Les Chiens ont vraiment un nom formidable. L’appellation canine est tellement simple et évocatrice, tellement rock’n’roll qu’on se demande d’ailleurs pourquoi elle n’a pas été contrôlée avant. «On cherchait quelque chose de court et punché, et on a tout de suite accroché sur Les Chiens», explique Éric Goulet, chanteur et guitariste du power trio montréalais. «Beaucoup de gens nous ont dit que c’était l’un des pires noms imaginables, qu’il avait une connotation trop négative, mais je le trouve vraiment riche de sens. Je pense qu’on n’a pas encore fait le tour des expressions qui se rapportent aux chiens!»
On ne s’étonnera pas de retrouver une reprise bien sentie du I Wanna Be Your Dog des Stooges (en français, s’il vous plaît!), et une chanson intitulée Fido dans leur répertoire, mais de là à dire que Les Chiens sont un groupe-concept, il n’y a qu’un pas qu’on ne franchira pas. Après avoir passé presque dix ans sous la bannière de Possession Simple, Éric et les deux membres restants (Nicolas Jouannaut à la basse et Olivier Renaldin à la batterie) se devaient de marquer leur renaissance avec un autre nom et une autre attitude. Le saxophone, élément dominant dans le paysage sonore de Possession Simple, a été complètement évacué, et le groupe se concentre maintenant sur un rock franc et sans fioritures. «Ça faisait un bon bout de temps que j’avais envie d’un projet tout neuf», explique Éric. «Il n’y a pas eu d’événement marquant qui ait précipité la fin de Possession Simple, mais il y avait plusieurs choses latentes depuis un bon moment qu’on ne tolérait pas, et on s’est rendu compte que ça ne marchait plus.»
A toutes fins pratiques, cet album devrait être considéré comme un premier album. Pourtant, il est évident que les musiciens qui y jouent ont derrière eux une solide expérience de scène et de studio, et que leur démarche artistique a dépassé le cap de l’adolescence depuis belle lurette. Les textes d’Éric Goulet (ainsi que les deux collaborations de l’ex-French B Richard Gauthier) témoignent d’une maturité déjà annoncée par les derniers morceaux de Possession Simple. Plus personnelle et plus poétique, l’écriture de Goulet s’est raffinée sans pour autant sombrer dans le nombrilisme poétique. «Avec Possession Simple, je me sentais obligé d’écrire des chansons au nom du groupe, alors que les textes que je fais pour Les Chiens sont le fruit d’une démarche plus personnelle. Pour Les Chiens, j’ai repris et retravaillé les textes jusqu’à sept ou huit fois, ce que je n’aurais jamais fait avant parce que je ne les considérais pas comme un simple élément parmi tant d’autres.»
Fort de sa nouvelle énergie, Goulet s’affirme comme un auteur-compositeur de talent, capable de rocker à fond la caisse ou d’afficher une vulnérabilité extrême sur de jolies ballades comme Bain d’étoiles ou Terminus, le premier extrait de l’album. «Je ne me considère pas comme le centre de l’attention, je ne suis que l’un des points d’un triangle, tempère Éric. Sur scène, tout le monde a son rôle. Nicolas et Olivier chantent de plus en plus eux aussi, et il n’y a pas de touristes dans le groupe, ce qui me porte à croire que trois est vraiment le nombre idéal. En plus, c’est la première fois qu’on arrive à faire un disque qui reflète parfaitement ce que l’on est sur scène.»
L’efficacité de cette nouvelle formule est en effet bien palpable sur scène, où l’on a pu constater toute la puissance et la sincérité dont le groupe est capable. On est bien loin des récents commentaires d’un journal anglophone, qui a qualifié Les Chiens de pâles imitateurs de Radiohead, alléguant qu’on ne pouvait faire du brit-pop colérique lorsqu’on venait de Sorel. A nos confrères anglophones, qui semblent s’être enfoncé profondément une banane au creux de l’oreille avant d’écouter cet excellent premier album, on conseillerait une deuxième écoute attentive. Car si Éric reconnaît avoir subi quelques influences britanniques, il situe plutôt sa démarche musicale dans la continuité de la sainte trinité américaine Stooges-Hüsker Dü-Pixies. Quant à leurs origines géographiques, Les Chiens tiennent à préciser qu’ils sont montréalais jusqu’à l’os. «C’était tellement ridicule, gratuit et méprisant que j’ai cru à une blague, commente Éric. En fait, j’ai surtout trouvé ça méprisant pour les gens de Sorel! Mais au fond, je ne m’en fais pas tellement avec ça: les médias anglophones de Montréal sont tellement détachés de la scène francophone que j’imagine que c’est une bonne chose qu’ils parlent de nous, même en mal.» Les sceptiques qui se pointeront au Cabaret feraient bien de garder en tête cette maxime, tirée de l’une de leurs chansons: «N’oublie pas que c’est en riant que les chiens mordent.»
Le 17 septembre
Au Cabaret
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