Si, l’an dernier, le Paléo Festival de Nyon, en Suisse, avait l’air d’un Woodstock avec toute la pluie qui s’y était abattue, pour son édition 98, la vingt-troisième, le Paléo s’est transformé en tropique Nord, avec des chaleurs accablantes. Rappelons tout de même, pour ceux qui n’y étaient pas il y a un an, que le Paléo se déroule sur un site unique, que le prix d’entrée (autour de quarante-cinq dollars canadiens) donne droit à tous les spectacles qui sont présentés sur cinq scènes différentes, que la bouffe qu’on trouve dans les kiosques est aussi bonne que diversifiée (vous en connaissez beaucoup des festivals où l’on peut manger thaï, espagnol, vietnamien, chinois, magret de canard, etc.?), et que l’accueil est aussi impressionnant pour les journalistes que pour les musiciens ou pour les spectateurs (qui se dénombrent autour de trente mille par soirs, sur six soirs; faites le calcul vous-même…).
Et la bouffe est à l’image de la programmation. Peu de festivals peuvent se vanter d’avoir, dans la même semaine, le techno-rock britannique de Prodigy et la bonne vieille chanson française de Charles Trenet, le trip-hop aérien de Portishead et les fortes racines orientales des Gitans du Rajasthan, les petites symphonies éclatées du Breton Yann Tiersen et le rock répétitif et peu éclatant du vieux Joe Cocker. Le Paléo, lui, se le permet. Vous avez dit grand écart?
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J’ai eu la chance d’être invité au Paléo non seulement en tant que journaliste, mais également en tant que membre d’un jury international qui doit remettre annuellement le Prix de la scène à un artiste ou un groupe suisse. C’est le contrebassiste de Berne, Mich Gerber, qui a remporté avec éclat, et à l’unanimité, ce prix. Tentons de le situer. Il est, donc, contrebassiste et s’échantillonne lui-même en direct devant nous. Il joue avec les doigts, mais aussi avec un archet. Il est accompagné par un batteur (qui s’échantillonne lui aussi) et un D.J. Son style? Il se promène allègrement entre trip-hop, ethno-techno, musique de transe, drum’n’bass. Vraiment très très bien. Et vous ne perdez rien pour attendre, car, si tout va bien et si on se fie à André Ménard, présent au Paléo, on devrait le voir lors du prochain Festival de Jazz.
Autre groupe suisse dont le passage a soulevé le jury, MXD, qui donne dans un big beat efficace au maximum, qui vous secoue au moins autant les neurones que les mollets. Cinq musiciens sur scène (quatre claviers et une guitare) qui jouent vraiment, qui se donnent vraiment, qui ont un vrai plaisir à être là. De là à les voir bientôt à Montréal, il y a cependant un pas que je n’oserais franchir. Mais, retenez tout de même ce nom…
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Parmi la centaine d’artistes qui se sont produits au Paléo, on relève donc quelques Québécois. D’abord, Lili Fatale, que je n’avais pas vu depuis Coup de cour francophone, en novembre dernier. Et, laissez-moi vous dire qu’il y a là une amélioration peu commune. Si le groupe se fie toujours autant sur Nathalie Courchesne pour créer un lien avec le public et faire bouger les choses sur scène, le simple fait de changer la section rythmique marque aussi une sacrée différence. Lili Fatale fait toujours dans la chanson pop (jouant tantôt sur le mode ska, allant parfois vers le trip-hop et le drum’n’bass, etc.), mais ses arrangements sont de plus en plus contemporains, de plus en plus sophistiqués, et de plus en plus, simplement, à point.
En deux soirs, on a aussi pu remarquer que les gens semblaient reconnaître le premier extrait européen de leur album, la chanson Mimi, et qu’ils n’étaient pas insensibles à la reprise assez ska du classique des Cure, In Between Days. Ce qui augure très bien pour leur rentrée montréalaise qui devrait avoir lieu à l’automne. Désormais, et si le groupe continue dans cette direction, il
faudra compter sur Lili Fatale.
Une sur qui on sait que l’on peut toujours compter, c’est bien Lhasa, qui arrivait au Paléo après quelques spectacles en France. Elle aussi a joué deux soirs, et on sentait le public plus que réceptif. En fait, après avoir écoulé plusieurs dizaines de milliers de son premier compact, La Llorona, en territoire européen, on pourrait même dire que la dame était attendue. Pas pour rien que Daniel Rosselat, le grand patron du Paléo, a souligné, en conférence de presse-bilan, son passage remarqué au Festival.
Accompagnée de la même bande de joyeux lurons (le maestro Yves Desrosiers à la guitare, Mario Légaré à la basse, François Lalonde à la batterie, et Didier «El Dodito» Dumoutier à l’accordéon), Lhasa a littéralement charmé un auditoire enthousiaste, avec une prestation nettement au-dessus de la moyenne. Malgré une chaleur insupportable, quelques milliers de personnes se sont payé un véritable frisson. Voilà qui augure bien pour la suite de sa carrière européenne…