Ravi Coltrane : La cité des anches
Musique

Ravi Coltrane : La cité des anches

Les fils de grands créateurs de jazz du début des années 60 sont de plus en plus nombreux à sentir le même appel irrésistible pour cette musique: Graham Haynes (Roy), T.S. Monk (Thelonious!), Joshua Redman (Dewey). RAVI COLTRANE, fils de John est de ce nombre.

Deuxième fils de John Coltrane et de sa femme, la pianiste Alice Coltrane, Ravi Coltrane est né le 6 août 1965 et n’a pas réellement connu son père, décédé le 17 juillet 1967. C’est donc sa mère qui créera un univers propice à l’écoute des musiques. La veille de notre entretien téléphonique, ils étaient tous les deux réunis au Town Hall pour rendre hommage à Ravi… Shankar. C’était la première fois en dix ans qu’elle montait sur scène. Après des études au California Institute of the Arts dans les années 80, Ravi Coltrane part pour New York avec son saxophone. C’est là que sa carrière de musicien professionnel commencera. Deux rencontres vont s’avérer déterminantes: Elvin Jones, avec qui il sera sur la route de 1991 à 1993, et surtout Steve Coleman (un musicien au rayonnement remarquable) avec qui il jouera de 1994 jusqu’à tout dernièrement. De ce dernier, il n’hésite pas à affirmer ceci: «Steve a complètement changé ma façon de concevoir la musique. Au plan de la structure, mais particulièrement au niveau du rythme.» Ravi Coltrane enregistrera quatre albums avec Coleman: A Tale of Three Cities (1994), Def Trance Beat (1994), The Sign and the Seal, consacré à la musique cubaine. Il a aussi joué sur Genesis, la dernière réalisation du grand ensemble de Coleman, The Council of Balance. Parallèlement au travail avec Jones ou Coleman, Ravi Coltrane devient un musicien très en demande sur la scène new-yorkaise. C’est ainsi qu’il crée des liens significatifs avec des musiciens aussi variés que Wallace Roney, Jack Dejohnette, Johanne Brackeen, Kenny Barron, Herbie Hancock, Ralph Peterson, Rashied Ali et surtout Geri Allen.

C’est le travail avec tous ces musiciens qui permettra à Coltrane de s’affirmer comme une voix originale, distincte de celle de son père. Dans les notes de présentation du premier disque de Ravi Coltrane comme leader (Moving Pictures), Amiri Baraka fait remarquer avec raison comment celui-ci ne s’est pas laissé impressionner ou «distraire» par la technique prodigieuse de son père. Ravi parle ainsi de cet incontournable rapport avec John: «Il y a différentes façons de réagir à une influence. Pour moi, ce n’est pas intéressant de reproduire note par note. J’ai été influencé par tous les aspects qui sous-tendaient sa musique.» Il appartient à une génération de musiciens qui redécouvrent les grands saxophonistes des années 60, Trane bien sûr, mais aussi Wayne Shorter ou Joe Henderson. Et Ravi Coltrane de préciser: «Comme mon père, ce qui m’intéresse chez eux, c’est leur profondeur, c’est ce qui les a menés à faire ces grandes choses.» Comme d’autres, le saxophoniste a écouté et intégré des musiciens comme John Coltrane, Wayne Shorter, Joe Henderson, Joe Lovano.

Ravi Coltrane vient donc de faire paraître Moving Pictures chez RCA. Il y rend justement hommage à certains de ces grands créateurs. Il faut écouter When You Dream, de Shorter, dont la mélodie est magnifique. Le disque présente surtout Coltrane à la fois comme compositeur et comme improvisateur. L’ensemble offre un bel équilibre entre énergie et douceur. Cette énergie, on la sent dans Mixed Media, une pièce dont la structure est plus ouverte. La sobriété, l’aspect méditatif, dans Piece, d’Horacer Silver. Ravi Coltrane s’est entouré de Michael Cain (qui fait partie du Jack Dejohnette’s One Band) au piano, de Lonnie Plaxico à la contrebasse et de Jeff «Train» Watts à la batterie. S’ajoutant sur quelques pièces comme invités: Steve Coleman au saxophone, Ralph Alesi à la trompette et un groupe de percussionnistes jamaïcains, Ancient Vibrations, qui jouent dans la tradition des musiciens de l’Afrique de l’Ouest. Ralph Alesi s’impose par un jeu très personnel à la trompette, Michael Cain par son piano inspiré (High Windows) de Watts, par la force habituelle de ses polyrythmes. Dans les pièces où elles sont présentes, les percussions se mêlent très bien au saxophone et à la trompette.

Ravi Coltrane vient donc joindre les rangs d’autres saxophonistes majeurs (Brandford Marsalis, Joshua Redman, James Carter) pour contribuer à créer un jazz actuel que l’on nomme pour le moment «contemporary acoustic jazz». A Québec, il viendra en trio, accompagné de Daryll Hall à la contrebasse et de Steve Haas à la batterie. Un concert à ne pas manquer!

Du 29 juin au 1er juillet
Au Pub St-Alexandre
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