Voulez-vous savoir ce qu’est une soirée réussie au Festival d’été de Québec? On en a vu quelques-unes la semaine dernière, mais, plus particulièrement, celle du lundi 13 juillet, mettant en vedette, La Bottine souriante et ses invités. En fait, pendant près de quatre heures, le Festival d’été a rendu hommage au label Mille-pattes et aux artistes de musique traditionnelle, qui enregistrent pour cette étiquette de la région de Lanaudière.
Tout ça a débuté en douceur par le trio du Bruit court dans le ville, mené par l’ex-Bottine André Marchand, et qui regroupe également Normand Miron et la violoniste Lisa Ornstein. Probablement le plus hardcore des groupes de Mille-pattes. Puis, ce fut au tour des Charbonniers de l’enfer, cinq chanteurs a cappella, regroupant encore André Marchand et Normand Miron, mais aussi Michel Faubert, Jean-Claude Mirandette et Michel Bordeleau de la Bottine. Une vingtaine de minutes très fortes que l’on n’a pas vues passer.
Puis, on a assisté à la première sortie en solo d’Yves Lambert, leader de La Bottine, qui nous a proposé quelques extraits de son premier album, Les Vacances de monsieur Lambert, accompagné d’une douzaine de musiciens. Si l’on décroche ici de la musique traditionnelle proprement dite, Lambert nous a tout de même fait voyager de belle façon, sur de fins arrangements acoustiques. Il faut avoir un certain courage pour déclamer du Rimbaud devant quinze mille personnes qui ne demandent qu’à danser. Cela dit, si le cadre d’un festival en plein air n’était pas idéal pour cette musique riche et subtile, cette première sortie publique nous fait presque rêver à l’automne…
Dois-je encore vous parler de Michel Faubert qui suivait Les Vacances de monsieur Lambert? Je crois bien que oui. Parce que si le groupe de musiciens vaut toujours son pesant d’art, cette fois, c’est chez Faubert lui-même que l’on a senti la plus nette amélioration. Il n’est peut-être pas encore Steve Tyler, mais on le sent désormais beaucoup plus à l’aise sur scène.
Pour finir, La Bottine souriante a, bien évidemment, excellé. Le bon peuple de Québec a dansé à satiété; les cuivres ont rutilé; Bordeleau a tapé du pied en fou qu’il est; Lambert a bien joué son rôle de mononcle sympathique; Bref, de La Bottine telle qu’on l’aime. Je persiste et signe: voilà, toutes musiques confondues, l’un des meilleurs groupes du Québec.
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S’il n’y avait eu que ça, la soirée aurait déjà été bien remplie. Mais, cette année, le Festival d’été a repris l’idée de Dégel Rock, une série de fin de soirée qui met en vedette des nouveaux groupes d’ici, tous les soirs au Kashmir de la rue Saint-Jean. Lundi dernier, on a ainsi pu assister à l’un des premiers live de la formation techno de la ville de Québec, Couch Potatoes. En plus des deux membres du groupe (qui se partageaient ordinateurs, séquenceurs et tables tournantes), on avait sur scène un guitariste (dont le nom m’a malheureusement échappé), le percussionniste Michel Séguin (junior, quand même) et l’omniprésent saxophoniste Luc Lemire.
Bons grooves, bonne ambiance, juste assez de préparation pour sentir que le groupe maîtrise sa musique, pas trop pour sentir les jams se développer, l’improvisation mener parfois le jeu et une espèce d’insécurité qui fait avancer les choses. Est-ce la voie à suivre? Je ne crois pas. Il faudra quand même resserrer un peu. L’indulgence vient du fait qu’il s’agit des premières tentatives des Couch Potatoes pour faire de la scène. La prochaine fois, je serai peut-être plus sévère…
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On pourrait dire la même chose de Root Loops, qui jouait le lendemain, en fin de soirée au Kashmir. La triphonie (avec des sons qui viennent aussi de derrière les spectateurs) a beau être un concept séduisant, je m’attendais à un peu plus de dub et à un peu moins d’électro. Mais le minimalisme de Root Loops, bien arrimé aux images en arrièe de lui, mérite qu’on s’y attarde. Et deux fois plutôt qu’une…
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Le Festival d’été de Québec est aussi une étonnante terre de métissage. Je n’avais pas vu Rachid Taha aux Francos, je me suis bien repris. Efficace, Taha, ex-Carte de séjour, n’hésite pas à plaquer des rythmes techno sur du raï qui frôle la tradition. Pas qu’intéressant: une véritable machine à faire la fête. L’Orchestre national de Barbès est à l’image de ce quartier de Paris: tout y est profondément emmêlé et tout se croise, même le raggamuffin et le raï. Surprenant, mais ça marche.
Il y avait aussi les Roumains romanichels de Taraf de Haïdouks, qu’on avait rencontrés sur le live de Stephan Eicher, il y a quelques années: des vrais, des purs. Un charme pour l’oreille. Également, les Macédoniens du Kocani Orkestar, une véritable fanfare traditionnelle, aux cuivres bien astiqués, qui fait parfois flirter la salsa avec les musiques méditerranéennes. On nage de surprise en surprise.
Ah oui, je devais aussi vous reparler de Bran Van 3000, qui a fait danser la jeunesse de Québec pendant quatre-vingt-dix minutes de brassage des genres. En regardant pour énième fois BV3, j’ai finalement compris: plus le groupe avance, plus il se radicalise. Ce qui est heavy est de plus en plus heavy. Ce qui est hip-hop l’est à fond la caisse. Ce qui est country, l’est vraiment. Ce qui est pop n’est plus gêné de l’être. Et, en bout de ligne, ce qui est bon est vraiment très bon.