

Neil Finn : Fine cuisine
En une vingtaine d’années, au sein de formations comme Split Enz et Crowded House, Neil Finn est devenu l’un des artistes les plus prolifiques de l’Océanie et du monde pop en général. Et avec son premier effort solo, Try Whistling This, on n’a pas fini de siffler ses mélodies.
Marsolais Patrick
Il ne possède pas le sex-appeal qu’affichait Michael Hutchence, la hargne de Peter Garrett ni le ventre de Brian Johnson, mais force est d’admettre que, depuis vingt ans, personne d’autre que Neil Finn n’est parvenu à atteindre une telle régularité en Océanie. A se maintenir, bon an, mal an, au pinacle de la Pop avec un grand P. Que ce soit avec Split Enz, puis avec les incontournables Crowded House, Finn nous a continuellement obligés à fredonner les mélodies qu’il imaginait. Fatigué de naviguer en groupe, le Néo-Zélandais a récemment largué ses collègues pour s’aventurer en solo avec Try Whistling This. Pas de surprise, ce n’est pas demain qu’on va cesser de chanter…
Pour être bien honnête, la décision de stopper les activités de Crowded House, au tout début de 1996, nous avait flanqué un bon petit coup au cour. Le trio était un gage de qualité sans pareil, dont on s’empressait de découvrir les nouveautés tous les deux ans, pratiquement toujours avec la même satisfaction. Une présence rassurante, dans un univers où les groupes proposent trop souvent un disque magnifique pour tomber dans la bouillie dès le suivant. Heureusement pour nous, Neil revient à la charge avec treize nouvelles chansons qui, il faut bien le dire, auraient tout aussi bien pu être signées… Crowded House: «C’est certain qu’au départ, je me suis dit que j’allais tenter d’éviter certaines formules, explique Finn, de sa chambre d’hôtel à Miami. Je me suis évidemment dit, à un moment donné, que je devais être prudent pour ne pas que ça sonne trop Crowded House. Mais, d’un autre côté, je n’ai pas pu nier qui j’étais. Je possédais le même timbre de voix, un certain jeu de guitare et un penchant pour les mélodies fortes. Alors oui, forcément, certains éléments de ce disque rappellent Crowded House.»
Après plus de vingt ans marqués au sceau de la création collective, on se serait attendu à un brin de nervosité de sa part devant le spectre de l’album solo. A un minimum d’angoisse devant la perspective d’avoir à ranger ses vieilles pantoufles. Mais pas du tout. A un point tel qu’on se demande si, au bout du compte, Neil Finn ne mène pas une carrière solo depuis deux décennies: «Honnêtement, je n’ai pas ressenti d’insécurité en entrant dans le studio. J’étais plutôt extrêmement excité par la création de ce disque. Je voudrais bien te dire que le travail d’équipe m’a manqué, mais j’avais fait appel à de nombreux copains musiciens, de même qu’à mon fils (batteur et guitariste). Et puis rendons-nous à l’évidence, avec Crowded House, une fois que la rythmique était construite, j’étais pour le moins laissé à moi-même… Quant à l’écriture, je ne me suis jamais imposé de balises parce que je chantais au nom d’un groupe. Je ne crois donc pas qu’elle soit différente sur ce premier disque solo. Je propose toujours une combinaison de thèmes personnels et de fiction.»
Si l’excellence mélodique est toujours au rendez-vous, c’est dans son support qu’on sent une évolution majeure. De mémoire, et peut-être à l’exception de certaines chansons sur Woodface, jamais n’avions-nous senti pareil travail d’emballage. Finn, c’est clair, a beaucoup soigné les atmosphères de ses chansons, taquinant même parfois certaines influences trip-hop. Attention toutefois, qu’on ne s’énerve surtout pas, l’auteur-compositeur n’est pas devenu un apôtre de la secte «bristolienne», et ne risque pas de supplanter Portishead ou Massive Attack au cours des prochains mois. On sent toutefois, au travers des différentes plages de Try Whistling This, un souci constant de modernité, et la curiosité essentielle à n’importe quelle évolution digne de ce nom: «C’est vrai que j’ai travaillé fort là-dessus, concède-t-il. Le fait d’intégrer des samplers et des ordinateurs, à l’intérieur même du processus d’écriture, a sans doute facilité la chose. Et puis, avec des collègues comme le bassiste Sebastian Steinberg (Soul Coughing), ça devient difficile de passer à côté…» Pour un homme qui se disait ouvertement crevé après le dernier épisode de Crowded House, Neil Finn a maintenant toutes les allures d’un miraculé.
Le 28 juillet
Au Spectrum