

DJ Morpheus : Le Belge et le beat
Invité par le Festival d’été de Québec pour participer à un panel sur l’avenir de la musique dans la francophonie, le célèbre D.J. en profitera pour user quelques spécimens de sa cargaison de vinyle.
Sylvain Houde
Originaire de Tel-Aviv, exilé à Amsterdam et Bruxelles, chanteur du groupe Minimal Compact dans les années 80, il s’incarne maintenant dans la peau de DJ Morpheus. Avant de venir «spinner» chez nous, il faisait un petit détour au Festival de jazz de Montreux. Nous l’avons intercepté en Belgique.
Au même moment, la très éclectique étiquette belge Crammed, qui a flirté tout autant avec l’expérimentation d’Aksak Maboul qu’avec le romantisme sombre de Tuxedomoon ou l’irrévérence de Karen Finley, lançait le Volume 5 de Freezone, une série réputée de compilations explorant les territoires de la musique d’ambiance et les élucubrations rythmiques du renouveau électronique. Toujours sous la gouverne de DJ Morpheus, ce Freezone 5 nous confirme que la trame sonore de notre fin de siècle peut être divertissante et intelligente.
«A la fin des années 70, j’étais déjà D.J. dans un club à Tel-Aviv. Je ne jouais que de la new wave. C’était l’époque du disco, Boney M, Abba… Mais c’était pas notre truc. Sauf que c’était pas évident de danser sur la new wave. Donc, j’ai commencé à mélanger les styles, à jouer du reggae, du dub, du Earth, Wind & Fire…même un peu de disco! Blondie, Heart of Glass, Nina Hagen, Kraftwerk. Et nous montions nos propres groupes. Mais c’était assez difficile, en Israël, de donner des concerts; il fallait attendre les jours de fête. Alors, nous sommes partis à Amsterdam.»
DJ Morpheus fut donc le parolier et le chanteur du groupe Minimal Compact dans les années 80. Ce chapitre allait être suivi par de multiples projets: avec Benjamin Lew dans la série Made to Measure; avec Malka, la bassiste de Minimal, et son mari, Colin Newman, du groupe Wire; de même que l’aventure de Gruesome Twosome (fruit de sa collaboration avec un musicien norvégien), avec Hallucination Generation, un gros hit sur les planchers de danse de l’Amérique. Il multipliera ensuite les rencontres musicales, par l’entremise de l’ingénieur Paul Kendall, pour mener à terme la production d’un album.
«J’ai fait un morceau avec Fortran 5. Ensuite, j’ai rencontré Bertrand Burgalat, le compositeur fantôme du groupe Laibach, qui a produit Jad Wio, remixé Air, écrit et produit un disque avec la comédienne Valérie Lemercier. Lui, il ne venait pas du milieu de la dance; il était fasciné par le easy listening, les musiques bizarres, les années 70. On a fini l’album de Gruesome Twosome ensemble. Et puis, un jour, j’ai plus vraiment eu envie de chanter… Et parce que ma vie est un peu une suite d’accidents, j’ai été mis en contact avec les gens du label R&S. Ils montaient Radio Republica, qui allait, pendant une semaine, diffuser par satellite à travers toute l’Europe. Le patron de R&S revenait d’Israël où il avait entendu une cassette que j’avais envoyée à un distributeur de disques, qui était un ami à moi. On m’a alors proposé de faire une émission et un set live. Je leur ai dit que je n’étais pas vraiment un D.J.; j’avais même oublié que j’avais déjà fait ça! D’ailleurs, je suis plus un selecter qu’un mixer. Et tous les grands noms du milieu étaient là: Derrick May, MixMaster Morris, Juan Atkins, Underground Resistance, The Orb… Je tremblais un peu, mais ça s’est bien passé.»
Aujourd’hui, il a une heure sur Radio Nova à Paris, une nuit sur les ondes bruxelloises; il est un habitué des Transmusicales de Rennes; il performe comme D.J. au Festival de jazz de Montreux; il est invité comme conférencier au Festival d’été de Québec. «Je n’ai jamais fait ça, mais j’aime faire de nouvelles choses. Si l’on parle de l’avenir de la musique dans la francophonie, on peut dire que, depuis quelque temps, en France particulièrement, il y a un son qui se dessine… Qu’on pense à DJ Cam, Dimitri From Paris, I:Cube… Et ils font de tout: trip-hop, house, jungle… Ils ont un son à eux: disco, funky, la fameuse french touch.»
Et la touch de DJ Morpheus, elle aussi, touche à tout. Il se dessine une mouvance jazz sur le nouveau Freezone, mais on se balance entre les tempos lents et les rythmes saccadés, le house et le hip-hop.«Sauf que dans les clubs, c’est autre chose! Je pourrai jouer du disco?»y
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