

Salif Keita : La première et la dernière
Laurent Saulnier
Photo : Matthew Donaldson
Depuis quelques années, la tournée Africa Fête, espèce de Lollapalooza d’artistes originaires d’Afrique, fait son petit bonhomme de chemin un peu partout en Amérique du Nord. Cette année ne fait pas exception à la règle, avec la présence de Myriam Mursal, Papa Wemba, Cheikh Lô, et, surtout, la tête d’affiche, le Malien à la voix d’or, Salif Keita.
Si on n’a pas eu de nouvelles discographiques de Keita depuis un certain temps, cela ne l’empêchera pas de se rappeler à notre bon souvenir au cours de l’été. Il faut dire que, de toute façon, c’est véritablement en concert, beaucoup plus que sur disque, que la magie Keita opère à son plein pouvoir. On garde précieusement à la mémoire sa dernière prestation au Spectrum, pendant le FIJM. Ça fait longtemps – sept ou huit ans -, mais le souvenir est tellement vif que ç’aurait pu être l’an dernier…
Africa Fête, donc. Pour la première fois, malgré une solide amitié avec le fondateur de l’événement, Mamadou Konté, Salif Keita y participe. «Et fort probablement la dernière, dit-il de sa chambre d’hôtel de Los Angeles, à la veille de la toute première date de la tournée 98. Normalement, j’aime ce genre de tournées, parce que ça fait changement. Et c’est bien, en un sens, que la fête de l’Afrique parcoure l’Amérique. Ça m’énerve un peu de constater que les artistes africains ne peuvent tourner qu’avec des artistes africains. Ça fait un peu ghetto. Et puis, le public est toujours le même. Personne de plus. Toujours les mêmes personnes.»
«Lorsque je fais des tournées, en solo, de toute façon, mes salles sont toujours pleines. Alors, ça ne me dérange pas de traîner d’autres artistes avec moi. Sauf qu’on constate rapidement que le public ne se renouvelle pas et ne se renouvellera pas de cette façon. Pour le renouveler, pour agrandir son public, il n’y a qu’une solution: tout le monde le sait, le plus grand public suit les rockers. Il faut donc tourner avec eux»
Le meilleur exemple de ce genre de situation reste, bien entendu, les tournées de Peter Gabriel avec Youssou N’Dour, permettant à ce dernier de se faire connaître et reconnaître par des centaines de milliers de personnes à travers le monde. «C’est bien sûr, approuve Salif. Il n’y a pas assez de gens comme Peter, c’est bien évident, pour ouvrir les portes. Ce n’est pas en restant dans la marmite africaine, à faire de la cuisine africaine, bouffée par les Africains ou les amis des Africains que les choses vont avancer…»
Cela dit, Salif ne va pas jusqu’à affirmer qu’il faut changer la musique pour plaire davantage au public occidental. «Non, ce n’est pas un problème de musique. C’est un problème de marketing, de motivation du show-business. Il y a des mélomanes, et il y en a plein, il suffit simplement de les toucher. Et je ne crois pas non plus devoir m’installer aux États-Unis pour réussir à toucher ce public, le public du rock. Et puis, à l’origine, tout le monde le sait, le beat américain vient directement des rythmes africains, donc…»
Le 4 juillet à 21 h
Au Métropolis
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