Tricky Woo : Ennemis publics
Musique

Tricky Woo : Ennemis publics

Les gars du groupe montréalais Tricky Woo incarnent parfaitement l’esprit du renouveau rock’n’roll garage façon 1950-60, actualisé à l’énergie punk des années 90. Avec la sortie de leur deuxième album The Ennemy Is Real (qui fait suite à Rock & Roll Music Part One lancé un an plus tôt), ces apôtres de l’électricité, de la basse bien lourde, et des rythmes qui ne laissent aucun répit à nos nuques crispée continuent leur chemin dans leur croisade de conversion à une culture de la démesure et du défoulement. Rejoint quelque part en Ontario, où Tricky Woo conclut une première tournée canadienne qui les a amenés jusqu’à Victoria, le batteur et, en quelque sorte, le relationniste de la formation, Sasha Roiz, explique le sens de «l’ennemi» du titre de l’album: «L’ennemi peut être n’importe qui ou n’importe quoi… On n’est pas un groupe avec des messages ou des opinions politiques. Mais je crois que l’ennemi le plus important que l’on puisse avoir c’est la complaisance, le statu quo. Peu importe ce que c’est, il ne faut jamais oublier son ennemi…»

Pour plusieurs, cependant, l’ennemi à abattre, c’est Tricky Woo. Il semble que quelques personnes n’apprécient pas du tout les poses féminines sexy qui ornent leurs affiches sur les poteaux du boulevard Saint-Laurent, ce qui les pousse à les arracher ou à les mutiler en signe de protestation. «Ces gens ne sont pas conscients de ce que nous faisons, se défend Sasha, avec une voix qui dissimule mal un sourire satisfait. Ce n’est que de la musique, on ne fait pas la promotion de quoi que ce soit de politique ou de social. Il y a une certaine esthétique qui rejoint celle du rock’n’roll des années 50 et 60, associée au sexe avec ses posters de filles de calendriers, à la contre-culture et à tout ce qui représentait le mal. On a envie de préserver ce genre d’impressions, sans toutefois choquer pour choquer; c’est plus en réaction à ce qui sort maintenant qui est plutôt asexué et aseptisé.»

Tout le contraire d’un spectacle de Tricky Woo qui ne recule devant rien pour bousculer son public en l’amenant dans des endroits inusités; ils ont joué dans une pizzeria, un snack-bar, une buanderie et, pour le lancement de leur dernier disque, au Cinéma L’Amour, célèbre temple du porno, avec visuel de circonstance. «Le Cinéma L’Amour était un choix parfait; combien d’entre nous ont passé des centaines de fois devant, sans jamais oser y entrer… On leur a offert une occasion unique d’assouvir leur curiosité, même si le son n’était pas très bon. De plus, notre musique implique une part d’énergie sexuelle qui était mise en valeur dans cet environnement. Pour nous, l’aspect entertainement est aussi important que la musique, sinon plus!»

«Hier, on a joué devant trois personnes, raconte le batteur, et, le plus étonnant c’est que ça nous a stimulés! On a littéralement explosé et les trois personnes ne pouvaient croire qu’elles aient eu droit à ce genre de show même si la salle était vide. Et tu vois, le propriétaire du club nous a demandé de rester pour ce soir parce que le bruit a couru que le show d’hier était incroyable. Si tu donnes tout ce que tu as, ça finit par payer. A Winnipeg, il n’y avait que trente personnes mais vers la fin du concert tout le monde étaient rendu sur le stage et ils nous encerclaient! Andrew, notre chanteur, s’est tourné vers nous et il a chanté pour les gens qui étaient là! Si tu étais entré à ce moment-là, tu aurais vu une scène pleine de monde et une salle vide!» Perdre le contrôle, ça, c’est rock’n’roll!

Le 15 juillet
Avec Demolition Doll Rods de Detroit
Au Jailhouse
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