Pour le troisième été consécutif, le Centre d’arts Orford est sous la direction artistique du chef et violoncelliste montréalais Yuli Turovsky. Après avoir été sous la gouverne d’Agnès Grossmann pendant quelques années, ce camp musical changeait légèrement d’esprit en 96, tout en conservant ses vocations internationale et pédagogique. Car Orford est d’abord et avant tout un lieu d’apprentissage. Son Festival, s’il présente des artistes venus d’ailleurs, met surtout l’accent sur les stagiaires du camp. Concerts d’opéra avec les stagiaires en chant, «Beaux concerts de la relève», «L’école en tournée», ou «Les matinées animées Bell», qui sont des concerts commentés offerts par les stagiaires: le Festival Orford édition 1998, qui bat son plein, permet de découvrir une foule de nouveaux musiciens appelés à devenir les concertistes de demain. La «Soirée des lauréats» du 3e Concours international de musique du Centre d’arts Orford – une initiative de Yuli Turovsky – fera entendre les meilleurs éléments du Centre en solistes avec l’Orchestre du Festival Orford, le 15 août.
Mais, auparavant, il y a cette année à Orford un autre concours dont le lauréat jouera en concert, le samedi 25 juillet. En 1997, outre la deuxième édition du Concours international, Turovsky avait organisé un Concours Beethoven, dont le gagnant a eu sa place au sein d’un événement présentant l’intégrale des concertos pour piano du compositeur allemand. Plusieurs artistes de renom avaient interprété les Concertos 1, 3, 4 et 5, tandis que le lauréat avait joué le deuxième. Un défi de taille pour un jeune musicien qui sait que, inévitablement, on le comparera aux autres…
Ce Concours se transforme cette année en hommage à Rachmaninov, puisque la même formule s’appliquera à trois des quatre concertos du compositeur russe. Le pianiste québécois André Laplante, gagnant d’une médaille d’argent au Concours Tchaïkovski de Moscou en 1978 – aucune médaille d’or ne fut attribuée cette année-là – et dont l’interprétation du Concerto no 3 de Rachmaninov lors de la troisième épreuve de ce concours a fait l’objet d’un disque justement apprécié, interprétera cette fois le 1er Concerto. Le pianiste Sergei Babayan, lauréat de plusieurs concours, maintenant professeur au Cleveland Institute of Music en Ohio, interprétera quant à lui le 3e Concerto. Le nom du stagiaire gagnant du Concours Rachmaninov, malheureusement pour moi – mais heureusement pour le suspense -, ne sera dévoilé que le jeudi 23 juillet, deux jours avant le concert. Ce mystérieux interprète jouera le Concerto no 2, avec I Musici de Montréal, auquel se joindront des stagiaires d’Orford, sous la direction de Yuli Turovsky.
Jusqu’au 15 août
Au Centre d’arts Orford
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Dmitri Hvorostovsky au Festival international de Lanaudière
Magnifique. C’est le mot qui s’impose lorsqu’on évoque le concert donné par l’OSM, sous la direction de Charles Dutoit, et le baryton sibérien Dmitri Hvorostovsky, le 18 juillet dernier à l’amphithéâtre de Lanaudière, dans le cadre du Festival du même nom. Évidemment, le chanteur est impressionnant à voir, d’une beauté et d’une prestance exceptionnelles. Pourtant, malgré la distraction suscitée par son allure, le baryton réussit justement ce qui lui tient à cour. Conscient de l’effet que produit son physique sur les foules en délire, il désire surtout qu’on l’oublie au profit de la musique. Dès les premières notes chantées de cette ouvre sombre qu’est Chants et Danses de la mort, de Moussorgski, le public a été conquis par la splendeur de sa voix et l’intensité de son expression. Hvorostovsky est un artiste complet, qui ne concède rien au spectaculaire ni à la superficialité. Bien qu’il soit un acteur-né, chaque geste musical est chez lui sans excès et profondément ressenti. Rien, jamais, ne semble déplacé dans ce qu’il choisit d’exprimer à travers cette ouvre qui lui est chère. De sa voix puissante, entretenue par un soutien phénoménal, émane une grande plénitude sonore.
Après Moussorgski, le chanteur avait choisi d’interpréter des airs extraits de trois opéras de Verdi: «Eri tu», d’Un ballo in maschera, «Il balen del suo sorriso», d’Il Trovatore et «O Carlo ascolta», de Don Carlo. Trois airs dramatiques, intenses, admirablement rendus. Après une ovation monstre, Hvorostovsky et l’OSM nous ont offert un rappel plus léger: le premier air de Figaro extrait du Barbier de Séville, de Rossini, qui a obtenu un succès foudroyant. Pour la première fois depuis le début du concert, le baryton nous montrait son côté joueur, charmeur, ce qui ne manqua pas de produire son effet.
Malgré les manifestations d’un public avide, qui en voulait encore plus, Hvorostovsky s’est malheureusement arrêté après un second rappel, gratifiant ses admirateurs d’un simple baiser, ainsi que d’un sourire ravageur. L’OSM, qui était alors au défi de séduire à son tour l’assistance avec Les Pins de Rome, de Respighi, s’est montré particulièrement en forme, malgré les graves difficultés qui agitent l’orchestre ces temps-ci. Un concert estival qui va rester dans les mémoires et qui, heureusement, sera télédiffusé ultérieurement à Radio-Canada. Date à surveiller.