Luc Hamel : L'ère du tant
Musique

Luc Hamel : L’ère du tant

La Symphonie Funk que Luc Hamel nous réserve pour le deuxième week-end de programmation soulignant le vingtième anniversaire de L’Air du temps macère dans les tonneaux depuis longtemps. Sa version actuelle est pourtant le portrait craché de celle de 1994, bien qu’amaigrie de ses cordes, de ses choristes, etc. Sept musiciens – et non quinze – occuperont la modeste scène et reprendront les pièces Night Rhythms, Freedomland, Solo de Rio et autres hymmes rassembleurs qui feront de cette symphonie tonifiante l’objet d’un éventuel disque.

Il y a longtemps qu’on n’avait vu ou entendu Luc Hamel. Mis à part un concert à Hull l’an passé, le pianiste n’a guère fait marcher ses doigts, surtout qu’Hamel est devenu l’un des gestionnaires de L’Air du temps. «Il fallait s’en tenir à la section de cuivres», d’expliquer Hamel, qui s’entoure pour l’occasion du batteur Yvon Plouffe, du bassiste Gilles Deslauriers, du trompettiste Ghislain Potvin, du saxophoniste Roberto Murray (qui officie surtout avec le trio Tryphon), du tromboniste Marc Tremblay et d’un autre trompettiste à déterminer. «Le funk, ça fait partie de ma culture, disait-il en substance. Moi, je suis tombé dans le jazz à l’âge de quatorze ans. Le premier album que j’ai acheté, c’est Trust, d’Herbie Hancock. Toute cette période, au milieu des années soixante-dix, c’était celle du jazz-funk, qui utilisait beaucoup de cuivres, contrairement aux années quatre-vingt, où l’on a remplacé les cuivres par des synthés, en faisant très peu de cas le personnel humain.»

«Avec ce genre de répertoire, il faut que ça donne les résultats que j’attends. Faut que ça lève. Tu peux démarrer ça bien lentement, mais faut qu’il y ai un climax, comme un avion qui monte à trente, quarante mille pieds, pour ensuite atterrir en douceur.»

Ces jours-ci, Hamel est, malgré lui, au centre de deux paradoxes. Primo, Hamel célèbre les vingt ans de L’Air du temps comme musicien et copropriétaire au moment même où Saison Jazz Montréal, à la naissance duquel il a participé, cesse ses activités. Secundo, Hamel revient jouer dans un bar, lui qui, par le passé, ne jurait que par les salles de concert.

«En fait, j’ai rien contre jouer dans les bars. Rien contre les gens qui veulent danser, claquer des doigts ou simplement s’allumer une cigarette. A l’époque, je voulais juste pousser l’idée pour les musiciens de jazz de jouer dans un environnement convenable. Ce que je voulais dire, c’est que le jazz est aussi une musique de concert,» se défend bien Hamel. Et il ajoute: «Si les gens sont prêts à payer trente-cinq dollars pour voir des jazzmen américains, je ne vois pas, suivant cette logique, le problème à en payer dix pour voir les nôtres.» Cet argument-là, personne n’oserait le contester, et pourtant…

Ce qu’Hamel nous réserve, en plus de la matière funk annoncée, c’est aussi des morceaux de Pièces d’identité, un projet plus latin, avec en prime quelques morceaux de Transparence, son seul et unique album à ce jour, duquel est extrait Béluga, dont on peut voir de temps à autre le clip à Musimax. Une belle occasion de renouer avec l’un des pianistes les plus énergiques de la confrérie.

Les 18 et 19 septembre
A L’Air du temps
Voir calendrier Jazz, Blues, etc.