Officiellement, on appelle ça le Vans Warped Tour, mais cette année, ce festival itinérant de musique punk et de skateboard pourrait aussi bien s’appeler le «Bad Religion Warped Tour», plutôt que de porter le nom de la marque de chaussures qui lui sert de commanditaire. En plus d’occuper le haut de l’affiche, les vieux routiers du punk américain on carrément pris possession de l’événement: dans chacune des villes où ils font escale, ils montent leur tente, sortent leur barbecue, et invitent les fans à venir manger en leur compagnie. «Même s’il s’agit d’un gros festival, on ne voulait pas perdre le contact avec le public qu’on retrouve lorsqu’on joue dans des plus petites sallesª, explique le chanteur Greg Graffin, joint au moment de l’étape vancouvéroise de la tournée. C’est pour ça qu’on a fait la tente; on essaie de passer au moins une heure par jour en compagnie des fans, pour échanger avec eux.» ª

D’une certaine façon, Bad Religion et le Warped Tour sont en train de recréer l’atmosphère chaotique et communautaire des premiers Lollapalooza, avant que ce dernier ne devienne victime de son propre succès et se transforme en gigantesque machine à sous. «Ce qui a tué le Lollapalooza, ça n’est pas la popularité, mais la suffisance des organisateursª, affirme Greg. La popularité n’est jamais un problème, si on réussit à grossir et évoluer sans diluer l’esprit d’origine. A Los Angeles, on a attiré plus de 20 000 personnes et on a vécu le même chaos, seulement à plus grande échelle.»ª Même si Bad Religion a largement profité du renouveau du punk américain, même si le groupe semble avoir renié ses racines indépendantes en signant avec Atlantic il y a quelques années, on serait bien mal venu de critiquer le parcours de ces vertueux combattants.

L’histoire de Bad Religion, qui sera bientôt relatée dans un livre signé Jack Rabid, se poursuit de manière implacable avec No Substance. Leur plus récent compact est plutôt fidèle à la recette de base: du gros punk rock à l’américaine avec des textes aussi lourds de sens que touffus dans la forme. Même si Graffin chante un peu plus qu’il ne gueule, même si les solos de guitares se font un peu plus complexes, les membres du groupe ont toujours la rage au cour.

Après dix huit-ans de carrière, Bad Religion ne montre pas de signes d’essoufflement et Graffin aborde la fin du millénaire avec une grande lucidité et beaucoup d’ironie, comme l’exprime ce State of the End of the Millenium Address qui tient plus du spoken word que de la toune punk traditionnelle. L’approche de l’an 2000 semble avoir inspiré une réflexion chez le chanteur, qui évoque, sans nostalgie aucune, les débuts de Bad Religion dans The Hippie Killers, qui relate la fin d’un mouvement et la naissance d’un autre. A-t-il parfois l’impression d’être le prochain sur la liste des dinosaures? «Étrangement, non, lance Graffin. Depuis nos débuts, l’auditoire ne cesse de croître et la moyenne d’âge demeure sensiblement la même, ce qui veut probablement dire que cette musique continue à toucher les gens à un niveau fondamental, en dehors des courants et des modes. Je n’ai pas l’impression que le punk rock va disparaître; j’irais même jusqu’à dire que c’est une musique qui a des chances de devenir le folk du 21e siècle! ªCe n’est pas le nouveau Lollapalooza, c’est le nouveau Woodstock!

Le 25 juillet
Au Vans Warped Tour
Parc des Iles

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