Bunny Wailer : Porteur de flambeau
Musique

Bunny Wailer : Porteur de flambeau

Si l’on se fie à sa réputation, Bunny Wailer se déplace rarement, ne vole jamais de nuit («Comment les pilotes peuvent-ils s’y retrouver?») et ne quitte la Jamaïque que lorsqu’il le doit vraiment. Or, contrairement à la plupart des apparitions d’artistes jamaïcains établis, qui, comme des oiseaux migrateurs, viennent et reviennent nous visiter dès que le climat se fait plus clément, chacun des rares concerts du dernier survivant du trio original des Wailers est perçu comme un véritable événement.

Depuis février, le mystique et élusif Jah B, pour les intimes, s’est installé à Los Angeles – au cour de Babylon – pour établir, dit-il, de nouvelles bases propices à la poursuite de sa carrière dans le prochain millénaire. En effet, les trois Grammys, sur un total de six nominations qui lui ont été attribuées, sont une bonne indication de la place que les Américains lui réservent, à lui autant qu’au légendaire trio, qui a fait du reggae beaucoup plus qu’un genre musical: un mode de vie. «Une chandelle allumée en Jamaïque qui brille maintenant à travers le monde; toutes les nationalités en font actuellement partie», affirme le respectable rasta dans un anglais des plus châtié.

On se rend rapidement compte du sérieux et de la détermination qui motivent son cheminement: «J’ai bon espoir que bientôt, en plus d’Andrew (Tosh, fils de Peter, qui ne sera pas à Montréal, mais qui fait normalement partie intégrante de son Reggae-stra de dix-huit musiciens), on incorporera d’autres membres MacIntosh, Marley et Livingston dans cette grande famille». Quant à lui, «les Wailers n’ont jamais été séparés en esprit: le père avait décidé de notre union, Il a décidé de notre séparation».

A ce sujet, Jah B se fait vague et philosophe, sans évoquer de raisons plus précises que son insatisfaction de la tournure et de la direction de leur carrière. En 1973, frustrés de l’échec des deux tentatives de gouverner leur propre destinée avec les labels Wail’M Soul’M et Tuff Gong (dont les trois membres furent les fondateurs), et après avoir enregistré les désormais classiques Catch a Fire et Burnin’, Jah B et Peter Tosh quittèrent le groupe. Pour Wailer, l’ajustement requierra une retraite fermée à Bull Bay, histoire de se réorienter et de former sa propre maison de production, Solomonic. «Nous avons grandi dans une situation de groupe, alors ça n’a pas été facile d’entreprendre une carrière solo. Pas plus pour moi que pour les autres. Mais quand tu as quelque chose à dire, il faut en prendre les moyens.»

Notre homme ne chôme effectivement pas au pays des Beach Boys: en plus de nous honorer de sa première visite à Montréal (sa deuxième au Canada, après le mémorable concert du Varsity Hall, à Toronto en 1990), Jah B travaille à l’élaboration d’un album anthologie, Standing Ovation, qui contiendra seize nouvelles pièces. The Wailers Legacy, une autre anthologie, celle-là contenant soixante-dix-sept chansons du répertoire des jeunes Wailers est aussi en chantier. Finalement, une autobiographie, écrite en collaboration avec le musicologue/historien bien connu Roger Steffens, intitulée Old Fire Stick devrait paraître avant la fin du millénaire. Bunny Wailer n’est pas qu’un survivant: c’est aussi le valeureux gardien de la flamme…

Le 10 juillet à 21 h
Au Métropolis