Cowboy Junkies : Esprit de famille
Musique

Cowboy Junkies : Esprit de famille

«Jamais à la mode, jamais démodé», chantait Michel Rivard il y a quelques années. Voilà qui s’applique bien au groupe torontois qui poursuit son chemin en marge des courants à la mode et avec un seul souci: celui de la qualité.

Une décennie s’est écoulée depuis que Margo Timmins, ses frères, Michael et Peter, et Alan Anton ont campé dans une église pour enregistrer le célèbre The Trinity Sessions, contenant les reprises de Sweet Jane et Walking After Midnight. Depuis ce temps, ils sont restés fidèles à leur vision musicale. Soit, leur huitième album, Miles From Our Home, est peut-être plus énergique que ceux auxquels ils nous ont habitués, mais ce sont toujours les bons vieux Cowboy Junkies: suaves, mélancoliques, introspectifs, intemporels…

Douze ans d’existence pour un groupe, c’est l’équivalent de soixante ans de bons et loyaux services pour vous et moi. Peu de formations sont capables de produire aussi longtemps, avec la même complicité spirituelle, amicale et musicale.
«C’est difficile d’expliquer pourquoi nous sommes encore là, souligne au bout du fil Michael Timmins, guitariste et principal auteur-compositeur des Junkies. Je crois que nous n’avons jamais eu d’attentes, à part celle de vouloir faire de la musique. Nous nous sommes donc arrangés pour ne jamais être déçus. De même, nous n’avons jamais changé de cap, même quand toute l’industrie tanguait vers une autre direction. Musicalement, nous avons toujours fait ce qui nous tentait. Nous avons été chanceux que The Trinity Sessions, que nous avons conçu dans le seul but de nous faire plaisir, soit l’album qui nous a fait connaître. Cela nous a prouvé qu’en étant nous-mêmes, nous pouvions toucher des gens. Et puis, le fait que nous venions presque tous de la même famille nous a permis d’éviter les conflits de personnalités…»

Quand on lui fait remarquer que les frères Gallagher, d’Oasis, seraient peut-être d’avis contraire, il éclate de rire. «Well… Différente famille, différente dynamique.» Compagnon idéal des errances nocturnes, Miles From Our Home est l’un des rares albums des Junkies à receler la même énergie qu’ils projettent sur scène. Cela est dû en partie au travail du réalisateur britannique John Leckie (The Stone Roses, Simple Minds, Kula Shakers): «John nous a aidés à concrétiser les changements que nous avions en tête, avoue Michael. Nous voulions un son plus vaste, passer plus de temps en studio, utiliser davantage de guitares. Je crois que nous y sommes arrivés.»
«Are you born yet? Are you listening? Are you sick of staring at the walls?» chante Margo sur New Dawn Coming. Ce sont les paroles qui ouvrent l’album: un fil directeur dont tout le disque sera le manifeste. Au fil des chansons, des personnages qui se cherchent, déambulent, s’inquiètent: où sommes-nous? où allons-nous? Blue Guitar, dont l’intro ressemble à celle de The End, des Doors, suit cette logique. Les paroles sont signées Michael Timmins et Townes Van Zandt, le barde texan décédé en janvier 1997. Rappelons que Van Zandt a tourné avec les Cowboys, après la sortie de Caution Horses (1990), et qu’il leur a offert une chanson: Cowboy Junkies Lament.

«C’est une étrange histoire. J’ai écrit les couplets de Blue Guitar tout de suite après la mort de Townes, raconte Michael, mais j’ai été incapable de terminer la chanson. Je l’ai rangée en me disant que j’y reviendrais un jour. Un mois plus tard, la veuve de Townes nous a invités, moi et Margo, à participer à un spectacle à New York en mémoire de son mari. Sur place, elle nous a prêté un recueil contenant ses chansons inédites. J’y ai trouvé les paroles dont j’avais besoin pour Blue Guitar – "Goodbye to the highway, goodbye to the sky, I’m headed out goodbye, goodbye" – et j’ai eu la permission de les utiliser.»

Timmins, qui peut décrire les tourments amoureux comme Hank Williams – «If I lost you now, I would feel as hollow as a bone» (Hollow as a Bone) -, avoue se sentir plus proche spirituellement du courant country alternatif, auquel appartiennent Gillian Welch et Wilco, que du mouvement néo-folk. «Cela dit, j’ai du mal à mettre les musiciens dans des camps. Par exemple, nous avons toujours cultivé un lien avec les auteurs-compositeurs texans – Townes, Butch Hancock, Jimmie Dale Gilmore, Joe Ely, John Prine -, mais comment qualifierais-je leur musique? Country? Folk? Difficile à déterminer.»

Quand on demande à Michael Timmins s’il croit que ses Cowboys trotteront sur la même route des années encore, il affirme: «Je n’ai aucun doute là-dessus. Ce qui tue un band, c’est la pression, les jeux de pouvoir, la business. Nous avons toujours évité ces écueils, et je crois qu’en manouvrant ainsi, nous continuerons de produire. Un lien très étroit nous unit à nos fans et, quand nous tournons, cette relation n’est plus filtrée par la radio, les critiques ou les chiffres de vente de nos albums. On l’oublie parfois, mais jouer sur scène, c’est la vraie raison pour laquelle nous faisons ce métier.»

Le 24 septembre
Au Spectrum