

Front 242 : Monter au front
Nicolas Tittley
Règle générale, la musique électronique vieillit plutôt mal. Les sous-genres y sont si nombreux, et les évolutions technologiques, si rapides, que seuls les véritables pionniers réussissent à laisser une marque indélébile. C’est certainement le cas de Front 242: instigateur du son techno industriel au début des années 80, son influence est aujourd’hui bien palpable chez des groupes comme Prodigy, dont le grand cirque électro-hardcore sévit aux quatre coins du globe.
En 1993, après sept albums studio en une dizaine d’années, le groupe belge avait décidé de lancer l’éponge, mais aujourd’hui, Daniel B., Patrick Codenys, Jean-Luc DeMeyer et Richard Jonkheere reviennent sur scène, un album live sous le bras, décidés à prouver leur actualité. Un dernier tour de piste? «On n’a jamais fait de plans à long terme, alors je ne pourrais pas affirmer avec certitude que c’est la finª, affirme le chanteur Jean-Luc DeMeyer. Ce dont je suis certain, c’est qu’après cette tournée, nous allons tous nous concentrer sur d’autres projets: je pars en tournée avec mon groupe Cobalt 60, et tous les autres membres travailleront sur leurs projets respectifs. Pour le moment, on n’a rien prévu de nouveau pour Front 242, mais on ne sait jamais.»
Le ton de Jean-Luc, qui avait été à l’époque le plus catégorique sur la nature permanente de la séparation, s’est adouci. «Honnêtement, j’étais persuadé que notre tournée de 1993 était la dernière, et, pendant quatre ans, je n’ai jamais songé à reformer Front 242ª, poursuit-il. Lorsqu’on en a parlé, en 97, on était fort étonnés de se retrouver tous à la même table à discuter de façon sereine, et à être globalement d’accord sur la façon de faire les choses. Je pense que le temps a guéri presque toutes les rancours et les frustrations personnelles. De plus, nos expériences respectives sur d’autres projets nous permettaient d’apporter un souffle nouveau à la musique de Front 242.»
Lors de cette première rencontre, les quatre membres réunis se sont vite entendus sur la marche à suivre: s’il n’était pas question de travailler à de nouvelles compositions, il était cependant impératif de dépoussiérer leurs vieux succès pour que ceux-ci s’intègrent dans le paysage de la musique électronique de la fin des années 90. Le résultat de l’opération est palpable sur Reboot, l’album live enregistré à Bruxelles l’hiver dernier, et que nous entendrons intégralement à Montréal cette semaine. «Ç’a été plus facile qu’on pourrait le croire, parce qu’on partait sur des bases solides, explique Jean-Luc. On ne s’est pas cassé la tête à déterrer des faces B de singles obscurs, et on s’est contentés de choisir les gros titres, histoire de montrer que ces morceaux ont toujours leur place dans la musique électronique d’aujourd’hui.»
On ne s’étonnera pas de retrouver les incontournables Headhunter et Welcome to Paradise, véritables club hits de l’album Front by Front (88), auxquels s’ajoutent d’autres titres bien connus des fans (Masterhit, Body to Body, Im Rhythmus Bleben) qui bénéficient tous d’un petit coup de jeune fort bienvenu. Quant au spectacle, il mettra l’accent sur la musique. Front 242 remonte sur la scène du Spectrum sans les lasers, les tours métalliques et l’accoutrement paramilitaire de sa période de gloire, avec sa musique pour seule arme. «C’est amusant de revenir jouer au Spectrum, parce que c’est là que nous avons fait nos débuts à Montréal, il y a bien des années, alors que nous faisions la première partie de Propaganda.» Propagan-qui?
Le 15 août
Au Spectrum
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