

Jean Leloup : Terrains de jeux
A la veille de son concert au Festival d’été, le chanteur nous parle de sa passion pour la musique; de l’état de grâce qui l’envahit quand il réussit un bon show ou lorsqu’il invente une bonne histoire. Qu’on se le tienne pour dit, LELOUP a mangé du lion.
François Tremblay
Depuis quelques mois, on entend souvent dire que Jean Leloup est en grande forme, qu’il pète le feu et que ses concerts n’ont jamais été aussi dangereusement bons. Une petite heure au téléphone avec ze wolf a vite fait de me confirmer sa forme resplendissante.
Si on remonte le fil du temps jusqu’à la parution du Dôme, on constate qu’il a accompli un parcours sans faute. Le disque a été porté aux nues par la critique, chacun de ses extraits sont devenus des tubes (I Lost My Baby, Johnny Go, Edgar, Le monde est à pleurer) et les concerts subséquents ont fait salle comble. Pour couronner le tout, Le Dôme a été certifié platine le 27 juin dernier.
Comme si ce n’était pas suffisant, notre homme est reposé, gonflé à bloc et ressourcé, grâce à un séjour au Togo (où il a passé une partie de son enfance). C’est là qu’il a mis la main à une série de nouvelles qui seront adaptées pour la télé (SRC) et diffusées cet automne. «C’est vrai que je suis en forme ces temps-ci. A un moment donné, tu pognes quelque chose de solide. Je n’ai pas de plan de carrière à l’américaine, poursuit-il du même souffle, ça ne m’intéresse pas. Dieu merci, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin de ça pour gagner ma vie en musique, du moment que t’as de bonnes tounes. En fait, j’ai le sentiment de ne plus avoir grand-chose à prouver surtout vis-à-vis moi-même.»
Un appel sur l’autre ligne, Leloup y répond pour revenir illico et poursuivre sur sa lancée: «Je n’étais pas allé en Afrique depuis 20 ans et quelque chose me manquait. C’est comme si j’avais retrouvé une partie de ma famille, un gros tiers de moi en quelque sorte. Tout ça m’a inspiré, c’est là que j’ai pogné la groove.»
Danser, danser
«La groove», voilà un mot qui reviendra souvent, une expression qui veut dire avoir la pêche, mais adaptée pour ceux et celles qui font de la musique, «ou pour ceux qui tripent dans ce qu’ils font», dixit Leloup. «Quand tu vas ailleurs, il faut que tu saches qui tu es sinon tu "capotes". Il y a des gens qui vont en Afrique et qui veulent être Africains. Ils apprennent les percussions à la journée longue sans comprendre c’est quoi; c’est pas ça le trip.» Le trip en question réside dans les vertus libératrices ou cathartiques, si on préfère, de la musique. Quand son rythme vous prend, vous ne pouvez plus vous empêcher de danser. Dans l’univers de Leloup, c’est un aspect essentiel. «Là-bas, tout le monde danse, il n’y a pas de gêne, pas de honte. Ici, quand tu danses, le monde te regarde de travers. Tu sais, du moment où j’ai commencé à faire des shows et que le monde s’est mis à sauter et à danser, les gens se sont inquiétés: Mon Dieu, appelons les pompiers.» A ce moment précis, il évoque le souvenir ému d’un célèbre concert au d’Auteuil où le plancher fut sérieusement mis à l’épreuve de même que la table de billard du bar juste au-dessous. «Je me souviens aussi du premier show que j’ai fait au Festival, ça brassait pas mal derrière la clôture…»
Une partie de la sérénité de Leloup vient aussi du fait qu’il ne se gêne plus pour empoigner sa guitare et jouer là où bon lui semble. Improviser et échanger sont devenus des activités aussi essentielles que sa passion de raconter des histoires. «Je ne suis pas un compositeur local ou national, je suis un chanteur et un musicien et je peux faire ça n’importe où. Je ne suis pas obligé de ne jouer que dans un type de salle en particulier, ça m’ennuierait profondément. Donne-moi une guitare et trois musiciens et je passe une belle soirée.» Mon interlocuteur s’enflamme et lance une bravade qui ne peut venir que de sa bouche: «Je voudrais faire des shows tout seul avec ma guitare et ne pas faire payer le monde. Tiens, je sais ce que je vais faire: je prends mon char pis je fais le tour du Québec et je donne un show à tous les soirs dans une ville différente sur un coin de rue.»
Montée en bateau
Vous pensez que le mec délire? Heureusement, car c’est à ça qu’il carbure. Il aime inventer des histoires, en raconter et en vivre. Prenez l’idée du concert qu’il va nous présenter, Les Naufragés du Titanic; elle vient encore de l’imagination débordante de notre ami. «On m’a demandé si je montais un show spécial pour l’été et j’ai imaginé ce truc en quelques secondes, une déformation professionnelle en quelque sorte. Bref, j’ai dit que le spectacle s’appelait Les Naufragés du Titanic, que c’était un band qui avait coulé, mais qui continuait à jouer. Moi, je faisais le méchant. Le booker est parti avec ça et m’a rappelé un peu plus tard pour me dire que l’idée se vendait très bien. Je lui ai dit que c’était une joke, mais que j’allais le faire quand même. Finalement, quand on l’a fait au Métropolis et à Woodstock en Beauce, il y avait une mer de monde qui avait chaud et qui suait. C’est le Titanic et on coule, c’est drôle et décadant. Ce show-là, quand il est réussi, putain qu’il tape!»
L’imaginaire a beau être débridé, mais la réalisation d’un concert pareil ne se fait pas à la légère. Leloup prend la chose très au sérieux. Il parle de discipline, de travail et de forme physique. Vous avez bien lu. «Je travaille aux heures que je veux, mais je travaille à tous les jours. A chaque show, tu dois recommencer à zéro. J’ai dit à ma gang: "Ok, vous voulez faire le gros festival, mais il va falloir attacher vos tuques parce qu’on va devoir travailler fort." Sur une scène extérieure, c’est plus gros, il faut que tu te forces et, surtout, il ne faut pas que ça sonne le cul. Nos tests de son sont très longs, il faut être méga-attentifs. Dans les petites salles, c’est plus facile parce qu’il y a moins de facteurs qui peuvent nuire, ça prend moins de moniteurs, la balance de son est plus facile. On a souvent tendance à oublier que la guitare, c’est subtil, et quand on l’électrifie gros comme le bras, ça devient difficile de faire des trucs sentis.»
Rock around the Block
Parlant de guitare, d’aucuns auront remarqué que Leloup ne se gêne plus pour en jouer sur scène, et de mieux en mieux, soit dit en passant. «Je joue de la guitare depuis que j’ai onze ans, mais je n’osais pas en jouer en spectacle parce que je ne me trouvais pas bon. Finalement, j’ai réalisé que je n’étais pas si pire, disons que je ne suis pas un guitariste au même titre que les gars qui jouent avec moi. Alex Cochard joue cinq heures par jour, pas moi. C’est un fou.»
En évoquant son concert, le débit de Leloup passe encore une fois à la vitesse supérieure. Tout y passe, comme s’il était déjà sur scène prêt à rocker vingt mille personnes dont beaucoup de filles, m’assure-t-il. «J’te jure, c’est durant mes shows qu’il y a les plus belles filles. Je parie qu’il n’y a pas d’autres artistes à l’affiche qui vont attirer autant de belles filles.» Après avoir vanté les attributs d’une partie de son public, le chanteur livre le fond de sa pensée sur le Festival d’été. «C’est l’événement le plus tripant en Amérique du Nord. En Europe, il y avait seulement Montreux; ce genre de manifestation a pris naissance à Québec. Il y a de formidables festivals à Montréal, on ne peut pas le nier, mais Québec, ça reste un classique, à cause de la configuration de la ville. Les Plaines pis la porte Saint-Louis, tu ne retrouveras pas ça ailleurs. C’est impossible.» Comme il est impossible que les plus belles filles ne se pointent pas à son concert… «Absolument! Tu peux pas attirer les plus belles filles à ton festival, si t’as pas Jean Leloup, dit-il en rigolant comme une baleine. C’est une question d’hormones.» Quelques prédictions sur le déroulement de la soirée, pour finir? «Ça va être le pied! On va jouer comme des cochons pour que ça saute au plafond. Tiens, ajoute-t-il comme pour lui-même, je vais travailler un gros son de guitare, et puis on va faire Isabelle! Je vais me préparer comme un athlète, je ne peux pas vivre avec l’idée de faire un mauvais show au Festival. Allez, j’ai du boulot, faut me laisser travailler…»
Le 16 juillet
A l’Esplanade du Parlement
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