Musique

Hank Knox : Saisir l’ouverture

Une fois n’est pas coutume: le claveciniste HANK KNOX se retrouve à la direction de l’Ensemble Arion – renforcé de neuf musiciens -, dont il est l’un des membres fondateurs, le temps d’un concert d’ouvertures allemandes. Au programme: Muffat, Bach, Haendel et Telemann.

Le claveciniste Hank Knox est un membre fondateur de l’Ensemble Arion, qui en est à sa dix-huitième saison. Pour la première fois, ce maître du continuo va se retrouver à l’avant de la scène pour diriger l’ensemble, à titre de… chef invité! «Quand on a regardé le programme de la saison 1998-99, l’hiver dernier, on s’est rendu compte qu’il était presque entièrement orchestral», raconte le claveciniste. Au lieu des quatre musiciens formant le noyau dur du groupe, on constate que les concerts d’Arion présentent cette année des ensembles allant de neuf à vingt et un musiciens. Outre Hank Knox, les chefs invités seront Barthold Kuijken, Hervé Niquet et Monica Huggett. «Comme on jouait surtout en grande formation, on s’est dit que ce serait bien de faire un concert de musiques d’ouvertures. Alors on s’est demandé: à qui on pourrait confier ça, des ouvertures pour lancer la saison? Je me suis proposé, en demandant aux autres s’ils voulaient bien prendre le risque.»

Le risque n’était pas si grand, quand on sait qu’Hank Knox dirige depuis plusieurs années des groupes de musique ancienne à l’Université McGill, où il est professeur. D’autant plus que le musicien semble très motivé par l’idée de se retrouver à la tête de l’ensemble. «C’est bien de rester en arrière. Mais j’ai découvert avec les étudiants, à McGill, que c’est bien aussi d’être en avant, d’avoir la responsabilité de ce qui se passe musicalement, de ne pas faire uniquement de l’accompagnement.» Comment le musicien voit-il son rôle, en tant que chef? «Ce n’est pas la première fois qu’on fait ce type de répertoire, c’est sûr qu’on pourrait le faire sans chef. Je suis là beaucoup pour faciliter le travail de mes collègues de longue date. Il me semble que mon rôle est de bien définir le caractère de chaque pièce, d’inspirer les musiciens. Si le groupe a certaines idées, je vais essayer de les clarifier le plus possible. S’il y a des endroits où ça manque d’inspiration, c’est à moi de mener le bal.»

Pour ce premier concert de la saison, Arion sera renforcé de neuf musiciens. Le concept du programme est articulé autour du thème des ouvertures allemandes, inspirées par Lully. Le rayonnement de la cour du Roi-Soleil était tel à la fin du XVIIe siècle que nombre de princes allemands souhaitaient rivaliser de faste et imiter les manières en vogue à Versailles. «Les musiciens allemands composent alors des "ouvertures", c’est-à-dire des suites de danses précédées d’une ouverture à la façon de celles de Lully», nous indique le dépliant de saison de l’Ensemble Arion. Muffat, Bach, Haendel et Telemann sont au programme.

«Beaucoup de gens nous demandent pourquoi nous ne faisons presque plus rien à quatre, rapporte Hank Knox. C’est vrai que ça fait quelques saisons qu’on rajoute du monde pour pouvoir explorer d’autres répertoires, mais il faut avoir des idées musicales si l’on veut se motiver et intéresser le public.» Le premier disque d’Arion en formation d’orchestre – avec Monica Huggett – paraîtra d’ailleurs cet automne, sous étiquette Atma cette fois, puisque l’Ensemble n’est plus avec la compagnie Analekta. Après dix-huit ans, rien de plus normal que de vouloir se renouveler. L’histoire d’Arion remonte même à un passé si lointain qu’Hank Knox parle à son propos des «brumes de l’histoire».

Inscrit à l’Université McGill en clavecin, Knox a découvert la musique française grâce à son professeur, John Grew, il y a pas mal plus de vingt ans… «C’est à peu près à cette époque que j’ai commencé à travailler avec Claire Guimond, se souvient le claveciniste. Nous avons découvert ensemble le répertoire: moi, au clavecin, elle, à la flûte. Après nos études à McGill, on est allés étudier en Europe: elle, à Paris, et moi, à La Haye. Quand on est revenus à Montréal, on avait envie de monter un concert. On a demandé à la violoniste Chantal Rémillard et à d’autres de participer. On a donné un concert comme ça, pour le plaisir, et on a trouvé que ça marchait bien, que le travail était agréable, qu’on avait la même approche musicale.»

A l’époque, à Montréal, les musiciens baroques étaient une denrée rare. Arion faisait donc figure de pionnier dans le genre. «Si on voulait travailler, il fallait faire quelque chose. Mais ce n’est pas le genre de choses que tu décides de faire pendant vingt ans.» Et pourtant…

Aujourd’hui, l’Ensemble Arion est toujours formé de Claire Guimond, flûtiste et directrice générale, d’Hank Knox, de la violoniste Chantal Rémillard, et de la violoncelliste Betsy McMillan. Une formation solide, forgée à coups de complicité et d’amour de la musique ancienne: une perle dans le milieu musical!

Les 18 et 19 septembre à 20 h
A la salle Redpath
Le 20 septembre à 14 h
Au Théâtre Paul-Desmarais du Centre canadien d’architecture
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