

Paolo Conte : Droit de parole
Claude Côté
«Ça me fait plaisir de t’entendre», m’a-t-il envoyé dès le début, me laissant étonné puisqu’on ne s’était jamais parlé. Même voix que Giorgio, son musicien de frère. «C’est normal, on est de la même famille!» En forme, l’avocat! Onze ans depuis Dancing, la chanson qui l’a fait connaître ici, et qui, scandale! ne figure même pas sur la nouvelle compilation ciblée pour le marché nord-américain, simplement intitulée: The Best of Paolo Conte. «Une question d’édition», a tenté de s’excuser Paolo Conte.
«Je ne pratique presque plus le droit. C’est la vie artistique qui a gagné», voulait ironiser le pianiste-chanteur. Conte a tout de suite présenté son nouveau groupe; mon italien étant un peu rouillé, résumons sans les noms: une trompette, un trombone, une clarinette, un bandéoniste, un guitariste, un Africain des Iles Maurice à la contrebasse, le seul non-Italien, et un percussionniste, pour accompagner la dérision des chansons de Conte: «Ça, c’est la mégalomanie de tous les compositeurs, dit-il en faisant allusion au nombre. C’est important d’avoir plusieurs couleurs et plusieurs sonorités pour engendrer plusieurs transformations.» Huit musiciens, donc, sur la scène idéale du Spectrum. Un premier concert à guichets fermés et une supplémentaire qui s’annonce aussi courue. Paolo est étonné de son succès au guichet, puis, pince-sans-rire, en remet: «Cela veut dire que les gens ne m’ont pas oublié», dit-il en riant de bon cour. Pour expliquer l’amour des gens envers ma musique, il faut tout demander à la sensibilité secrète du public. Mon public est plutôt jeune et pour eux, surtout en Italie, c’est comme la découverte du swing! C’est mystérieux, j’en conviens, puisqu’ils (les jeunes) perçoivent le be-bop comme étant la préhistoire de la musique. Je n’ai jamais usé de stratégies pour avoir du succès. Les histoires que je raconte, je préfère les inventer, même si certaines s’inspirent largement de mon vécu. Je ne prends pas tant plaisir à chanter mes textes qu’à jouer avec mon orchestre, ce qui est toujours délectable. Je garde encore l’esprit de quelqu’un qui aime passer une soirée en faisant de la musique. Le jazz, ç’a été la grande passion de ma jeunesse, encore plus que pour Giorgio, mon frère.»
Paolo Conte nous a fait le coup du jazzman qui n’en est pas vraiment un. Inutile de pinailler, car, même s’il adore Fats Waller, il demeure respectueusement en retrait du genre, réussissant en concert un hommage atypique et désopilant. A savoir s’il avait déjà collaboré avec le trompettiste de jazz italien Enrico Rava, il répond: «Je le connais depuis longtemps puisqu’il vient aussi de Turin, mais je n’aime pas avoir des stars avec moi», toujours envoyé à l’enseigne de l’humour.
Le Piémontais connaît les règles du jeu. «C’est un peu plus difficile de trouver l’inspiration maintenant, de me replonger dans l’état vierge de ma première chanson écrite. Une bonne chanson, c’est un équilibre à l’intérieur de trois ou quatres minutes. Quand la forme de la chanson est respectée, c’est une bonne chanson. C’est une belle vie, que d’être musicien, on peut le dire. Avec la musique, on est tout proche de la beauté.»
Les 27 et 28 juin
Au Spectrum
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