

The Undead : L’amour à mort
Nicolas Tittley
Le moins qu’on puisse dire, c’est que la vie n’a pas été tendre avec Bobby Steele. Lorsqu’il s’est joint aux Misfits, en 78, le guitariste se voyait déjà dans la peau d’une rock star. Il collabore à leurs légendaires premiers enregistrements, Horror Business et Night of the Living Dead; mais, en 1980, le bassiste Jerry Only convainc les autres membres du groupe d’engager son frère Doyle à la place de Bobby, qui se retrouve à la rue avant d’avoir pu entrer dans la légende.
Mais avec un nom et un physique pareils (le type pourrait se faire passer pour le frère jumeau d’Alice Cooper), il était hors de question que Steele quitte le merveilleux monde du rock and roll. Démonté mais pas complètement abattu, Steele décide de fonder son propre groupe, The Undead; mais la guigne le poursuit. Des problèmes de santé lui valent d’être amputé d’un petit orteil, une expérience qui inspirera le titre de son premier disque (ironiquement appellé Nine Toes Later!), et ses projets avec la compagnie Stiff avortent lorsque la boîte ferme ses portes. Depuis, les Undead ont changé de personnel des dizaines et des dizaines de fois et lancé une poignée d’enregistrements des plus anonymes. «J’ai été près de la dépression plus d’une fois, et je me dis souvent que je dois être fou de continuer, raconte Steele. Mais c’est cette même folie qui me pousse à revenir: j’aime trop jouer pour me priver de ce plaisir.»
Avec le plus récent album des Undead, Til Death, Steele réitère sa volonté de rester jusqu’au bout. Paru sur l’étiquette montréalaise Underworld, l’album, entièrement joué et réalisé pas Steele, devrait ravir les fans de vieux punk rock garage à saveur new-yorkaise. Dans le son comme dans la production, Til Death donne l’impression d’avoir été enregistré en 82, mais il n’est pas sans surprises, surtout lorsqu’on constate que la plupart des titres sont des chansons d’amour. «Je pense qu’au fond je suis un grand romantique, rigole Bobby. Je sais que les gens s’attendent à ce que j’écrive des chansons de monstres à la Misfits, plutôt qu’une toune comme Thorn in Your Side, qui est une grosse ballade avec des arrangements de cordes; mais je fais de la musique pour satisfaire mes propres envies. Qui sait, peut-être que sur le prochain disque, je mettrai une chanson d’amour pour zombies, comme ça tout le monde sera content.»
En attendant, Bobby continue à avancer seul, engageant des musiciens différents chaque fois qu’il monte sur scène. Lors de sa mini-tournée québécoise, il sera accompagné de deux musiciens locaux (à la basse, Danny, ex-membre des Ripcordz et d’Amnésie, et, à la batterie Sébastien, des Generators). Et s’il n’hésite jamais à se présenter comme «le gars qui a joué de la guitare dans les Misfits», Steele aimerait bien être connu comme «le chanteur des Undead», lorsqu’il aura enfin réglé le différend qui l’oppose à son ex-groupe (une bataille légale avec Jerry Only, qui lui devrait quelque deux cent mille dollars en droits). «Je suis fier de cet héritage: je n’ai pas honte de me servir du nom ni à jouer certaines de leurs tounes, mais je n’ai pas le culot de laisser croire aux gens qu’ils viennent voir les Misfits, comme le fait ce crétin de Jerry.»
Le 20 août
Au Jailhouse
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