

Gino Vanelli : Lentement mais sûrement
Claude Côté
Photo : James Minchin
Attendez que je me souvienne. C’était en 1974, chez Queen Pizzeria, dans le Nouveau-Bordeaux. Pendant que la small all-dressed de Tony cuisait, il y avait dans le juke-box (trois chansons pour vingt-cinq cents, qui dit mieux?) une seule chanson qui comptait: People Gotta Move, de Gino Vanelli. Si les filles aimaient tant ça, qu’est-ce qu’un gars ferait pas…
A la même époque, je détestais la ballade I Just Wanna Stop, bien qu’amusé par la mention du mot «Montréal» dans le texte. Dans ma tête, comme celle de bien des gens, les Michel Pagliaro et Gino Vanelli de ce monde sonnaient beaucoup trop FM pour vivre à deux pas de chez nous. Et, en plus, le Gino que les femmes préféraient avait le look d’une rock-star, avec sa longue chevelure, son sang latin, la moquette bien exhibée sur le torse.
1998. Gino Vanelli a maintenant quarante-six ans, habite à Portland, en Oregon, est marié depuis presque vingt-deux ans. Il doit désormais survivre à une kyrielle de hits comme Love of My Life, Brother to Brother, Black Cars et Wild Horses, une vie semi-recluse, en plus d’un opportun virage adult contemporary, amorcé bien avant Yonder Tree, son premier album chez Verve Forecast, sorti il y a trois ans. Depuis deux semaines, Vanelli est en répétition: le jour, avec Alain Caron, Paul Brochu, François d’Amours, Luc Boivin et deux claviéristes, chez Solotech; le soir, il habite chez maman. A la casa. Juste retour des choses, Vanelli a un nouvel album, Slow Love, et c’est avec des musiciens de sa ville natale qu’il part en tournée canadienne et européenne.
Au téléphone, dans un français impeccable, la gentillesse incarnée: «La technique à notre disposition est bien plus utile qu’il y a vingt-cinq ans. C’est pour cette raison que le concert sera une rétrospective de ma carrière, et que mes premiers succès seront revampés. Le groupe que j’ai à ma disposition est très funky, très puissant. Il y a toujours eu un peu de jazz dans ce que je faisais, sauf que, cette fois, j’y ajoute un peu de latin et de r’n’b. » Richard Lafortune, qui travaille chez Solotech, n’en revient pas: «Le band déménage, ça ne se peut même pas. Ça va brasser, ce show-là, c’est certain.»
Rassurant tout de même, considérant que Slow Love est slow longtemps. Une ballade n’attend pas l’autre. On brandira la qualité de production pour défendre le disque, reste que Vanelli a déjà été plus ambitieux: «Il va de soi qu’il y avait des chansons faites sur mesure pour les radios de détente, admet-il sans détour. Slow Love est un album très romantique, et il occupera une place de choix pendant mes spectacles. Je l’ai fait à cause des arrangements, des accords et des paroles; mais plus que tout, c’est l’émotion qui m’a motivé. Les chansons de mon disque sont toutes inspirées par les hauts et les bas de ma relation avec ma femme. Je pense qu’avec les années, j’ai maintenant la liberté de choisir. J’ai collaboré avec les Yellowjackets (jazz-fusion) et Montserat Caballe, le Royal Philharmonic, etc. J’aime faire des projets uniques.»
Gino Vanelli plaît aux femmes. Tout comme Andrea Bocelli ou Eros Ramazotti leur plaisent. Cinq filles pour un gars dans l’auditoire lorsque ces beaux Brummells se pointent en ville. Les chanteurs de pomme n’ont pas encore atteint la forteresse mâle. Peut-être n’y parviendront-ils jamais. Si certaines femmes flippent tant sur le genre, c’est peut-être qu’on leur dit ce qu’elles veulent entendre…y
Le 27 et 28 septembre
Au Cabaret