque.

Le 29 juin
A l’église de Berthierville

L’OSM dans une impasse
Les négociations entre les musiciens et la direction de l’OSM sont particulièrement houleuses, puisque les instrumentistes ont fermé la porte aux offres de la direction, qui prévoyait une hausse de 3 % du salaire au cours des trois prochaines années. Les musiciens réclament pour leur part une augmentation de 38,5 % pour la même période, dans une volonté de rattrapage par rapport aux autres grandes formations symphoniques d’Amérique du Nord. La directrice générale de l’OSM, Michelle Courchesne, se dit surprise de cette réaction, vu les difficultés financières de l’Orchestre, mais envisage toujours l’avenir avec un optimisme inébranlable: «Des solutions concrètes ont été mises en place pour assurer la pérennité et la qualité de l’OSM. La création du Fonds de dotation de l’OSM compte parmi celles-ci», a conclu la directrice.

Wagner et Venise par l’Ensemble Uri Caine, nouveauté discographique chez Winter & Winter
Décidément, l’heure est aux mélanges. Voici une autre «réinterprétation» d’un grand romantique, Wagner, passé à travers la loupe d’un ensemble de café. Deux violons, un violoncelle, une guitare basse, un piano et un accordéon se réunissent pour jouer les plus grands airs et ouvertures de Wagner, à commencer par… le fameux Liebestod! Un doux parfum de décadence flotte sur tous ces arrangements et se mêle aux accents pathétiques du violon. Curieusement, on y retrouve une certaine parenté avec les valses de Strauss arrangées par Schoenberg, sauf qu’ici, à l’inverse, c’est un ensemble qui aurait pu jouer ces valses qui interprète (galvaude?) le GRAND Wagner. Tout cela se passe live, au Gran Caffé Quadri, Place Saint-Marc, et à l’Hôtel Metropol, Riva Schiavoni à Venise, avec ambiance sonore et, presque, le clapotis de l’eau sur les canaux – on entend même distinctement le public parler italien…

Le choix du lieu n’est pas gratuit, puisque Wagner a passé des moments cruciaux de son existence à Venise – il y termine le deuxième acte de Tristan und Isolde, et y meurt en 1883. L’ensemble Uri Caine est formé de très bons instrumentistes qui donnent une stature à cette démarche peu orthodoxe – Wagner l’aurait-il désavouée? Leur jeu est passionné, et sait préserver certains aspects essentiels des ouvres. Le livret d’accompagnement est très beau, avec de magnifiques photos anciennes de Venise et des extraits de textes de Wagner, appréciable en autant qu’on accepte de renoncer à l’information au profit de l’esthétique. Au total, un geste musical sans complexe, qui ne saurait remplacer Wagner l’authentique, mais qui reste agréable à écouter.