

Festival d’ondes Martenot de Montréal : Le murmure du son
Dominique Olivier
Du 13 au 18 octobre, les organisateurs du Festival d’ondes Martenot de Montréal multiplient les activités pour faire connaître cet instrument dont on fête le 70e anniversaire d’existence. Visite guidée au royaume des sons.
«Les ondes Martenot, c’est une affaire d’amour. On aime, ou on n’aime pas.» L’ondiste montréalaise Suzanne Binet-Audet résume ainsi sa passion pour cet instrument mystérieux et peu connu. Mystérieux, parce qu’il ne ressemble à aucun autre; peu connu, parce que son inventeur, Maurice Martenot, se souciait plus de développer les possibilités de l’instrument que de créer un marché pour son «bébé».
Du 13 au 18 octobre, heureusement, les ondes Martenot sont à l’honneur, puisqu’on fête simultanément le 70e anniversaire de leur existence et le 100e de la naissance de leur inventeur. On l’aura compris, les organisateurs de cet événement unique, Jean Laurendeau, Geneviève Grenier, Estelle Lemire et Suzanne Binet-Audet, membres de la Société de développement des ondes musicales de Montréal, sont des passionnés. Mordue de l’instrument depuis des décennies, Suzanne Binet-Audet déplore la disparition de la classe d’ondes au Conservatoire de musique de Montréal. «C’est un peu ce qui nous a poussés à nous manifester. On s’est dit: il ne faut pas que ça meure! Il y a tellement de répertoire, pour un instrument si jeune. C’est une partie importante du patrimoine culturel qui disparaîtrait si on arrêtait de jouer des ondes, il y a de très belles ouvres qui ne seraient plus jouées, de Varese, Scelsi, Messiaen…»
Cordes sensibles
En constant développement, puisqu’il s’agit d’un instrument électronique, les ondes Martenot créaient tout un émoi lors de leur apparition au début du siècle. «Imaginez l’immatérialité de ce son-là, pas de frottements, pas de souffle, à une époque où le synthétiseur n’existait pas!» s’enthousiasme Suzanne Binet-Audet. Mais ce qui caractérise aujourd’hui le Martenot, puisque l’immatérialité est devenue monnaie courante, est tout autre chose. «C’est l’extrême malléabilité, la plasticité du son, l’espèce de souplesse expressive que donne l’instrument. C’est tellement collé à l’interprète, c’est comme si l’on chantait. Tout est lié à l’intention musicale, et même à l’intention inconsciente, si l’on peut utiliser ce paradoxe.» L’ondiste Jean Laurendeau, pour sa part, voit les ondes comme un véritable prolongement tactile et sonore de son système nerveux. «C’est ce contact avec le corps qui fait que le Martenot est unique», renchérit Suzanne Binet-Audet.
Imaginées durant la Première Guerre mondiale à partir d’un arsenal militaire, soit un poste de radio à lampes triodes – et les sons très purs qu’il émettait -, les ondes sont lancées en 1928, lors d’un concert à l’Opéra de Paris. Entre la fin de la guerre et le début de l’existence officielle des ondes, ce luthier de l’électronique qu’était Maurice Martenot travaille à concevoir le premier modèle de l’instrument.
Depuis, nombre de compositeurs se sont intéressés aux sonorités inusitées, d’une justesse parfaite, que produit cet instrument alliant la technologie et le côté humain de l’interprétation. Lorsqu’il joue, l’interprète manipule un clavier monodique – ne pouvant pas jouer plusieurs notes à la fois, contrairement au piano – qui permet un vibrato comme celui du violon, ainsi qu’un jeu à la bague donnant ces effets de glissando si caractéristiques que tous identifient facilement, malgré une méconnaissance de l’instrument. Outre le son «pur», trois autres timbres peuvent émaner des ondes par la mise en résonance, par l’électricité, d’éléments vibratoires non électroniques. Ce sont les cordes tendues de la palme, le gong et les ressorts. Comble de la joie pour un compositeur, les ondes s’étendent sur sept octaves, allant sans interruption du registre de la contrebasse à celui du piccolo!
Voies parallèles
Pour bien faire connaître leur chouchou, les organisateurs du Festival d’ondes Martenot de Montréal ont décidé de jouer la carte de la diversité. Le jour de l’ouverture, soit le 13 octobre, une exposition permettra de se familiariser avec l’instrument et d’en voir différents modèles. Le thérémine, qui s’apparente aux ondes, sera présenté par Peter Pringle, théréministe et collectionneur d’instruments rares. Un thérémine pourra en outre être manipulé. L’ondiste Geneviève Grenier lancera son disque Au temps des impressionnistes et Jean Laurendeau donnera une conférence sur les ondes Martenot et leur inventeur. Le concert anniversaire marquant le jour de la naissance de Maurice Martenot, le 14 octobre, présentera plutôt l’aspect contemporain des ondes. Deux créations sont au programme, une de Brian Cherney et l’autre de Michel Gonneville. L’Ensemble d’ondes de Montréal et l’Ensemble contemporain de Montréal seront sous la direction de Véronique Lacroix. Le 16 octobre sera organisée une table ronde, avec des compositeurs.
Le 17, le récital de Geneviève Grenier présentera des ouvres plus familières transcrites pour ondes, de Debussy, Satie, Fauré, etc. Une lecture de la pièce de théâtre Le Marin de Fernando Pessoa sur une musique de Suzanne Binet-Audet terminera la soirée. La journée de clôture offrira trois concerts: Peter Pringle au thérémine d’abord, puis un concert d’improvisation d’ondes Martenot, thérémine et échantillonneur, et, pour finir, les solistes de l’Ensemble d’ondes de Montréal et le gamelan Gongkebyar de l’Université de Montréal, qui interpréteront une création du compositeur José Evangelista. Musique contemporaine ou impressionniste, improvisation, musique de scène ou musiques du monde – sans compter la musique populaire, où elles sont souvent présentes -, les ondes Martenot semblent être un des instruments les plus adaptables de notre époque!
Du 13 au 18 octobre
A la salle Pierre-Mercure, au Gesù, au Conservatoire de musique de Montréal et à la Chapelle historique du Bon-Pasteur
Renseignements sur le Festival: (450) 652-3705