

Too Many Cooks : Nouvelle cuisine
Laurent Saulnier
Cette fois, il paraît que c’est vraiment vrai. Cette fois, on ne niaise plus, et le groupe montréalais Too Many Cooks est vraiment de retour. D’abord, avec un nouvel album, leur cinquième, intitulé Hungry?, sur un nouveau label, et avec une toute nouvelle équipe autour du duo de base qui, lui, ne change pas. On retrouve toujours la guitare acérée de Dan Georgesco et la voix reconnaissable entre toutes de Richard D’Anjou.
Il faut dire que, depuis quelques années, on avait un peu perdu de vue nos deux lascars. L’album Decadanse a passé plutôt inaperçu et le projet Garage (dans lequel ils investissaient, pour la première fois, la langue française) n’a pas donné non plus les résultats escomptés. Mais ni Richard ni Dan ne renient ce compact puisque c’est grâce à Garage qu’ils ont aussi expérimenté avec les loops et autres trucs de studio, que l’on retrouve désormais sur Hungry?.
Car, si la base ne change pas physiquement, elle change artistiquement. Bien sûr, les riffs tranchants sont toujours présents, mais, dès l’ouverture du compact, avec la chanson Follow Me (to the Other Side), on s’aperçoit que le groove fait maintenant partie du vocabulaire de nos cuisiniers favoris. «Pour l’album précédent, on a travaillé beaucoup ensemble en studio», précise Dan. «A l’époque, on n’attendait après personne, renchérit Richard. Si on avait une idée pour la basse, on la jouait nous-mêmes, on n’appelait pas un bassiste. On était – et on est encore – capables de le faire très correctement.» «Pour Hungry?, on a travaillé en local, ajoute Dan. D’abord à trois, avec notre producteur, histoire de bien structurer les tounes. Puis, parvenus à un certain point, on a tout de suite fait venir la section rythmique pour essayer des choses avec eux.»
Précisons peut-être ici que Dan et Richard se connaissent depuis très longtemps et s’entendent très bien. Ils s’influencent beaucoup l’un l’autre, ce qui fait qu’à un moment donné, on ne sait plus si c’est la façon dont Richard chante qui influence les riffs de Dan ou l’inverse. Ce travail semble se faire non seulement dans une franche camaraderie, mais également dans un esprit d’émulation, histoire de produire les meilleures chansons possibles. «Souvent, pour ce disque, on ne sautait pas sur la première idée que l’on avait, dit Richard. Tu sais, tout le monde développe ses clichés, et nous, pour ce disque, on voulait s’éloigner un peu de nos propres clichés. Avant, on se contentait de nos premières idées. Maintenant, on tente d’aller plus loin. De se pousser dans le dos pour avancer.»
Hungry? a aussi été pensé en tant qu’album et non pas en simple collection de chansons, comme pouvait l’être Decadanse, il y a quelques années. «Il y a, selon moi, un corps de cinq ou six chansons qui sont un peu dans le même moule, croit Dan. Ce qui fait un vrai bloc, compact. Et ça, c’était complètement intentionnel. Même si l’album a été fait vite, il a aussi été bien fait.» On ne peut le contredire là-dessus.
Le 14 octobre
A la Cinquième salle de la PdA