

Girls Against Boys : Basses de travail
Nicolas Tittley
Photo : TERRY RICHARDSON
Depuis ses débuts à Washington en 92, Girls Against Boys traîne l’étiquette de «sexiest band in the land»ª. Ce n’est pas pour leurs belles gueules, mais pour leur son, sorte de hardcore groovy sombre et sensuel, que les membres du groupe ont acquis cette réputation, confirmée récemment avec la parution de Freak*On*Ica.
Si Freak*On*Ica a été enregistré à Minneapolis, tout le travail d’écriture, de répétition et de préproduction fut entièrement réalisé au studio maison de GVSB, en plein cour de Manhattan. Jamais l’influence de la Grosse Pomme n’aura été si évidente dans les thèmes abordés par Scott McCloud, dont la voix râpeuse évoque systématiquement des images de décadence et de stupre. «Lorsque nous sommes arrivés à Minneapolis, les chansons étaient presque toutes terminées, ce qui explique pourquoi elles portent la marque de New Yorkª, explique Johnny Temple, l’un des deux bassistes de la formation. Notre studio de répétition est situé dans un coin assez chaud de la ville, à un jet de pierre de Times Square et, le soir venu, l’endroit est plein de crackheads, de putes, de policiers corrompus, et d’un tas d’autres personnages peu recommandables. Je peux te dire que c’est très stimulant pour créer de la musique!»
Lorsqu’on lui demande si les gars de GVSB font partie de cette faune urbaine ou s’ils se contentent de la regarder de haut, Johnny en rajoute: «En fait, nous ne sommes pas au-dessus, mais en dessous de cette fange! Nous avons fini par comprendre que nous n’étions pas là par choix, mais que c’était notre destin de frayer dans cet univers. Notre mission est, en quelque sorte, de sortir de ce monde souterrain; mais, avant d’arriver à la surface, il y a des couches de granit excessivement dures à percer, et nous devons cogner de plus en plus fort.»
A force de creuser vers le haut, les gars de GVSB commencent à voir le soleil. Après des années passées avec les réputés indépendants de l’étiquette Touch and Go, le groupe a signé chez Geffen, qui leur garantit une meilleure distribution, tout en leur accordant le premier budget d’enregistrement décent de leur carrière. Fort de cet appui, le groupe s’est permis quelques expérimentations qui ont fait évoluer la structure des chansons, jadis systématiquement assise sur le grondement des deux basses. «Normalement, les chansons naissent de jams terribles où tout le monde essaie de faire le plus de bruit possible, mais, cette fois-ci, nous avons pu prendre notre temps, et développer nos idées musicales en nous séparant en groupes de deux, raconte Johnny. Comme on avait acheté de l’équipement électronique de meilleure qualité, on a pu intégrer de plus en plus d’éléments extérieurs au rock.»
Malgré les apparences, l’instrumentation électronique a toujours été une composante majeure du son de GVSB, et le choix du réalisateur Nick Launay (connu pour son travail avec Killing Joke ou PIL) s’est imposé, rompant du coup des années de collaboration avec Ted Niceley. «Nick a travaillé sur presque tous les disques qui nous ont marqués dans les années 80, raconte Johnny. On voulait que l’album demeure essentiellement rock, mais qu’il intègre des éléments de disco et de techno, et il a compris tout de suite. Il ne s’agit pas de dénaturer notre son: j’écoute des tonnes de hip-hop, mais je n’ai pas l’intention de faire un disque purement hip-hop. Par contre, on ne se gêne pas pour emprunter des techniques de production à ce genre.» Il ne faudra donc pas s’étonner de voir le groupe accompagné sur scène par un D.J. (un incontournable des années 90, semble-t-il) avant qu’il ne se joigne à la tournée de Garbage, plus tard cette année.
Le 18 août
Au Cabaret
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