

FIJM – Mi festival : Mi-parcours
Claude Côté
Rarement vu six journées passer aussi rapidement. Et pourtant, aucun show de blues au Spectrum pour écourter les nuits. Une bien petite cuvée. Ce n’est pas avec les matantes de Saffire et le «sex machine» en pantalons de cuir de Tommy Castro qu’on va aller en pèlerinage à Clarksdale…Vingt minutes concluantes de Bernard Allison, à l’extérieur, a dissipé mes mauvais souvenirs de Paris en 95. Enveloppé d’un gros son bien rond, Allison s’en remet à son groupe pour créer une ambiance. Pas une mauvaise idée. Surtout qu’il insiste un peu trop sur le wah-wah… Shemekiah Copeland a dix-neuf ans, le physique de l’emploi, mais, pour ses chansons, qu’elle nivelle constamment à la puissance dix, on se demande si elle n’a pas mieux en tête que d’être la blues mama de service. Donnons-lui quelques années.
Le show du Festival, celui dont j’ai vu la générale au Club Soda et la première mondiale au Métropolis le lendemain (en avant s.v.p., moi qui déteste les foules), c’est le fameux Latin Crossings, réunissant Steve Winwood, Arturo Sandoval et Tito Puente. C’est André Ménard lui-même qui l’a dit: «Un moment de grâce.»
Irma Thomas a beaucoup déçu. Son répertoire un peu nunuche, ses ballades à répétition, on dirait qu’elle était la seule à y croire. Tant qu’à faire, Tracy Nelson avait davantage à offrir. La fille de Nashville, ex-Mother Earth, a vraiment le don d’émouvoir. Quant à Marcia Ball, on a hâte de la voir dans son propre show. Pas vraiment sa place dans ce concept de bons sentiments…
Olu Dara, excellent, surtout lorsqu’il a interprété Harlem Country Girl, a subi le papotage douteux d’un public montréalais fort décevant, qui n’en avait que pour l’image proprette que lui renvoie le bon Keb’ Mo’, celui qui plaît aux femmes, et qui a toujours une leçon ou deux à nous donner sur la vie. Il est bon, Keb’ Mo’. Il chante bien. Entre les riffs de Son House sur Am I Wrong et ceux, racoleurs, de son dernier disque, on reste confus. A la gauche du Diable, à la droite du Père. Branche-toi, chose…
Dans la nouvelle série funk, difficile d’égaler la performance de Liquid Soul. Un saxophone incendiaire, du groove à fond la caisse, un rappeur efficace, un scratcheur rigolo, la fille de Nina Simone (très ordinaire au demeurant); bref, une belle machine de funk qui mérite de passer en salle. John Scofield A Go Go, c’était merveilleux. Une macédoine de funk pour hippies. Pas trop heavy, des solos inventifs, un peu de dérapage psychédélique, une sono extraordinaire. Sco était content de retrouver son band et le public réceptif du «Kwébec». Et il y avait Bill Stewart à la batterie. Quel musicien captivant! Subtil, humble, créatif, vraiment à l’écoute. Scofield, en entrevue, avait raison: Larry Goldings est tout un joueur d’orgue. Au cours de cette soirée, il y en avait pour le buffet et la caboche.
Béla Fleck et son nouveau saxo, Jeff Coffin, ont fait sauter la marmite au Spectrum. Ce diable de banjoïste a encore trouvé le moyen de nous faire triper. De mémoire de Spectrum, je ne me souviens pas avoir entendu une ovation d’une telle magnitude sur le «jouissomètre», après le solo du bassiste Victor Lemonte Wooten. Un véritable feu d’artifice.
Les Sampou m’est apparue comme une Melissa Etheridge plus folk; le tromboniste Jimmy Bosch nous a livré une salsa à grand déploiement, le genre idéal pour les soirées Oyé! au Métropolis. Ramenez-le-nous! Richard Galliano, le soir de La Strada, nous a comblés à moitié. Bien que son jeu à l’accordéon soit d’une beauté rare, Enrico Rava, lui, avait plus d’attitude à offrir sur scène qu’un seul solo consistant. Dommage. Et ce n’est certainement pas la faute à Nino Rota… Big Bad Voodoo Daddy ont fait ce qu’on attendait d’eux: un show rodé au quart de tour. Entre le coup de chapeau énergique à la Elliott Ness et le blues anémique que le décevant Jimmie Vaughan nous a livré, je préfère l’énergie. Sorry Jimmie. C’était tellement mieux en 94…