Musique

prise de son : Crème brûlée

Cette fois, on y croyait.
Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais vraiment l’impression que cette fois était la bonne. Mais non. Encore une fois, des organisateurs de spectacle de musique urbaine ou électronique n’ont pas livré la marchandise. Lors du méga-événement Cream 98, qui se déroulait dans la nuit de dimanche à lundi, deux absents notoires: Alex Gifford des Propellerheads et les Jungle Brothers.

Encore une fois, on nous présente une programmation extraordinaire sur papier, mais quelques invités de marque se désistent à la dernière minute. Dommage. Très dommage.

***

Malgré ces absents, on ne peut surtout pas dire que la soirée fut ratée. Au contraire. Plusieurs milliers de danseurs se sont tout de même donné rendez-vous au Stade olympique, où régnait une ambiance digne des bonnes soirées européennes. A certains moments, on était peut-être juste un peu trop tassés, juste un peu trop nombreux, mais rien de mieux que la chaleur humaine pour transformer du béton en une immense bouilloire.

Cela étant dit, il faut aussi préciser que nous étions à la fine pointe des musiques électroniques. Surtout grâce au grand Carl Cox, probablement le D.J. le plus fiable sur cette planète pour faire lever un party, avec ses mix radieux, qui maintiennent une pression constante sur le danseur. Il a rarement fait aussi chaud au Stade olympique que dimanche dernier. En tout cas, certainement pas lorsque les Expos y sont…

Juste avant, on a eu droit à un court set live de The Advent, d’Angleterre. Un set fait de hauts et de bas, les moment les plus lourds étant les meilleurs, en particulier lors de la finale. Mais, pour se rendre jusque-là, on ne peut pas dire que la route était constamment carrossable…

Lorsque je suis arrivé au Stade, Raimen finissait sa prestation dans la salle hip-hop. Heureusement, cependant, je n’ai pas manqué la Fonky Family qui nous arrivait tout droit de la planète Mars, comme dans Marseille. Le groupe français nous a offert une prestation brûlante, allant puiser dans les racines hardcore du hip-hop, lançant régulièrement des appels à la mobilisation générale, et faisant tout pour que personne ne sombre dans l’indifférence face aux problèmes des sociétés occidentales contemporaines.

Allant plus loin que le simple exercice de style, la Fomky Family nous a aussi prouvé qu’il y avait autre chose qu’IAM et ses nombreux projets parallèles pour faire la promotion de l’école du micro d’argent. Sans être aussi virulent qu’Assassin, ou aussi spectaculaire que NTM, par exemple, la FF a su trouver les mots qu’il faut pour nous faire partager sa vision du monde. Pas très réjouissant, mais tout à fait pertinent.

***

Petit retour rapide sur la soirée de jeudi au Cabaret, soirée d’ouverture de ces quatre jours de folie crémeuse. Retour néanmoins important parce que deux formations techno montréalaises nous présentaient leurs plus récents modèles. Commençons par Analog Junkies, qui s’est grandement amélioré depuis son passage aux Foufounes électriques, il y a quelques mois.

Le trio montréalais semble se détacher de plus en plus de ses influences et commence, enfin, à se trouver un son bien à lui, misant sur des rythmes assez rapides, une réelle profondeur de champ, et ne cherchant jamais à manger à tous les rateliers. Analog Junkies, c’est du techno. Pas du jungle ou du drum’n’bass. Du techno cru.

Je n’avais jamais assisté à une prestation de Syhthethesia qui jouait après Analog Junkies. Je ne sais pas comment c’était avant, mais je peux certainement vous avouer que j’ai peut-être passé à côté de quelque chose. Sythethesia, c’est un seul homme derrière ses machines, un claviériste-programmateur qui a beau user de nappes de claviers, il ne se perd jamais dans les dédales de l’ambient, mettant l’accent d’abord et avant tout sur les rythmes.

Pour clôturer la soirée, Justin Robertson, D. J. aussi émérite que britannique, également membre de Lionrock (qui a deux excellents compacts sur le marché…). Robertson nous a livré une bien bonne performance, démontrant que s’il est plus un sélecteur qu’un mixeur, ça ne veut surtout pas dire qu’il ne fasse que pousser les disques. Régulièrement, on le voyait ajuster ses tables tournantes, jouant avec la vitesse, calibrant le pitch, sélectionnant une partie précise du vinyle qu’il fait jouer. Robertson n’est pas un D.J. spectaculaire, mais un D.J. exemplaire.

***

Toujours dans le cadre de Cream, mais cette fois, samedi soir, au Sona, on a entendu trois bons D.J. consécutivement: Trevor Walker qui officiait dans le bar, puis, l’omniprésent Fred Everything et l’illustre John Acquaviva, dans la grande salle, pour une soirée qui n’a jamais montré le moindre de signe de faiblesse, qui groovait extrêmement bien, qui ne lésinait pas sur les percussions et qui n’est jamais tombée dans le house cheapo facile et évident.

Bon, peut-on aller dormir un peu maintenant?