Républika : Viva la révolucion!¡
Musique

Républika : Viva la révolucion!¡

Pendant dix heures, deux cultures vont se rencontrer, se reconnaître et échanger: des groupes montréalais joueront aux côtés d’une poignée de formations latino-américaines et basque. Mais attention, ici, on ne parle pas de folklore, mais bien de rock alternatif et autres tendances qui surprendront ceux et celles pour qui musique latine rime avec salsa et Luis  Miguel…

L’heure de l’entrevue retardée d’une vingtaine de minutes parce que les gars du groupe argentin Todos Tus Muertos faisaient la siesta, j’ai finalement eu Horacio Gamexane, le guitariste, au bout du fil, par le biais de Marianna de chez Indica, interprète pour l’occasion. Le temps de m’installer dans une autre pièce, c’est par… un léger ronflement que débute l’entretien! Horacio était retombé dans les limbes… C’est que les Todos sont en tournée nord-américaine depuis quelque temps et il semble qu’ils n’aient toujours pas perdu l’habitude de la sieste d’après-midi…

Todos Tus Muertos s’est formé en 1987. A cette époque, leur mixture de rock alternatif aux influences latines, mais aussi reggae, punk et rap n’était pas monnaie courante. Eux, ils découvraient ces nouveaux courants par des cassettes pirates venues des États-Unis. Surtout que les Todos ne se gênaient pas pour pointer du doigt les responsables des dégâts laissés par la dictature argentine, ni pour prévenir des dangers qui guettent ceux et celles qui se croient maintenant à l’abri. C’est petit à petit qu’ils ont réussi à gravir les échelons de la reconnaissance (leur album Dale Aborigen +, paru en 1996, s’est vendu à plus de cent mille exemplaires et leur dernier concert, avant de quitter pour leur tournée nord-américaine, a attiré vingt cinq mille personnes!), mais non sans quelques embûches: «A nos débuts, on a essayé de nous censurer, explique Horacio après s’être tiré de son état second. Mais avec le temps et surtout la popularité croissante du groupe, c’est devenu de plus en plus difficile de le faire car beaucoup trop de gens auraient été au courant. L’appui du public nous a donné la force de continuer, et le fait qu’on nous invite chez vous nous nourrit aussi évidemment.»

Si des groupes comme eux (et comme ceux qui participeront au festival Republika) sortent de plus en plus de chez eux, c’est que le rock alternatif latin commence sérieusement à susciter la curiosité. «Je lisais une entrevue avec les Beastie Boys dans laquelle ils disaient que l’un des seuls territoires musicaux encore vierges en ce qui a trait aux métissages rock, c’est le rock latin. Pour eux, c’était le dernier fruit à cueillir de l’arbre du rock. On fait des tournées aux États-Unis depuis 1995 et on sent que les gens sont de plus en plus réceptifs à notre musique. Il est certain que ce sont surtout ceux d’origine latine qui s’y intéressent car ils ont besoin d’entendre ce genre de musique dans leur langue.» On peut comprendre ça…

«Après la fin de la dictature militaire, résume le guitariste, beaucoup se sont assis en se disant qu’il n’y avait plus de problème; nous, on a pris le chemin contraire car, pour nous, il est très important de ne jamais oublier ce qui s’est passé. Il y a quand même trente mille personnes qui sont mortes à cause de la dictature, et il faut continuer de dénoncer les abus de pouvoir pour éviter que ça ne se reproduise. En Argentine ou ailleurs. C’est pour ça qu’on s’est appelé Todos Tus Muertos (Tous tes morts), pour ne pas oublier.»

«Les chansons sont la meilleure arme que l’on connaisse, continue Horacio. Ça ne tue personne, c’est intemporel, et c’est la façon la plus intelligente de se battre et de dire les choses. Et surtout, ça laisse les gens libres d’écouter ou de se boucher les oreilles, contrairement à la répression politique.»

Si la majorité du matériel de Todos Tus Muertos est ouvertement engagée, ils ne délaissent quand même pas la tradition romantico-latine des chansons d’amour à se trancher les veines: «Les deux genres sont importants parce qu’ils font partie de la vie. Si c’est important de dénoncer les injustices, ça l’est tout autant de dénoncer la douleur d’une peine d’amour…»

Fort d’un nouvel album intitulé El Camino Real (Le Vrai Chemin) composé pendant sa dernière tournée, et qui révèle un Todos moins agressif, plus près de ses racines latines mais aussi plus sombre, la formation débarquera à Montréal avec la même confiance envers leur public étranger qui, souvent, ne comprend pas les paroles: «On ne sait pas vraiment si tout le monde saisit notre message, conclut Horacio avant de retourner à sa sieste, on ne va pas les interroger après les concerts. Mais ce qu’on sent, lorsqu’on est sur scène, c’est qu’il y en a qui sont curieux, d’autres qui ne comprennent rien mais qui apprécient l’énergie, et d’autres qui sont en totale communion avec ce qu’on fait. Mais, que ce soit par la musique ou par l’énergie, l’important est de se sentir interpellé au-delà des mots.»

Outre les Grimskunk, Overbass, Kingpins et Undercovers, tous d’ici, Todos Tus Muertos montera sur scène après les Dut Y Fermin Murgurosa du Pays basque, Extincion du Guatemala, Riesgo De Contagio du Mexique, Gusanos du Venezuela et Alma Tadema, une Suissesse d’origine mexicaine ayant déjà habité au Canada. Ce festival, une première au Canada (et peut-être même au-delà), on le doit aux Productions Républik des Foufounes électriques. «C’est moi et Juan Sanchez (D.J. pour les 4 à 8 aux Foufs et animateur d’une émission le vendredi soir à CIBL) qui avons eu l’idée, expliquait Shantal Arroyo, membre d’Overbass et Republika. On voulait développer un créneau dont personne ne s’occupait et qui nous permettrait de créer des liens enrichissants. On a fait une recherche avant d’embarquer dans le projet et on s’est rendu compte qu’il y avait plus de 100 000 Latino-Américains à Montréal! On s’est dit que ça valait la peine. Après, tout a été très rapidement; on a lancé l’invitation sur Internet en spécifiant qu’on ne pouvait assumer les coûts de voyagement mais qu’on pouvait s’occuper de leur promotion, et on a eu un paquet de réponses, on ne savait plus qui choisir!»

«Plusieurs groupes, dont Extincion, qui vient du Guatemala, ont dû demander de l’aide financière à leur gouvernement mais, en retour, la formation se met à leur disposition pour jouer gratuitement pendant quelques mois… C’est assez heavy comme méthode de remboursement!»

Avec une ambiance chaude, de la bouffe et des breuvages de circonstance et une tonne de découvertes à faire, Republika (que les organisateurs aimeraient transformer en événement annuel) risque de virer en party mémorable… si le soleil s’en mêle!

Le 19 juillet de 13 h à 23 h
Sur le terrain de football du CEPSUM de l’Université de Montréal