Grant Lee Buffalo : Quatre à quatre
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Grant Lee Buffalo : Quatre à quatre

Suite à la perte d’un de ses membres, on a vraiment craint pour la vie du groupe américain. Heureusement, son quatrième album nous prouve qu’il est loin du respirateur artificiel, et qu’il a probablement même retrouvé une seconde jeunesse…

Lorsqu’on a entendu la nouvelle du départ du bassiste-réalisateur Paul Kimble de Grant Lee Buffalo, nous étions plutôt découragés. Comment le trio américain pouvait-il se remettre de cette lourde perte? Avec les trois premiers albums du groupe, nous avions l’impression qu’il était largement responsable du son du groupe, même si l’écriture des chansons était (et est encore) l’ouvre d’un seul homme: Grant Lee Phillips.

La réponse ne fut pas longue à venir, sous la forme d’un compact, le quatrième du groupe, intitulé Jubilee. Verdict: s’il n’atteint pas les hautes cimes de Fuzzy ou Mighty Joe Moon, les deux premiers disques, il est quand même supérieur à Cooperopolis, le troisième et décevant effort de la formation basée en Californie. Sans aller jusqu’à dire que GLB a trouvé une seconde jeunesse, on peut cependant, sans beaucoup se tromper, penser qu’il a, à tout le moins, retrouvé un enthousiasme perdu en cours de route.

A travers les nombreuses rumeurs qui ont circulé à propos de cette séparation, il y en a une qui persistait: alors que Phillips et le batteur Joey Peters se dirigeaient vers un enregistrement plus live, Kimble, lui, désirait approfondir la réalisation et aller vers quelque chose d’encore plus sophistiqué. Vrai? «En partie, souligne Phillips, au lendemain d’une soirée mémorable, à Birmingham, en Alabama, où il s’est retrouvé, après quelques bières, sur la scène d’un petit club en train de chanter Sympathy for the Devil avec le house band. Mais, il faut bien le dire, le malaise était beaucoup plus sérieux que ça. Depuis que Grant Lee Buffalo existe, soit presque dix ans maintenant, il y a toujours eu une tension entre Paul et moi, particulièrement. Cette tension, tant personnelle qu’artistique, s’est aggravée au fil des ans, avec tout le temps que nous devions passer ensemble, sur la route et en studio. Il devenait évident que si nous voulions continuer à évoluer, aussi bien lui que moi, nous devions prendre des chemins séparés.»

Pour Grant Lee Phillips, ce qui aurait pu être une catastrophe presque impossible à surmonter s’est rapidement transformé en défi. Depuis ses débuts, le groupe était plutôt refermé sur lui-même, ne nécessitant aucune aide de l’extérieur. Toutes les habiletés pour écrire des chansons et enregistrer un album se retrouvait à l’intérieur même du groupe. Sur Jubilee, non seulement GLB a engagé un réalisateur (Paul Fox), mais il a aussi invité de nombreux amis: E (le leader des valeureux Eels), Michael Stipe de R.E.M. (avec qui GLB a tourné il y a trois ans), Robin Hitchcock, Rami Jaffe des Wallflowers, etc. «Ces multiples collaborations m’ont permis, pour la première fois, d’être un auditeur privilégié de mes propres chansons. Entendre Michael chanter Everybody Needs a Little Sanctuary me l’a fait redécouvrir. Étonnamment, cependant, malgré le fait que nous l’ayons enregistré comme un quartette et non plus comme un trio; malgré les amis qui sont venus en studio; malgré le fait que nous ayons une tierce personne comme réalisateur, j’ai l’impression que Jubilee est plus dépouillé que Cooperopolis. Cette fois, chaque instrument a sa place.»

Une des choses qui ne changent cependant pas au fil des ans, c’est l’écriture de Phillips. Hyper-fort mélodiquement, on a l’impression que Phillips est toujours à la recherche de la chanson pop parfaite, sans qu’il soit question ici de genres musicaux puisque GLB puise à toutes les sources, du country à Motown. La seule chose qui compte, c’est que la chanson soit bonne. «Et c’est extrêmement difficile, admet Phillips. Une bonne chanson, à la base, c’est, de toute évidence, une chanson qui se tienne, même si on la joue seul sur une guitarre acoustique ou au piano. Mais il faut viser plus loin. Moi, j’aime les chansons qui ne se livrent pas immédiatement. J’aime les chansons qui ont des sens multiples. God Only Knows de Brian Wilson est un des meilleurs exemples que je connaisse de ce genre de chansons. Nirvana était très fort de ce point de vue aussi.»

Craignant de paraître prétentieux, Phillips n’a pas voulu mentionner une chanson dont il est particulièrement fier, de peur, probablement, de la comparer à un cxlassique comme God Only Knows. Je ne le ferai pas non plus pour lui (même si Mockingbirds…). Par contre, je ne peux que chaudement vous recommander d’aller assister au spectacle du groupe. Parce qu’en concert, même les chansons les plus faibles (quoi, il y en a?) de Grant Lee Buffalo prennent une tout autre dimension et nous sommes littéralement enveloppés dans le son Grant Lee Buffalo. Dès qu’on y a goûté, on ne peut plus s’en passer…

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