Semisonic : Semi-détaché
Musique

Semisonic : Semi-détaché

Grâce au succès de Closing Time, un petit single accrocheur, joué jusqu’à plus soif sur les ondes des MusiquePlus et MTV du monde entier, Semisonic s’est taillé une place dans le monde éphémère des groupes modern rock à succès. Mais derrière ce petit morceau sympathique, probablement condamné à échouer dans les oubliettes qui attendent les Third Eye Blind, Matchbox 20 et autres Tripping Daisy, il y a un groupe persuadé que la musique pop peut être beaucoup plus que la tapisserie sonore à laquelle les radios FM l’ont condamné. «Avant de devenir chanteur, j’ai longtemps cru que je serais peintre, et j’écoutais toujours la radio dans mon atelierª, raconte Dan Wilson, chanteur, guitariste et auteur principal de Semisonic. J’ai toujours eu un lien émotif très fort avec cette musique et je suis probablement le seul membre du groupe à aimer la musique du top 40 avec un réel enthousiasme, sans aucune culpabilité.» ª

Lorsqu’il évoque le pouvoir de la musique pop, Wilson sait de quoi il parle ; il a récemment reçu un e-mail d’un obstétricien lui annonçant que Closing Time avait servi de trame sonore à l’accouchement de l’une de ses patientes, qui avait trouvé le texte de la chanson fort à propos. «Je suis vraiment aux anges, parce qu’elle a accroché sur la dernière phrase: "Every new beginning is some other beginningís end" (Chaque recommencement marque la fin d’un autre commencement), qui est vraiment le cour de cette chanson. Tout l’aspect narratif de la pièce, cette histoire de bar qui ferme, avec tous ses paumés cherchant
désespérément à repartir avec quelqu’un, est secondaire. Ça n’a peut-être pas changé sa vie, mais pour cette femme, ma chanson était plus qu’un simple bruit de fond. Je crois que c’est la plus belle chose qui me soit arrivée.» ª

Malgré son enthousiasme pour la musique populaire, Wilson a sûrement dû glaner ses influences ailleurs, car Feeling Strangely Fine, le plus récent compact du groupe, regorge de références pas nécessairement radiophoniques. Sur son album, Semisonic évoque, pêle-mêle, R.E.M., Grant Lee Buffalo (voir Made to Last, dont la parenté avec les chansons de Grant Lee Phillips est troublante) ou même Ben Folds Five (Never You Mind et son piano). Ce type de mélange n’a peut-être rien de nouveau, mais, a au moins le mérite d’être bien foutu et de mettre l’accent sur le contenu des chansons. Le fait de venir de Minneapolis, ville d’origine d’artistes aussi influents que les Replacements, Husker Dü, les Jayhawks et Prince, aurait-il quelque chose à voir là-dedans? «Minneapolis est une ville très stimulante pour un musicienª, confirme Dan. Tous ces grands artistes ont créé un effet d’émulation; ils
donnent espoir aux jeunes groupes qui les ont vus et qui se disent que c’est possible; et un groupe comme les Replacements est un véritable exemple d’intégrité artistique. D’une autre façon, ça encourage aussi les gens à fuir la médiocrité: à quoi bon gaspiller sa soirée à voir un groupe minable s’il y en a au moins deux bons qui jouent le même soir?»

Avec Feeling Strangely Fine, Semisonic est passé de l’autre côté et pourrait bien motiver deux ou trois jeunes groupes à suivre leurs traces. Mais, pour le moment, Dan se présente toujours en tant que simple fan de musique, pas comme une source d’inspiration. «Je n’en suis pas rendu à considérer des types tels Paul Westerberg ou Bob Mould comme mes pairs; ces types-là sont des géants et je suis complètement intimidé par leur talent.»

Le 17 juillet
Au Café Campus