Le Paléo Festival de Nyon, en Suisse, comme la plupart des méga-événements européens, est un bon indicateur de ce qui risque de nous tomber dessus dans un avenir plus ou moins rapproché. Un que l’on devrait voir lors de la vingtième édition du FIJM, c’est l’extraordinaire Suédois Jay Jay Johanson, qui a déjà deux magnifiques albums à son actif (Whiskey et Tattoo), malheureusement toujours pas disponibles chez nous (holà, BMG, il y a quelqu’un???). Jay Jay Johanson, c’est un véritable crooner moderne. Comme si Tony Bennett remplaçait Beth Gibbons chez Portishead. Même genre de spleen, même rythme langoureux et tripatif, même minimalisme musical.
De plus, Jay Jay n’est pas qu’un chanteur d’exception, c’est aussi un songwriter hors pair. Tell the Girls That I Am Back in Town a déjà des allures de classique. It Hurts Me So fait effectivement mal à chaque écoute. She’s Mine (But I’m Not Hers) est un petit bijou. Des talents comme celui de Jay Jay, honnêtement, il y en a peu. Vivement que l’on vous en reparle.
Autre visite attendue à Montréal, mais cette fois dès l’automne, et que j’ai eu la chance de voir au Paléo, c’est l’Afro Cuban All Stars, un des fers de lance de cette vague cubaine qui envahit l’Occident depuis maintenant un an. On retrouve d’ailleurs dans cette formation plusieurs musiciens qui ont également participé au célèbre Buena Vista Social Club, dont le chanteur Ibrahim Ferrer. L’Afro Cuban All Stars, c’est véritablement un orchestre de bal cubain. Tous les classiques de la musique de cette île y passent. Pas toujours extrêmement bien interprétés (on sent régulièrement des relâchements au niveau des temps, les cuivres ne sonnent pas toujours juste, des chanteurs décrochent, etc.), mais avec un réel plaisir et une conviction qui font du bien à voir.
Si l’on pardonne aisément à l’Afro Cuban All Stars ces lacunes, c’est qu’elles sont tempérées par ce plaisir. Elles sont sublimées par la seconde jeunesse de ces musiciens. Elles sont même quasi revendiquées au nom de la véracité des racines. Comme si l’Afro Cuban All Stars nous disait qu’à Cuba, on trouverait exactement la même chose. Et cette réalité, elle vaut son pesant d’or.
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Cette véracité (ou ce semblant de véracité extrêmement bien monté…), on l’a également retrouvée chez bien des groupes de world beat passés par le Paléo; en particulier, chez Les Gitans du Rajasthan, qui pouvaient, à certains de leurs meilleurs moments, faire penser au regretté Nusrat Fateh Ali Khan, par l’utilisation des tablas et de l’harmonium, mais aussi par l’état de transe qui s’est manifesté dans une foule assise (la seule que j’aie vue…) et extrêmement attentive.
Ce qu’il y a de fabuleux, dans la musique de ces Gitans, c’est qu’elle ne répond à aucun de nos critères occidentaux. Contrairement à toute la musique pop contemporaine (que ce soit du rock, du techno, de la dance ou de la chanson), où l’on peut deviner plusieurs mesures à l’avance ce qui va se passer (les silences, les breaks, les punchs, les solos, etc.), ici, rien n’est prévisible. Les séquences musicales se chevauchent et étonnent sans arrêt, un peu comme dans les formes les plus évolutives de drum’n’bass. Et encore… Ajoutez à ça deux magnifiques danseuses traditionnelles et un surprenant fakir (qui, une cruche d’eau sur la tête, marche sur un tapis de clous ou sur du verre qu’il a lui-même brisé…), et vous avez un spectacle total qui vous laisse bouche bée.
Toujours dans le rayon world beat, Les Tambours de Brazza m’ont, je l’avoue, bien impressionné. Douze joueurs de djembé, un batteur et un bassiste qui font une musique, malgré tout, assez près des racines. Douze
percussionnistes étonnants, hyper-efficaces, qui réussissent l’exploit de pouvoir s’arrêter, tous ensemble, sur une toute petite pièce de dix centimes suisse. Impressionnant n’est pas le mot, puisqu’en plus, ces douze lascars vont même jusqu’à, eux aussi, danser comme des bêtes. Il y en a, comme ça, qui ont véritablement tous les talents. Pour peu, tiens, je serais presque jaloux…
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Un avec qui on s’est également bien amusé, c’est Eagle-Eye Cherry, fils de Don et frère de Neneh; il est en train de se tailler un énorme succès européen avec son premier album, qui vient tout juste de paraître chez nous. En fait, à l’écoute de sa musique, on croirait bien plus qu’Eagle-Eye est le frère de Ben Harper tant les racines musicales (country-folk) sont semblables, tant les deux voix sont parfois similaires, tant les arrangements de l’un font nécessairement penser à l’autre. En fait, avec Eagle-Eye Cherry, on se rappelle, non sans un brin de nostalgie, le temps où Ben Harper ne faisait pas que des jams, mais aussi de réelles chansons pop.
Dans un tout autre genre, je m’en voudrais de ne pas souligner le travail de la formation britannique Headrillaz, qui part du techno, mais qui se dirige aussi où elle le veut, du soul au funk, en passant par le rock. Un vrai groupe (avec guitare, batterie, basse, claviers, etc.), avec un vrai son, et une vraie personnalité. Quelqu’un va-t-il nous faire le bonheur de l’amener à Montréal?