Musique

Juliana Hatfield : Sur le matelas

Son dernier compact s’intitule Bed. Attention, les libidineux! Vous n’y trouverez aucune parole sur l’onanisme, le sadomaso ou l’amour oral, activité à la mode ces temps-ci à Washington. Juliana Hatfield met tout de suite les choses au clair, au téléphone: «Il y a plein de trucs qui se passent dans un lit à part le sexe: c’est là qu’on rêve, qu’on récupère, qu’on prie. C’est aussi là que me viennent les meilleures idées.»

Hatfield n’est pas Liz Phair ni Alanis Morissette. Entendez par là: Hatfield ne parle pas (ou si peu) de choses sexuelles. En 1992, elle avait même confié au magazine Interview: «I’m still a virgin» (elle avait alors 24 ans). Vous vous souvenez?

Reste que trois années ont passé depuis son dernier album, Only Everything, et on avait fini par l’oublier. Hatfield est pourtant le modèle féminin de la génération X: une vraie vétérane de la scène alterno – elle a surgi au sein des Blake Babies en 1987 – et elle a quasiment donné naissance à un genre: le girlie indie-rock. (Elle a aussi eu une drôle de liaison avec Evan Dando, le leader des Lemonheads…) «Je pense que beaucoup de gens me suivent depuis mes débuts, mais d’autres ne connaissent que My Sister, qui a joué à MTV. Ceux-là ne savent sans doute pas que j’ai un nouveau compact sur le marché.»

Hatfield devrait d’ailleurs sauter de joie, en ce moment, car elle a conçu et réalisé Bed, en quelques jours seulement, sans l’aide de personne. Pas même de Billy Corgan. (Bon, elle avait deux musiciens, mais quand même…) Au bout du fil, le seul guitar hero à faire pipi assis, selon les magazines Guitar World et Guitar Player, m’a toutefois parue fragile, troublée, incohérente, même, par moments: «Non, je ne viens pas de me lever. Je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui, a-t-elle fini par avouer. Le jour où je serai en forme, j’aurai peut-être un album très populaire…»

«Le triomphe, pour moi, ç’a été de terminer Bed, confie-t-elle. Pour le moment, je suis juste contente qu’il existe, et je ne m’inquiète pas de savoir si les gens vont l’acheter ou non. J’avais travaillé pendant deux ans sur un autre album (God’s Foot), mais il n’est jamais sorti; il ne comportait pas de hit, m’a-t-on dit. Après toute l’énergie que j’avais mise là-dessus, j’ai trouvé ça terrible. J’ai demandé qu’on annule mon contrat, mais comme ma compagnie (Mammoth/Atlantic) détenait tous les droits sur le disque, celui-ci est resté sur les tablettes. J’en ai refait un autre, non parce que j’avais du courage, mais parce que j’étais désespérée. C’était pour me sauver moi-même.»

L’album, sur étiquette Zoë, n’est pas très différent de ce que Hatfield nous a offert depuis Hey Babe (1992): une voix de gamine, des mélodies pop, des propos intimistes («Dear Jack, I hate you. Love, Diane.») et des guitares tapageuses, à la manière de Veruca Salt et de Liz Phair. Soit, le son est moins abrasif que sur Become What You Are (1993), mais davantage que sur le EP Please Do Not Disturb (1997).

Sur la pochette, un immense gros plan de Juliana. Pour s’afficher ainsi, ai-je pensé, elle devait avoir fait la paix avec elle-même, avec son visage. Elle ne devait plus clamer: «I’m ugly with a capital U.» A cela, elle a répondu: «J’aime bien ton interprétation, mais pour moi, la photo donne plutôt l’impression que je suis morte. C’est quelque chose de morbide: c’est comme si j’avais le cou brisé…» Brrrrr… Ça ne vous donne pas froid dans le dos?

Le 25 septembre
Au Café Campus