

Rap, pas rap
Rédaction Voir
Du hip-hop, pendant les FrancoFolies, on en a vu plein. Comme si on venait tout à coup de découvrir le genre. Comme si on venait soudainement de voir la grande possibilité publique du genre. Comme si le hip-hop devenait tout à coup un mouvement hautement rassembleur, et que, de ce fait, on pouvait aussi nous passer n’importe quoi. Comme si la quantité était plus importante que la réelle qualité.
Parmi ceux qui ne m’ont pas déçu, je soulignerai, en tout premier lieu, le travail de MC Solaar. On ne s’attendait à rien de Claude MC. On avait vite oublié Paradisiaque, on n’avait pas eu le temps d’écouter son nouvel album éponyme. Dans le Métropolis très très plein, on s’est aussi vite aperçu que la clique hip-hop jeune n’était pas au rendez-vous. Plus vieux, le public de Solaar n’en est pas moins aussi fidèle que bruyant.
Même si, pour certains puristes, Solaar n’a plus sa place dans l’univers du hip-hop et serait plus à l’aise dans le large domaine de la variété, il n’en demeure pas moins que le rappeur nous a servi une belle performance. Visuellement impeccable (écran haute définition, échafaudages, éclairages sophistiqués, costumes, etc.), le show était aussi dans les relectures des anciens succès de Claude MC. Pas une seule vieille chanson (Victime de la mode, Caroline, Bouge de là, Nouveau Western, Obsolète, etc.) n’est restée figée dans son ancienne rythmique. Toutes ont été revampées, améliorées, modernisées.
A un point tel que Solaar serait peut-être le seul rappeur qui pourrait légitimement faire un album en concert… De quoi faire taire tous les détracteurs du hi-hop qui se demandent ce que ça donne d’aller entendre un rappeur répéter ce qu’on a déjà entendu mille fois sur disque…
On ne demande pas à tout le monde d’écrire aussi bien que Solaar, c’est bien évident. On ne peut non plus demander à chacun des D.J. d’être aussi performant que Choice avec Dubmatique, ou Storm avec Shades of Culture. Mais, parfois, il faut quand même démontrer un minimum de respect avant de monter sur scène. Ce que La Gamic n’a pas fait. Leur D.J. était d’une incompétence crasse. Le rappeur et les deux rappeuses n’étaient, de toute évidence, pas prêts à faire le grand saut dans un Spectrum. Donnons-leur le bénéfice du doute, et retournons-les à leur table de travail.
Le problème de Royal Hill, qui jouait à l’extérieur pendant les Francos, se situe surtout au niveau du D.J. On avait l’impression que son équipement datait de la préhistoire tellement il sonnait mince, tellement il manquait de bonnes grosses basses ronflantes. On ne peut pas compétitionner en F1 avec une vieille Chevrolet Biscayne… Si j’ai été déçu par Passi, c’est d’abord et avant tout parce que son album, Les Tentations, est peut-être trop bon. Trop bien produit. Avec les bons sons au bons moments. Alors que sur scène, il est venu avec le minimum, et ce n’était vraiment pas suffisant pour moi. Sans aller jusqu’à dire que j’aurais aimé une recréation exacte des Tentations, j’aurais simplement souhaité qu’on m’en donne plus à entendre.
Selon moi, la véritable révélation des FrancoFolies a été Zebda, groupe toulousain que l’on n’attendait pas. Plusieurs avaient misé sur Louise Attaque (trop d’attitude et pas assez de chansons); d’autres sur Dolly (mais la voix de Manu, la chanteuse, est vraiment énervante, et la musique du groupe nous renvoie facilement cinq ans en arrière);, certains sur Passi.
Personne n’a gagé sur Zebda. Et c’est peut-être pour ça que le groupe s’en est tiré haut la main. Nous n’avions pas d’attentes, nous avons été ravis par ce mélange de raï, de ragga, de hip-hop, de dub, de rock, de tout et de rien; par ces textes revendicateurs et ces multiples sourires, qui partaient de la scène et se sont rapidement propagés dans la salle. Un vrai beau moment.
Un petit mot sur Insomnia, l’événement qui se déroulait le 23 juin au parc Jarry, et qui mettait en vedette Prodigy. Si Dame Nature a été de son bord (avec juste ce qu’il faut de pluie et d’éclairs), il faut dire que le groupe s’est beaucoup aidé. Rarement a-t-on vu machine aussi efficace dans le domaine de l’électronica. En fait, il se dégage d’un show de Prodigy à peu près la même chose que d’un spectacle de Metallica: même genre de pression continuelle, même énergie folle, même synchronisme avec l’éclairage. Un vrai bon show.
Avant Prodigy, j’écoutais Bran Van 3000, et me posais plein de questions: est-ce que le groupe a décidé de mettre la rythmique à ce point à l’avant parce qu’il jouait avec Prodigy, ou est-il rendu là? BV3 s’ajuste-t-il selon ceux avec qui il joue? Chose certaine, voilà un groupe qui avance sans arrêt, qui évolue en masse, et qui n’a aucune pudeur, allant même jusqu’à reprendre les Who.
Pour répondre à toutes les autres questions: rendez-vous au Métropolis, le 11 juillet.